Avenir incertain pour les Molex
Le 24 septembre 2009
Malgré une sortie de crise hypermédiatisée, l’avenir industriel du site de connectique automobile de Villemur-sur-Tarn et de ses salariés n’est pas clairement défini.
« Villemur-sur-Tarn : un projet, un avenir ». Discrètement, la pancarte portant ce message est retirée du pupitre transparent derrière lequel doit s’exprimer Christian Estrosi. Remplacée par une autre, plus sobre : « Bercy, 14 septembre 2009 », lieu et date de l’annonce par le ministre chargé de l’Industrie du nom du repreneur de Molex. Un changement de bon aloi, compte tenu du nombre de sceptiques vis-à-vis de ce projet de reprise.
En mettant 1 million d’euros sur la table, le fonds d’investissement américain HIG Capital récupère une partie de l’activité de l’usine de Villemursur- Tarn (Haute-Garonne), spécialisée dans la connectique automobile. L’Etat apportant 6,6 millions d’euros sous forme de prêts à titre de garantie. Une somme qui peut paraître importante au regard, notamment, du nombre de salariés qui feront partie de la nouvelle structure. « On nous a parlé de conserver 15 à 20 personnes seulement [sur 283, ndlr] pour commencer », déplorait Denis Parise, le secrétaire CGT du CE au sortir de la réunion de présentation du repreneur aux représentants du personnel. « Ce nombre compromet les chances de réussite », regrette dans un communiqué le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, jugeant ce plan de reprise d’une extrême fragilité. Mais du côté du ministère, l’optimisme est de rigueur : « Il y aura très vite une soixantaine de personnes recrutées… et 200 à 300 d’ici à trois ans ! », assure-t-on à Bercy.
Et si les Molex sont prioritaires, rien ne garantit qu’ils feront partie des futures embauches. « Nous n’avons aucune information sur les conditions de travail ou les salaires qui seront proposés », souligne par ailleurs Denis Serres, délégué du personnel CFDT.
Diversifications commerciales
Quant au projet industriel, difficile pour le moment d’en dessiner les contours… L’activité cédée par Molex ne représente que 5,8% du chiffre d’affaires 2008, soit 2,5 millions d’euros. Les machines et les moules sont légués pour l’euro symbolique. « Ils correspondent uniquement à des projets en fin de vie, comment être satisfait ? », s’interroge Denis Parise. Pour Jean-Claude Boudet, le maire de Villemur-sur-Tarn, qui se dit à la fois dubitatif et à l’écoute vis-à-vis de ce projet de reprise, « cette situation permet au moins de maintenir la relation avec les constructeurs automobiles ». Olivier Boyadjian, le président de HIG Capital France, déclarait quant à lui dans un communiqué : « Nous mettrons tout en oeuvre pour trouver les meilleures diversifications commerciales qui permettront de pérenniser l’activité de ce site. » Depuis, silence radio. « La seule chose qu’on sait, c’est que le repreneur compte beaucoup sur les marchés de la défense et du médical », commente Thierry Bonhoure, délégué FO. En attendant, les 283 salariés sont licenciés. Ils guettent les chèques du plan de sauvegarde de l’emploi (d’un montant global de 29 millions d’euros) qu’ils ont finalement validé mardi 15 septembre dans la soirée, après onze mois de lutte.
Carole Lembezat
« Un million d’euros, c’est le montant d’un prêt immobilier, pas de la reprise d’un actif industriel à redresser ! » L’opération de HIG Capital a suscité quelques grincements de dents parmi les professionnels français du retournement, ces fonds spécialisés dans la reprise de sociétés en difficulté. « Notre métier consiste avant tout à prendre des risques », reconnaît Jean-Louis Grevet, ancien de Butler Capital Partners et cofondateur de Perceva Capital. Or l’engagement affiché par HIG est loin des standards du retournement. Disposant de 600 millions d’euros pour investir sur des dossiers en Europe, le fonds n’en consacrera qu’un à Molex. Mais devra rembourser plus de 6 millions de dettes avec le cash-flow d’une entreprise qu’il doit encore amener à la rentabilité. Un effet de levier bien plus important que les LBO les plus « tendus ». « En général, la structure de fonds propres doit être suffisante pour permettre à l’entreprise de faire face à ses engagements », insiste Jean-Louis Grevet. La garantie apportée par l’Etat au montage pourrait bien ne pas être superflue.
Sylvie Andreau

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