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Avis de gros temps sur Wall Street

Publié le

par Edward Krudy et Rodrigo Campos

NEW YORK (Reuters) - La chute des cours des matières premières, pétrole et métaux en tête, conduit un nombre croissant de gérants de fonds à se tenir à l'écart des compartiments les plus risqués des marchés d'actions, ce qui pourrait être le signe annonciateur d'une correction à Wall Street.

Ces dernières semaines, les investisseurs sont sortis des valeurs cycliques comme l'énergie et les matériaux de base pour se tourner vers les secteurs défensifs à croissance plus stable comme les pharmaceutiques et les sociétés de services publics.

Les acteurs du marché craignent de plus en plus que les actions ne soient valorisées en fonction d'anticipations économiques bien trop optimistes. La récente chute des matières premières - les cours de l'argent ont chuté de 30% - et le retour en grâce des pharmaceutiques va dans ce sens.

Les responsables de la politique d'investissement chez Goldman Sachs et Credit Suisse estiment que les résultats seront meilleurs pour les actions qui ne sont pas liées au cycle économique.

Quelques indicateurs au programme de la semaine prochaine permettront d'en savoir un peu plus long sur la santé de l'économie américaine, comme les indices Empire State et "Philly Fed" relatifs au secteur manufacturier et plusieurs données portant sur le secteur immobilier.

Sur l'ensemble de la semaine dernière, le Dow Jones n'a cédé que 0,3%, le S&P 500 0,2% et le Nasdaq est resté stable, malgré l'apparition de craintes concernant le ralentissement de la crise économique.

Les spécialistes ne sont toutefois pas forcément d'accord entre eux sur la raison de cette chute des matières premières.

Certains disent que la fin proche du programme d'assouplissement quantitatif de 600 milliards de dollars de la Réserve fédérale, destiné à acheter des obligations du Trésor américain, a contribué à susciter un mouvement massif de placement vers les actions et les matières premières, avec création d'une bulle sur ces actifs et que cette bulle a commencé à éclater.

Pour les autres, le repli des matières premières est un signe de faiblesse de l'économie. Et de citer le cuivre, utilisé dans de nombreux secteur de l'économie, qui est retombé à son niveau d'il y a cinq mois.

"BEAUCOUP MOINS OPTIMISTE"

Quoi qu'il en soit, le moindre appétit des investisseurs pour les actions se reflète dans la performance des valeurs défensives. L'indice S&P 500 des valeurs défensives et celui des sociétés de services publics ont respectivement gagné 2,9% et 2,6%.

Pourtant, les compagnies des eaux et d'électricité ont enregistré une baisse de 1,5% sur un an de leurs résultats au premier trimestre. C'est la plus mauvaise performance des dix secteurs d'activité de l'indice S&P.

Les pharmaceutiques, qui étaient boudées depuis longtemps, sont en hausse depuis sept semaines. Elles ont gagné près de 15% depuis le début de l'année.

A l'inverse, le secteur énergétique, en recul de 7,8% ces sept dernières semaines, est le plus mauvais élève.

Goldman Sachs se dit "beaucoup moins optimiste sur les perspectives à court terme des actions" et Doug Cliggott, responsable de la stratégie actions chez Credit Suisse, table sur une baisse de 10% des marchés quand le programme d'assouplissement quantitatif de la Fed (QE2) prendra fin en juin. C'est déjà ce qui c'était passé à la fin de la première vague d'achats de la Fed.

EPFR Global, qui suit les flux de capitaux, a annoncé vendredi que les fonds investis en actions internationales avaient enregistré leurs premiers retraits de fonds depuis la mi-mars.

Les petites et moyenne capitalisations, qui en général mènent la charge dans un marché haussier ont commencé à enregistrer une moindre surperformance par rapport aux grosses "capis". Le marché des introductions en Bourse montre des signes de fatigue après une flopée d'arrivées de sociétés chinoises sur le marché.

SOUS SON COURS D'INTRODUCTION

Le cours du site chinois de rencontres Jiayuan.com a baissé pour ses débuts sur le Nasdaq, tandis que le réseau social Renren, dit le Facebook chinois, a reperdu tous ses gains depuis son entrée en Bourse et se traite désormais sous son prix d'introduction.

L'indice CBOE de la volatilité, le Vix, est désormais à ses niveaux d'avant la crise financière, ce qui pourrait vouloir dire que les investisseurs sont un peu trop contents d'eux-mêmes.

Certains disent toutefois que le marché peut encore monter avant les prochaines prises de bénéfices. Ils mettent en avant les bons résultats enregistrés par les sociétés au premier trimestre. Un peu moins des trois quarts des sociétés de l'indice Standard & Poor's ont affiché des résultats supérieurs aux attentes. L'indice S&P de la distribution a récemment touché des records.

La saison des résultats touche à sa fin aux Etats-Unis, où on attend encore cependant les performances trimestrielles de Wal-Mart Stores, premier distributeur mondial.

Au vu de la bonne tenue, jusqu'ici, des résultats du premier trimestre des composants de l'indice S&P 500 qui ont déjà annoncé leurs chiffres - un peu moins des trois quarts sont ressortis à un niveau supérieur aux attentes - plusieurs intervenant du marché pensent que Wall Street dispose d'encore quelques marges de progrès avant le repli annoncé.

Peter Lee, analyste technique chez UBS, estime que l'indice S&P va monter jusqu'à 1.400-1.450 points cet été avant de reculer. Le S&P a fini vendredi à un peu moins de 1.340.

Ken Fisher, qui gère chez Fisher Investments 38 milliards de dollars d'actions, estime que les anticipations élevées sont signe d'un marché difficile qui devait osciller autour de ses niveaux actuels avec des mouvements d'entrée et de sortie des uns et des autres sur de courtes périodes.

David Joy, responsable de la politique d'investissement chez Columbia Management Investment Advisers, d'un des plus gros gérants de fonds américains avec plus de 350 milliards de dollars sous gestion, a réduit ses placements en actions ces trois derniers mois.

Il a commencé l'année avec une modeste surpondération en actions, pour ensuite revenir à une pondération neutre.

Danielle Rouquié et Benoit Van Overstraeten pour le service français

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