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Bernard Bismuth (FIEN) : « La crise, c'est le contraire de la stagnation »

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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La Filière des industries électronique et numérique a remis en début de semaine, 18 propositions pour sortir de la crise, au cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d'Etat chargée de la prospective. Bernard Bismuth, son Président, préconise u

Quel est le rôle de la FIEN ?

Il s'agit d'un think tank, créé il y a cinq ans par Pierre Gattaz, qui réunit les représentants des principales associations professionnelles de la filière des industries électronique et numérique. Il représente 1900 entreprises, soit environ 300 000 personnes. Il se réunit tous les mois - et travaille entre temps - pour réfléchir aux meilleurs moyens à mettre en œuvre pour permettre aux entreprises du secteur de combattre la crise.
On vise des idées consensuelles. On part du principe que ce qui est bon pour l'un d'entre nous l'est aussi pour les autres.

Quelles sont les idées majeures qui ressortent des documents que vous avez remis en début de semaine à Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Nous pensons que nos métiers ont un rôle clef à jouer dans tous les domaines : énergie, santé, agroalimentaire, sécurité, etc.... Les pays sont d'autant plus forts qu'ils disposent de personnes compétentes en électronique numérique. Et dans les cinquante prochaines années, ce sont ceux qui auront réussi à innover constamment dans ces domaines qui seront les plus forts.
Une autre idée qui nous tient à cœur, c'est la production de proximité. Si vous inventez un équipement électronique, il faut travailler avec ceux qui vont le fabriquer, pour en garder la maîtrise. Une fois qu'il y a 500 000 de ces pièces à fabriquer en série, on peut le faire faire n'importe où. Ce n'est pas ça notre métier. Notre métier, c'est d'innover. Il faut valoriser l'innovation dans la production.

Comment y parvenir ?

Il faut intéresser les jeunes à nos métiers, mais aussi renforcer la part des aides à l'innovation alloués aux projets coopératifs associant grands groupes et PME, et favoriser l'embauche de thésards en contrat en entreprise. Les entreprises doivent continuent à investir en R&D.
Ce sont quelques-unes des 18 propositions que remettront également dans les heures qui suivent à Patrick Devedjian.

Que faire pour sortir durablement de la crise ?

Une partie de la réussite passe aussi par la création de grosses PME, entre 1000 et 5000 personnes avec des chiffres d'affaires de 100 à 1000 millions. Aujourd'hui les conditions sont faites pour que PME ne puissent pas grandir. C'est une catastrophe.

Que proposez-vous ?

L'une de nos 18 propositions concerne cet aspect. Aujourd'hui les seuils sociaux sont trop bas. Il faut se poser la question « pourquoi y-a-t-il tant d'entreprises à 49 personnes ? » Passer à 50, cela veut dire créer un comité d'entreprise avec des représentants et des suppléants des deux collèges. Cela fait quasiment 10 personnes qui se réunissent tous les mois, avec des comptes-rendus, des obligations etc. Sur 50 personnes, c'est beaucoup ! Attention, ce n'est pas le CE qui est mis en cause, mais les obligations qui sont trop lourdes.
Ce que nous demandons au gouvernement, c'est de modifier les seuils sans contrepartie, sans rétroactivité et sans délai. Que le seuil de 10 personnes passe à 15, celui de 20 à 30 et celui de 50 à 75. Cela générerait automatiquement 200 à 300 000 emplois ! C'est bon pour les entreprises et c'est bon pour les gens.

Ne pensez-vous pas que cette mesure ne soit pas populaire en période de crise, où l'heure n'est pas à l'embauche ?

Non. Imaginez deux entreprises concurrentes, l'une de 49 personnes qui se porte plutôt bien et l'autre de 30 qui dépose le bilan. Pensez-vous que la première puisse reprendre le business l'autre ? Pour les raisons évoquées plus tôt, elle ne le fera pas, c'est trop compliqué. La crise, c'est le contraire de la stagnation. Elle doit aider à casser des murs, à créer les conditions pour que l'ensemble soit plus solide.

Pour faire face à la chute d'activité, que préconisez-vous ?

Tout d'abord que les banques ou les assurances crédit ne nous réduisent pas un support en prévision de la crise, car en faisant cela, ils alimentent la crise. Qu'ils ne suppriment pas une autorisation de découvert ou une ligne de crédit en prévision de difficultés supposées !
Nous demandons également à pouvoir décaler le paiement des dettes fiscales et sociales et ce, sans inscription au privilège. Il faut aussi étendre la flexi-sécurité et le congé de mobilité à toutes les entreprises. En période de sous-activité, il faudrait pouvoir envoyer le personnel en formation et que l'Etat prenne à sa charge 100% des salaires.

Vous souhaitez que l'Etat soit une sorte de béquille pour les entreprises en difficulté ?

Mais l'Etat est déjà une béquille ! Quand une entreprise de 100 personnes meurt, l'Etat devient une béquille. Un dépôt de bilan, c'est une catastrophe inouïe ! Vous blessez ceux qui vous fournissent, vous blessez l'Etat... Il serait plus intelligent que l'Etat accompagne l'entreprise, lui serve de béquille le temps de réapprendre à marcher correctement afin qu'elle puisse de nouveau marcher seule. Les entreprises sont les principales fournisseurs de l'Etat, ce sont elles qui créent la richesse d'un pays.

Sans entrer dans le détail de chacune d'elles, pensez-vous que vos propositions vont être entendues ?

On a un représentant au MEDEF qui trouve nos idées intéressantes. On a des contacts avec la FIM (fédération des industries mécaniques), on va les passer à la CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises.) et Pierre Gattaz les porte et on les a transmises au gouvernement. Il y en a 4-5 qui avancent...

Propos recueillis par Carole Lembezat

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