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L'usine Agro

[Avis d’expert] Les impasses d’une réglementation des perturbateurs endocriniens basée sur le danger

Gaëlle Fleitour

Publié le

Tribune Une réglementation européenne des perturbateurs endocriniens basée sur le danger, et non sur le risque, c’est ce que dénonce Philippe Stoop, Directeur Recherche et Innovation d’iTK, start-up montpelliéraine spécialisée dans le développement d'outils d'aide à la décision pour l'agriculture.

[Avis d’expert] Les impasses d’une réglementation des perturbateurs endocriniens basée sur le danger
SOCIETE ITK Toute reproduction autorisee pour la promotion de la société ITK
© Philippe Stoop - Directeur Recherche et Innovation iTK

Que penseriez-vous d’un voisin qui ne sortirait jamais de chez lui sans un casque sur la tête, et vous expliquerait que c’est pour se protéger des météorites ? Qu’il abuse du principe de précaution ? Pourtant, il ne ferait qu’appliquer un nouveau principe de la réglementation européenne : un raisonnement basé sur le danger, et non sur le risque.

Pour le grand public, danger et risque peuvent paraître synonymes, mais ils ont un sens bien distinct en évaluation des problèmes environnementaux. Le danger représente la capacité potentielle d’un agent environnemental à provoquer des nuisances pour la santé. Pour reprendre l’exemple des météorites, elles présentent un danger indiscutable : si vous en recevez une sur la tête, vous êtes mort ! Le risque mesure la capacité de cet agent à créer réellement des dommages, compte-tenu de l’exposition de la population. Dans le cas des météorites, l’exposition (c’est-à-dire la probabilité d’en recevoir une sur la tête) est infinitésimale. Le risque est donc négligeable.

Les pesticides déjà sous pression

Jusqu’à présent, la prévention des risques environnementaux reposait sur l’évaluation du risque, et non du danger. C’est pourquoi pour l’instant les piétons sont autorisés à se promener sans casque, et la réglementation n’impose pas de blindage du toit des maisons et des voitures contre les météorites. Mais depuis quelques temps la réglementation européenne a introduit des exceptions, pour lesquelles l’existence d’un danger suffit à entrainer l’interdiction des substances concernées, même en absence de risque constaté : c’est le cas des pesticides, si leur matière active est classée comme présentant un danger de cancérogénèse. Il en sera de même des perturbateurs endocriniens, quand l’Union Européenne aura enfin réussi à en rédiger une définition qui fasse consensus.
Cette décision peut paraître une conséquence raisonnable du principe de précaution, mais elle soulève en fait bien des interrogations scientifiques non résolues à ce jour.

Elle empêche de mettre en balance les risques et bénéfices d’une innovation technologique. Par exemple, cette nouvelle législation est inapplicable aux médicaments, dont chacun accepte qu’ils puissent présenter un risque en cas de surdosage, s’ils ont un effet bénéfique suffisant quand ils sont utilisés correctement. De même, appliqué en tout domaine, ce principe devrait conduire à l’interdiction de tous les moyens de transport : tous présentent des dangers, et même des risques parfaitement quantifiés. Cette nouvelle législation n’est donc applicable qu’à des domaines dont l’utilité ne parait pas évidente, choisis arbitrairement selon des critères politiques.

La boîte de Pandore ouverte

L’appréciation d’un danger est beaucoup plus délicate et subjective que celle d’un risque. En effet, l’évaluation des risques repose sur des protocoles expérimentaux bien standardisés (ceux qui sont appliqués dans les dossiers d’homologation des substances dangereuses). Comme ces protocoles supposent de réaliser des courbes de réponse à différents niveaux d’expositions à la matière dangereuse, il est facile de vérifier la cohérence statistique des résultats obtenus. Par contre, théoriquement, n’importe quel résultat toxicologique ou épidémiologique isolé montrant une association entre un agent chimique et une pathologie pourrait être considéré comme démontrant un danger. Cela, même si ce résultat est unique et n’a jamais pu été répété depuis. Or, les scientifiques savent bien qu’un résultat isolé, même statistiquement significatif, peut n’être dû en fait qu’au hasard, par l’effet du risque dit de première espèce.

