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L'usine Agro

Bayer-Monsanto, l'épouvantail

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L’alliance entre le chimiste et le semencier fait craindre la naissance d’un titan maître des champs et du contenu de nos assiettes.

Bayer-Monsanto, l'épouvantail
Cinquante-cinq eurodéputés ont exprimé leur crainte que le rachat de Monsanto par Bayer se fasse au détriment des agriculteurs et des consommateurs.

Le leader des semences OGM, père de l’herbicide le plus controversé, marié à un géant des pesticides. L’accord de fusion selon lequel le chimiste allemand Bayer acquiert l’américain Monsanto cristallise bien des peurs. Il est même dénoncé comme le « ­mariage des affreux ». Connu pour son aspirine, Bayer n’a pas une réputation aussi noire que sa proie. Mais l’héritier du conglomérat IG Farben, fournisseur du zyklon B utilisé par les nazis dans les camps de la mort, a été mis en cause dans plusieurs affaires, dont la vente d’un anticholestérol qui aurait causé des dizaines de décès et celle de produits sanguins contaminés par le VIH. Aujourd’hui, ses pesticides néonicotinoïdes sont reconnus comme des tueurs d’abeilles et leur nocivité pour la santé inquiète.

L’entreprise de Saint-Louis, dans le Missouri, figure, elle, parmi les plus détestées de la planète. Chaque année, des milliers de personnes défilent lors d’une « marche mondiale contre Monsanto ». Elles dénoncent sa politique de mise sous dépendance du monde agricole, son lobbying et ses produits toxiques, notamment le Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, dont le glyphosate est soupçonné d’être cancérigène. Mi-octobre, s’est même tenu à La?Haye le « tribunal Monsanto », un procès citoyen où des témoins et des experts ont été auditionnés par des juges internationaux chargés d’évaluer les dommages sanitaires et environnementaux causés par la firme. Le jour de l’ouverture de ce procès symbolique, l’écologiste Michèle Rivasi (Europe Écologie-Les Verts) se tenait devant les locaux lyonnais de Bayer pour alerter sur les dangers du rapprochement en cours. « Cette fusion va créer un monstre qui aura le monopole sur les semences et les pesticides, et donc la mainmise sur l’agriculture et sur notre santé, dénonce l’eurodéputée et ex-candidate à la primaire de l’écologie. En offrant des gammes complètes de produits, des données avec le digital farming et des assurances intempéries, il va proposer un package total aux agriculteurs pour les soumettre. » Dans une lettre ouverte, une centaine de grands chefs cuisiniers français ont, eux, dénoncé cette fusion et l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes.

Des Big six aux Big three

Tous ces points ont été signifiés à Bruxelles dans un courrier signé par 55 eurodéputés. Car si les actionnaires de Monsanto votent en fin d’année le projet de fusion, le dernier mot reviendra aux autorités de la concurrence américaine et européenne. « Nous vous demandons solennellement, Madame la Commissaire Margrethe Vestager, d’empêcher le rachat de Monsanto par Bayer », écrivent les signataires. Et de rappeler que « la Commission avait pu interdire à Ryanair de prendre le contrôle d’Aer Lingus en 2013 ». À cette époque, Joaquin Almunia avait justifié son veto en déclarant que « l’acquisition d’Aer Lingus par Ryanair aurait très probablement conduit à une hausse des prix des billets ». Cet argument rappelle les propos tenus par Margrethe Vestager. « Les agriculteurs doivent avoir le choix entre différentes sortes de semences et ne pas être coincés par un seul producteur et un seul genre de pesticides. C’est ce que nous allons étudier », a averti la commissaire européenne à la concurrence.

La combinaison de Bayer et Monsanto contrôlerait plus de 29 % du marché des semences et 24 % du marché des pesticides. Or ce géant pourrait naître dans un secteur très concentré. Trois opérations de consolidation ont été annoncées en moins d’un an. Si toutes aboutissent, les Big six de l’agrochimie deviendront les Big three, avec Syngenta-ChemChina, Dow Chemical-DuPont et Bayer-Monsanto, leader avec un chiffre d’affaires en agriculture de 23?milliards d’euros. BASF serait relégué loin derrière. « Le risque qui a été exprimé par Bayer est que les autorités refusent les trois opérations au motif qu’elles concentrent trop le secteur », rapporte Jean-Jacques Le Fur, analyste financier chez Natixis. Le Sénat américain a récemment auditionné les six entreprises, qui ont justifié leurs rapprochements par la nécessité d’innover pour répondre à la croissance démographique. « Bayer a aussi voulu démontrer qu’il n’y aura pas de triopole en expliquant que tous ces groupes concèdent déjà des licences, explique Jean-Jacques Le Fur. Monsanto peut par exemple donner la licence d’une semence à Syngenta si c’est lui qui a l’herbicide complémentaire ou s’il est mieux implanté pour la vendre. »

Des enjeux géopolitiques et diplomatiques

Censé être bouclé d’ici à la fin 2016, le rapprochement entre les américains Dow Chemical et DuPont vient d’être retardé par Bruxelles, qui n’annoncera pas le résultat de son enquête avant février 2017. Le rachat du suisse Syngenta par le chinois ChemChina va également faire l’objet d’un « examen approfondi » pour une décision attendue en mars?2017. Autrement dit, le sort des trois fusions est lié. « Selon Bayer, le vrai dossier à suivre, c’est celui du rachat de Syngenta par ChemChina, détaille Jean-Jacques Le Fur. S’il est autorisé, les deux autres fusions devraient l’être aussi. » Ce rapprochement est vu comme « le plus difficile à accepter » du fait de son caractère géopolitique. On peut imaginer que l’acquisition de la technologie OGM par la Chine déplaise à certains, notamment au premier pays exportateur d’OGM, les États-Unis. Pour éviter de poser le débat sur le terrain diplomatique, les autorités de la concurrence pourraient se servir du motif économique pour refuser cette fusion. Ce qui les obligerait à interdire les deux autres.

Si elles acceptent finalement les opérations, les autorités de la concurrence imposeront sûrement des cessions d’actifs. Bayer considère déjà qu’il va devoir en céder pour 1,6?milliard d’euros. Au-delà, il pourrait renoncer. En cas d’échec de la fusion, le chimiste allemand a prévu de verser une indemnité de 1,8?milliard d’euros. Une preuve affichée de confiance. La preuve aussi que l’échec a été envisagé. 

Quelques mariages avortés

- Telefonica UK et Hutchison En mai, la Commission européenne a interdit cette fusion, estimant que la réduction à trois opérateurs au Royaume-Uni signifierait des choix réduits et des prix à la hausse pour les consommateurs.

- Pfizer et Allergan Devant l’offensive du Trésor américain contre les opérations d’inversion fiscale, les deux laboratoires ont abandonné en avril leur projet de fusion pour 140?milliards d’euros.

- Publicis et Omnicom En 2014, la fusion entre les numéros trois et deux mondiaux de la publicité a échoué sur un conflit de leadership, après neuf mois de démarches.

- Ryanair et Aer Lingus La Commission européenne a rejeté, pour la deuxième fois, en 2013, la prise de contrôle par Ryanair de l’irlandais Aer Lingus, invoquant des problèmes de concurrence et le risque d’une hausse du prix des billets. 

Les futurs géants du secteur

  • Bayer + Monsanto : 23,1?milliards d’euros
  • Syngenta + ChemChina : 14,8?milliards d’euros
  • Dow Chemical + DuPont : 14,6?milliards d’euros
  • BASF : 5,8?milliards d’euros

Source : Bayer, selon les chiffres d’affaires 2015 dans le secteur de l’agriculture

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