Bâtir un projet avec une ONG
Par Agathe Remoué - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3197Les entreprises, qui s'investissent dans le développement durable, s'allient de plus en plus avec les associations. Pour que ces partenariats soient réussis, ils doivent être préparés comme tout autre projet de l'entreprise. Recettes.
Le fabricant d'accessoires Hama reverse un euro à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) à chaque clé USB vendue. Lafuma écoconçoit avec WWF des sacs scolaires aux couleurs du panda. L'Oréal finance chaque année les congés solidarité d'une vingtaine de ses salariés avec Planète Urgence.
Les partenariats entre entreprises et ONG peuvent prendre des formes diverses. « Le Grenelle, notamment, a permis à ces deux mondes d'apprendre à travailler ensemble », note Benoit Faraco. Ce membre de la Fondation Nicolas Hulot dénonçait il y a quelques années une méfiance réciproque. Peu à peu, univers associatif et monde de l'entreprise cherchent à se connaître. A la Fondation Nicolas Hulot, par exemple, un collège PME a été créé. « On crée des ponts », commente Benoit Faraco. « Avant, les personnels des ONG étaient surtout des scientifiques ou des humanitaires. Désormais, on y trouve des communicants, des juristes, des financiers... », appuie Thierry Dutertre de la LPO.
Pour s'entendre, il faut comprendre les motivations de chacun. Les associations ont besoin d'argent. Mais elles savent qu'au-delà les entreprises peuvent avoir un effet démultiplicateur de leurs actions. « Dans les pays en développement, les entreprises génèrent parfois des nuisances mais c'est aussi d'elles que peuvent venir certaines solutions », indique un expert.
1-IDENTIFIER SES BESOINS ET PRIVILÉGIER LE CONCRET
L'apport des ONG aux entreprises ne se limite plus à la caution verte. Les membres d'associations ont d'excellentes connaissances techniques et l'habitude de monter des projets environnementaux. La règle d'or, avant de se lancer, est d'identifier vos besoins et envies. Il faut envisager ces partenariats comme de réels projets d'entreprises, avec une méthode rigoureuse. S'agit-il d'associer son image à celle d'une ONG reconnue ? De lancer des actions concrètes locales ? De mieux se faire accepter sur un territoire ? De cette définition dépendra le choix de l'ONG qu'on choisira de préférence parmi celles reconnues d'utilité publique. Il est aussi primordial d'impliquer le personnel. S'allier à une association est même un moyen « de rendre les salariés fiers de travailler dans leur entreprise », constate Emmanuel Vasseneix, le PDG de la Laiterie Saint-Denis-de-l'hôtel, dans le Loiret. Ce membre du Centre des jeunes dirigeants a décidé de s'associer à Agrisud et de mobiliser les salariés autour d'un projet choisi par eux. Les membres de l'association sont venus dans l'entreprise pour présenter leurs programmes d'appui au développement d'activités maraîchères ou d'élevage dans des pays défavorisés. En décembre 2004, presque tous les salariés ont été volontaires pour travailler gratuitement deux heures et d'en reverser l'équivalent à un projet cambodgien. Un don de 20 000 euros renouvelé plusieurs fois. Deux ans plus tard, quatre salariés tirés au sort ont rendu visite aux vingt-huit familles cambodgiennes formées par l'association.
« Il est important de se lancer dans des opérations concrètes, de pouvoir se dire j'ai sauvé tant d'oiseaux... », conseille Véronique Dham, qui a créé Gondwana Biodiversity Development, une société de conseil. Une fois le choix de partenariat précisé, cela devient plus facile de cibler l'association à démarcher... encore que. « Il en existe des milliers », constate Jêrome Auriac, spécialiste dans les relations entreprises-ONG. Le choix est parfois aisé. Rechercher une association avec des aspirations proches de la raison d'être de l'entreprise crée des partenariats efficaces. Lafuma a changé de partenaire pour s'allier à WWF, une ONG d'envergure internationale. Mais aussi parce que cet industriel se retrouve bien dans ses actions.
