Bayer peaufine un traitement oncologique nucléaire
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Pour traiter certaines formes de cancer de la prostate, le laboratoire pharmaceutique allemand prépare un médicament constitué d’une nouvelle classe de molécules : les particules radioactives alpha.
C’est un nouveau pas dans la médecine nucléaire pour Bayer. Lors du Congrès européen multidisciplinaire sur le Cancer, organisé le week-end dernier à Stockholm, le laboratoire allemand a annoncé des résultats de phase 3 encourageants pour Alpharadin, un traitement contre le cancer avancé de la prostate. Soit la dernière étape avant le dépôt de dossier pour lancer le produit sur le marché en 2013 ou 2014, une fois les autorisations obtenues à l’échelle européenne puis française.
D’ici là, le laboratoire, déjà connu pour ses produits de contraste, espère obtenir une autorisation "early access", qu’il a déjà décroché aux Etats-Unis. A défaut de thérapie alternative, cette autorisation lui permet de donner gracieusement en amont le traitement à certains patients. Mais Bayer doit d’abord convaincre les médecins nucléaires et les oncologues de l’intérêt de son traitement. En France, seuls quelques centres de médecine nucléaire sont habilités à faire de la radiothérapie métabolique.
Le potentiel en nombre de patients est pourtant conséquent. En 2008, près de 900 000 cancers de la prostate ont été diagnostiqués dans le monde chez des hommes, qui, pour 90% d’entre eux, souffrent de métastases aux os. C’est à ces derniers que s’adresse l’Alpharadin, et plus particulièrement aux patients qui ne peuvent pas recevoir une chimiothérapie ou y sont devenus insensibles, soit des hommes généralement âgés de 70 ans et plus.
Pas de précaution antiradiation particulière
Originalité du traitement ? Le chlorure de radium, qui emet des particules alpha. Il fait partie d’une nouvelle classe de molécules, développée par un partenaire norvégien de Bayer, sur laquelle peu de laboratoires travailleraient. Contrairement aux particules bêta, les particules alpha auraient un rayonnement plus fort, mais plus ciblé, et ne nécessiteraient donc pas de précaution particulière. " Comme ce sont des atomes lourds, ils sont freinés par une feuille de papier, explique un responsable de Bayer Healthcare Pharmaceutical. Il n’est donc pas nécessaire de protéger le personnel comme avec des rayonnements gamma, ou de protéger les patients avec du plomb comme dans le cas de rayonnement bêta."
Injecté six fois avec quatre semaines d’intervalle, le médicament, qui s’assimile comme du calcium, s’attaque aux cellules métastatiques qui sécrètent des éléments favorisant la destruction des os. Résultat, le traitement permet de réduire la masse tumorale sur l’os et, selon l’étude de phase 3 réalisée dans 19 pays – dont la France – auprès de 922 patients, augmente la durée de vie dans 44% des cas, de trois mois en moyenne. Un traitement palliatif, dont Bayer ne précise pas encore le potentiel qu’il en attend…

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