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Banque de l'Industrie : les regrets de l’ex-ministre Christian Estrosi

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Estrosi
© M.Khalfi

L’annonce du lancement d’une banque de l’industrie, le 18 janvier par le président de la République n’a pas laissé indifférent au moins un homme : Christian Estrosi, ministre de l’Industrie de juin 2009 à novembre 2010.

Au soir du sommet de crise du 18 janvier, depuis son petit bureau de l’Assemblée nationale, il cite encore par cœur, sans hésiter une seconde, les numéros des mesures qu’il avait poussées à la suite des Etats généraux de l’industrie (EGI)  il y a plus de deux ans déjà :   "mesure N° 23 : création d’une banque de l’industrie, mesure N°21 : lancement d’un livret épargne industrie. J’avais fait acter ces mesures par le président qui les avait promues lors de son discours de Marignane en mars 2010 chez Eurocopter." Depuis 2010 , le dossier n’avait pas bougé d’un iota, il est réapparu hier.

Il faut dire qu’entre-temps, la gauche promeut activement, l’idée d’un pôle public de financement au service des investissements des entreprises. La majorité court derrière. En cette fin de journée, l’ex-ministre se confie :  "cela me fait mal au cœur de voir que la gauche s’est emparé d’une idée qui était la nôtre." Puis le député de l’UMP se reprend : "le président en a pris conscience et il réagit".

Reste les regrets d’une réaction tardive. Remplacé par Eric Besson, lors du remaniement de novembre 2010,  il se désole de ne pas avoir vu avancé ses dossiers : "je suis triste car il y avait un élan, à la suite des EGI. On a quelquefois tort d’avoir raison trop tôt. Pourtant, j’ai transmis des dossiers en ordre de marche, j’ai expliqué le calendrier. Ma succession , je l’ai passé en bonne et due forme"

Pour Christian Estrosi, la question des financements des investissements  est un levier clé de la compétitivité. "Je regrette que lors du sommet social, la compétitivité ait été majoritairement  abordée sous l’angle de l’emploi. Ce qui fait la compétitivité, ce n’est pas seulement la question des charges mais les possibilités  d’investissement des entreprises, en particulier dans l’innovation". 

La banque de l’industrie, selon Christian Estrosi, était un dossier compliqué, même à son époque, pour causes de dissension au sein du ministère :  "On n’est jamais rentré sur le fond car il y a eu une chape de plomb de Bercy".  Pour le ministre, les responsables se trouvent au sein du cabinet de Christine Lagarde, avec qui il avait de mauvaises relations et des divergences de fond. "Le cabinet avait des idées très libérables, il voyait dans l’idée de cette banque de l’industrie une conception trop interventionniste. Mais moi, je défends l’Etat stratége, l’Etat qui s’implique."

Au-delà de la banque, Christian Estrosi continue de promouvoir le livret d’épargne industrie, il sait que les fonds publics ne suffiront pas car l’Etat est à sec. Il rappelle les "2700 milliards de l’assurance-vie des français, il suffirait d’en détourner une toute petite partie sur le financement des entreprises industrielles pour que l’impact soit énorme."  Il reste aujourd’hui peu de temps au président pour mettre en œuvre un dispositif. C’est ce temps perdu que Christian Estrosi regrette.

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