Dossier

Avions ravitailleurs américains: lutte pour un contrat

Avion ravitailleur
© DR

Duel au sommet entre Boeing et EADS

Plus que quelques heures pour remettre son offre et avoir une chance de remporter ce qu’on appelle déjà le contrat du siècle. L'US Air Force a donné jusqu’au 9 juillet pour répondre à son appel d’offres pour le renouvellement de sa flotte vieillissante de ravitailleurs: soit au total 179 appareils pour un montant d’environ 35 milliards de dollars.


Pour éviter une nouvelle remise en question de l’appel d’offres et apparaître le plus objectif possible, le Pentagone a défini plus de 372 critères de sélection. En cas d’égalité technique, si le différentiel de prix entre les deux offres est supérieur à 1%, l’offre la moins cher l’emportera. Sinon, l’analyse des dossiers sera approfondie sur des critères supplémentaires.    

Dans cette bataille, EADS a tiré le premier déposant sa proposition hier. Pourtant le groupe européen avait bien failli ne pas participer après la défection de son partenaire américain Northrop Gruman en mars dernier. Toute cela ne semble plus qu’un mauvais souvenir et le président d’EADS, Louis Gallois, martèle désormais que son groupe a toute ses chances dans cette compétition. Son dossier de 8800 pages décrit par le menu les avantages de son appareil, le KC-45, un dérivé de son long-courrier A330-200. Pour accroître ses chances de victoire, EADS indique qu’il produira les tankers à Mobile, une ville située en Alabama aux Etats-Unis. Et pour faire bonne mesure, il y construira également les avions cargos commerciaux d’Airbus pour doubler la charge industrielle du site. EADS cherche également à conforter son image américaine. Agissant en maître d’œuvre, il a sélectionné 200 fournisseurs américains : GE Aviation(moteurs), Goodrich (systèmes), Honeywell (navigation), Triumph-Vought (aérostructures)… Déjà opérationnel, le KC-45 d’EADS a déjà été sélectionné par quatre états (Australie, Royaume-Uni, Arabie saoudite, et Emirats arabes unis). 

Le grand rival Boeing avance également avec un ravitailleur dérivé d’un avion commercial, le B767. Il y intégrera les dernières technologies embarquées dans son tout dernier avion le B787 (commandes électriques de vol, cockpit numérique..) ainsi que des dispositifs militaires sophistiqués (détection des menaces, protection renforcée des réservoirs…). Boeing revendique déjà deux clients: le Japon et l’Italie. L’avionneur américain mise sur un appareil plus petit que celui de son concurrent. Ce qui peut procurer des avantages en termes d’économies. Le Boeing 767 consommerait ainsi 24% de carburant en moins que le l’A330, d’où une économie de 10 milliards de dollars en carburant sur la vie complète de l’appareil.

Dans cette bataille, tous les coups sont permis. Ainsi Boeing exploite le récent jugement de l’OMC (organisation mondiale du commerce) concernant la plainte américaine sur les aides accordées à Airbus. Selon lui, l’avionneur européen serait une entreprise subventionnée et pourrait tirer artificiellement vers le bas le prix de son offre.  

Preuve supplémentaire de la tension exacerbée régnant autour du contrat :  EADS avait tenu secret jusqu’ici le nom de ses partenaires américains afin d’éviter toute tentative d’intimidation de la part du lobby pro-Boeing prêt à critiquer le manque de patriotisme de sous-traitants du pays.

La balle est maintenant dans le camp de l’US Air Force. Un nouvel échec de l’appel d’offres, déjà annulé par deux fois en 2004 et 2008, n’est plus envisageable. L’armée américaine devrait désigner le vainqueur au cours de l’automne prochain.

Hassan Meddah

Subventions octroyées à Boeing: le rapport de l’OMC retardé

La réaction d’Airbus ne s’est pas fait pas attendre. Tom Enders PDG de l’avionneur européen, s’est déclaré surpris et déçu par l’annonce du report de la publication du rapport de l’OMC concernant la plainte européenne sur les subventions perçues par Boeing. « Ce nouveau report de délai est une véritable déception. Cependant, nous attendons avec le plus grand intérêt le rapport du Groupe Spécial de l'OMC sur les subventions octroyées à Boeing. Il finira par être publié et établira que Boeing a perçu des milliards de dollars de subventions incompatibles avec les règles de l'OMC », indique le groupe à travers un communiqué de presse diffusé hier. La déception d’Airbus est d’autant plus grande que la bataille des ravitailleurs bat son plein. Et dans ce cadre, Boeing avait largement exploité auprès de l’opinion publique américaine et des sénateurs le précédent rapport de l’OMC qui avait établi que l’avionneur européen avait bénéficié de subventions de la part des états européens.


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