Avec Suez, Melbourne boira la mer en 2012
Par Camille Chandès - Publié le
Suez Environnement construit à 80 kilomètres de Melbourne une des plus grosses usines de dessalement d’eau de mer du monde.
Wonthaggi. Petite ville côtière australienne aux allures de banlieue américaine : des maisons qui respirent le confort, des grosses voitures et des pelouses bien entretenues... C’est ici, dans cet ancien fief d’extraction de charbon de l’Etat de Victoria que se construit une des plus grandes usines de dessalement d’eau de mer du monde.
Aux manettes de ce projet pharaonique: le consortium AquaSure constitué du français Degrémont, filiale de Suez Environnement spécialisée dans la construction d’usines de traitement d’eau, et des australiens Thiess, entreprise de construction et AGL, producteur et fournisseur d’électricité et de gaz naturel. Le montant de cet investissement s’élève à 2 milliards d’euros. L’exploitation sera assurée par Degrémont... jusqu’en 2039, date de la fin du contrat. Ce qui devrait lui rapporter 1,2 milliard d’euros sur cette période.
Dès 2012, l’usine capable de produire 450 000 m3 d’eau potable par jour devrait ainsi alimenter un tiers des 4 millions d’habitants de la ville de Melbourne située à 86 kilomètres de là. Comme tout le sud de l’Australie, l’Etat de Victoria, connaît en effet une situation hydrique critique. Des épisodes de sécheresse à répétition combinés à une consommation d’eau intensive ont fait de l’eau une denrée rare. Pour l’heure, des grues, des camions et 1200 ouvriers emmitouflés dans des parkas et bonnets s’activent dans l’hiver australien sur le squelette métallique du bâtiment. Il accueillera la technologie d’osmose inverse choisie pour ce projet. L’eau de mer sera prélevée à 1 kilomètre puis mise sous pression par des pompes avant d’être passée à travers des membranes pour être débarrassée de son sel et de ses impuretés. L’eau potable sera ensuite acheminée vers Melbourne par un réseau de canalisation long de 86 kilomètres. Plusieurs sociétés françaises ont d’ailleurs fournit une partie des 400 familles d’équipements principaux nécessaires à la réalisation de l’installation : Nexans (câbles), l’ex- Areva T&D (systèmes électriques sous haute et basse tension), Carbone Lorraine (réacteurs chimiques sous pression) ou encore le chaudronnier Charlatte (anti-bélier de protection des tuyaux).
Malgré l’enthousiasme des autorités, l’usine de dessalement a pourtant été loin de remporter l’unanimité auprès de la population. Des panneaux « Dessalement = vandalisme » rappellent que la contestation a été forte. Parmi les inquiétudes des habitants : l’impact visuel de l’usine dans leur paysage côtier (une portion de plage a été condamnée) mais aussi l’augmentation des prix de l’eau. L’usine de dessalement étant très énergivore (146 Megawatt par jour), la facture devrait en effet être un peu salée.
A Melbourne, Camille Chandès

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