2-APPRENDRE À TRAVAILLER ENSEMBLE
Les partenariats sont le plus souvent le fruit de rencontres. Emmanuel Vasseneix se souvient avec émotion de sa rencontre avec le fondateur d'Agrisud, aujourd'hui décédé. « Cela a changé ma vie. Nous avons discuté des heures dans ma voiture. » Coup de coeur ou pas, il faut prendre le temps d'apprendre à travailler ensemble. Il est crucial de désigner dans l'entreprise un responsable du partenariat, qui sera l'intermédiaire permanent. Et d'insister pour avoir un interlocuteur unique aussi dans l'ONG. Car les causes d'incompréhension ne manquent pas. Les ONG n'ont pas la culture du reporting. Leur rythme est très différent de celui de l'entreprise.
« Nous voulons bien aller vite, note Julien Grouillet, le responsable des partenariats RSE de l'association de solidarité internationale Care, mais il faut le temps de comprendre comment l'autre fonctionne. » Le délai estimé pour passer des premiers contacts à un partenariat est d'un an. Le cimentier Cemex travaille depuis cinq ans avec la LPO. Il a pris le temps de rencontrer les experts locaux de l'association, de leur faire visiter leurs 42 carrières. Il finance des suivis et aménage ses carrières et falaises de façon à faciliter la migration des grues cendrées ou la reproduction des faucons pèlerins.
3-BÉNÉFICIER DE L'EXPERTISE DES ASSOCIATIFS
Les formes de partenariat choisies peuvent varier. Le premier geste est souvent de verser de l'argent. Le don peut être indirect, comme les 76 entreprises qui ont financé l'an dernier les projets Planète Urgence de leurs salariés. Ceux-ci partent en congés solidaires de trois semaines, choisissent un projet scientifique ou humanitaire et financent l'opération, voire le déplacement (2 000 euros au minimum). Rappel important : sur ce type d'opérations, la déduction fiscale s'élève à 60 %.
Une autre méthode de soutien est de prélever une partie des ventes. L'opération « Sauvons la planète » du fabricant d'accessoires multimédias Hama a rapporté 26 000 euros, versés à la Ligue pour la protection des oiseaux. Ces dons permettent les premières approches, ensuite tout est possible. Dans les deux sens. Car les associatifs peuvent titiller les industriels. « Avec le WWF, on ne ronronne pas », sourit Julie Blondet, en charge du partenariat pour Lafuma. Suite à ses contacts avec le WWF, l'entreprise a même abandonné une filière d'approvisionnement en textile bio jugée peu fiable.
Cemex aussi a bénéficié de l'expertise des membres de la LPO. Ses carrières doivent s'intégrer dans la politique Natura 2000. « Ils ont fait l'audit de l'impact, ont mis en avant les bonnes pratiques à mettre en place... », détaille Véronique Esvan, chargée de mission environnement pour le groupe. Souvent ces prestations techniques sont facturées. Les associations ne sont pas des consultants bénévoles.
4-BIEN CALCULER SON BUDGET
Les partenariats avec les associations peuvent coûter cher. Pour son alliance avec WWF, Lafuma débourse environ 150 000 euros par an, les prestations en plus. Les grandes entreprises y consacrent parfois beaucoup d'argent, notamment via des fondations. Le budget annuel d'EdF Diversiterre s'élève à 7 millions d'euros pour des missions nature, santé ou culture. Mais les petits portefeuilles ne doivent pas abandonner l'idée : « Nous passons aussi du temps avec les entreprises qui ont peu de budget », rappelle Thierry Dutertre. Il faut ajouter à cela une enveloppe pour la communication des projets aux clients et aux parties prenantes. Car, même sincère, le travail avec une ONG reste pour beaucoup une question d'image.