Avec cette initiative irréfléchie, l’UE a donc ouvert une boîte de Pandore qui va susciter des controverses infinies entre les agences d’évaluation sanitaires et les militants environnementalistes, toujours prompts à s’engouffrer dans la moindre brèche du discours institutionnel. L’exemple le plus médiatisé est celui du glyphosate, la matière active du célèbre herbicide Roundup de Monsanto. Alors que ce produit était considéré unanimement comme peu préoccupant par les agences, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) a jeté un pavé dans la mare en 2015, en le classant comme cancérigène probable (en termes de danger).

Depuis, les principales agences d’évaluation sanitaires concernées, dont tout récemment l’Echa, ont confirmé leur avis favorable sur le glyphosate, mais avec des arguments parfois discutables vu la complexité juridique créée.

La pression des activistes écologistes

En raison donc de la pression exercée par nombre d’activistes écologistes, nous devrions assister à d’âpres débats à l’échelle de l’Union européenne autour du renouvellement, ou non, de l’autorisation de vente du glyphosate. Ceci en débit du fait que la monographie du CIRC n’évalue en rien les risques du glyphosate pour l’homme, et ne sauraient donc conclure à l’existence de tels risques. En effet, les résultats d’expérimentations sur le rat invoqués par le CIRC montrent que les effets sanitaires (s’ils sont avérés), n’apparaitraient que chez des rats ayant consommé toute leur vie comme seule boisson du glyphosate dilué dans l’eau, à la concentration où on l’utilise au champ ! Donc avec une exposition qui n’a rien à voir avec celle des utilisateurs de ce produit...même utilisé sans modération.

A la lumière de ces polémiques, on comprend mieux les hésitations de l’UE sur sa définition des perturbateurs endocriniens : plus elle retiendra une définition large, plus elle étendra le champ des controverses ! Comment en sortir ? Politiquement, il serait difficile de revenir maintenant en arrière, en rétablissant une réglementation basée sur le risque. Mais il faudrait au moins que les agences sanitaires s’entendent avec les autorités scientifiques pour définir des critères indiscutables de caractérisation du danger. Sinon, la législation va entretenir la spirale négative, dans laquelle la législation du principe de précaution discrédite toujours plus les agences censées en être les garantes, et effraie toujours plus les citoyens au lieu de les rassurer.

Philippe Stoop, Directeur Recherche et Innovation d’iTK, start-up montpelliéraine spécialisée dans le développement d'outils d'aide à la décision pour l'agriculture

 

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1 commentaire

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19/05/2017 - 17h38 -

Avis d'expert ?? Monsieur Philippe Stoop de la société ITK de Montpellier dont le principal partenaire est le groupe Bayer qui vient de racheter Monsanto (http://www.itk.fr/partenaires/).
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Nom profil

01/06/2017 - 22h24 -

Bonjour, Lisez notre page "partenaires" jusqu'au bout, et vous verrez qu'iTK travaille bien sûr avec Bayer et Winfield, des acteurs majeurs du secteur, mais aussi des entreprises comme Verizon ou Mars qui n'ont aucun intérêt dans la consommation d'engrais ou semences, et des instituts de recherche publics comme l'INRA, le CIRAD et Irstea. C'est cette position centrale au coeur du monde agricole qui nous permet d'avoir une vision large et équilibrée des enjeux sociétaux de l'agriculture, et qui garantit notre indépendance. Il est dommage que l'accusation de conflits d'intérêt serve continuellement de prétexte pour discréditer tout commentaire scientifique, sans même l'examiner. Si vous avez des objections à mes arguments dans cette tribune, c'est avec plaisir que j'y répondrai. Bien cordialement
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