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L'Usine Aéro

"Avec le digital, nous développerons les avions deux fois plus vite", s'enthousiasme le directeur de la transformation digitale d'Airbus

Olivier James , , , ,

Publié le

Entretien Avec le lancement de la plate-forme Skywise annoncé durant le salon aéronautique du Bourget, le groupe Airbus compte accélérer sa digitalisation. Arrivé depuis un peu plus d'an an au poste de directeur de la transformation digitale, Marc Fontaine en détaille chiffres à l'appui les bénéfices, du développement des appareils jusqu'à leur exploitation.

Avec le digital, nous développerons les avions deux fois plus vite, s'enthousiasme le directeur de la transformation digitale d'Airbus
Salon du Bourget 2017 transport aerien civil et militaire aviation armement Marc Fontaine Airbus
© Guittet Pascal Guittet Pascal

L'Usine Nouvelle - Dans quel but lancez-vous la plateforme Skywise, basée sur la technologie de Palantir ?

Marc Fontaine-Skywise est l’aboutissement de plusieurs années de travail. Celui-ci est structurant car il concerne la donnée et la mise à disposition des données. Nous sommes convaincus que nous pouvons atteindre avec Skywise des améliorations très significatives des performances opérationnelles dans la production et l’exploitation des avions. Au-delà de nos usines et de nos opérations, nous étendons ce projet de partage des informations et d’utilisation de ces informations à nos clients. Il s’agit d’une mise à disposition d’infrastructure logicielle pour héberger les données, les connecter, les traiter, les rendre visibles et utilisables par les compagnies aériennes et rajouter toutes les couches à valeur ajoutée comme l’analyse de données, l’intelligence artificielle et le deep learning. Le secret de notre plateforme est là : mettre à disposition cette donnée qui existe aujourd’hui mais qui est difficilement accessible dans un format exploitable par l’opérateur quand il en a besoin.

Diriez-vous qu’avec Skywise, Airbus fera plus que des avions ?

Cette plateforme va en tout cas changer Airbus. Mais elle va aussi changer l’aviation. Notre industrie est manufacturière à l’origine, fiable, robuste et exigente, mais avec des cycles longs et des retours d’expérience très longs. Etre capable de visualiser à une échelle industrielle un nombre absolument colossal d’informations, sans pour autant submerger les gens, et appliquer notre savoir-faire aéronautique à la compréhension de l’avion en service peut libérer des gisements d’efficacité énorme.

Skywise a vocation à être généralisé dans tous vos programmes civils mais aussi militaires. N’y a-t-il pas des questions de souveraineté des données qui vont être traitées via le cloud ?

Cela ne va pas de soi, vous avez raison. Cette question renvoie au positionnement de chaque société par rapport à l’utilisation du cloud. Quelles données peut-on mettre dans le cloud, lesquelles ne faut-il pas mettre ? Fait-on confiance au cloud ? Ces questions deviennent stratégiques. Ne faudrait-il pas mettre en place un cloud européen ? Y aura-t-il émergence d’un cloud dédié à la défense à l’échelle nationale ou européenne ? Pour une entreprise comme Airbus, la question de la compétitivité des données est centrale. Il est évident pour nous, après avoir étudié cette problématique, que l’alternative interne n’est pas crédible. Nous ne sommes pas en mesure de construire une plateforme à l’échelle des volumes de données que nous traitons, accessible de partout et protégée aussi bien que ce qui existe sur le marché. Il est de notre devoir de s’assurer que nos données et celle de nos clients sont protégées. Ces données sont dans le cloud mais encryptées, nous réalisons des audits de sécurité. Cela me rappelle le débat des années 2000 lorsque certains disaient que pour se protéger des hackers, il ne fallait pas se connecter à internet. D’autres estimaient qu’il fallait embrasser internet et embaucher des hackers. Le cloud aujourd’hui, c’est pareil. Je pense qu’il est illusoire de dire que l’on peut s’en passer. Mais il faut s’assurer que les données soint protégées.

Pour autant, Skywise se veut être une plateforme ouverte. Mais à qui précisément ?

A tous les acteurs. Je vous vois venir…pour Boeing, il faudra qu’on en discute. Mais mis à part, elle est ouverte à tout le monde dans le secteur de l’aviation. Des fabricants de trains d’atterrissage, aux motoristes aux fabricants de pièces élémentaires, aux autorités aussi. Si des compagnies nous le demandent, nous avons vocation à héberger des données qui ne viendront pas d’appareils Airbus. Cette évolution est souhaitable et irréversible car elle porte en elle des améliorations significatives sur des domaines importants de l’aviation. Des plateformes vont peu à peu se distinguer par leurs performances techniques. Cela va supposer de trouver des accords avec les différents partenaires. Mais nous devons encore prouver la valeur qu’ils peuvent en tirer.

Quels sont concrètement les apports du digital dans l’aviation ?

Notre industrie est déterministe. Nos ingénieurs travaillent à chasser l’incertitude pour obtenir un niveau sécurité et de performances maximum. Mais il faut accepter dans l’observation de la donnée, avec des méthodes statistiques, d’avoir des réponses à des questions que l’on ne s’est pas posé. C’est souvent là que se trouve les gisements importants. On ne peut donc pas encore savoir tout ce que le digital est en mesure d’apporter. Mais nous pouvons fournir des ordres de grandeur. Pour le futur avion, développé avec de nouveaux systèmes numériques du design jusqu’aux services, nous pourrons garantir pour la première fois une continuité digitale. Aujourd’hui encore, nous mettons en œuvre des systèmes discrets qui communiquent peu entre eux.

Quels éléments chiffrés pouvez-vous fournir ?

Nous estimons que pour le prochain développement d’avion, pas avant 2025 - 2030, nous pourrions réduire de 50% les temps de cycles et les coûts de développement et entre 20 et 30% les coûts récurrents de production des avions. Cela suppose de nouveaux outils mais aussi de nouvelles méthodes de développement. Nous pourrons développer les avions deux fois plus vite grâce à la continuité digitale, ce qui permet d’être plus réactif par rapport aux marchés. Le développement pourra passer de 6 ans environ aujourd’hui à 3 ans demain. Pour l’A350, nous avons démontré que l’optimisation de la gestion des équipes permettait d’obtenir des gains de 10 à 15% d’efficacité. Aujourd’hui, un avion peut être bloqué lorsqu’il manque une pièce. Cette information est disponible chez le fournisseur mais le responsable du planning chez nous n’a pas cette information alors qu’il a bloqué une équipe, qu’il aurait pu déployer plus tard s’il l’avait su. Avec le digital, on peut éradiquer le gâchis généré dans le système. Nous avons accéléré la résolution des problèmes par 3 pour l’assemblage de l’A350. La technologie de Palantir a contribué à respecter la hausse des cadences de production de ce programme.

Sur quoi repose l’intérêt du digital ?

Rien qu’en mettant à disposition de l’opérateur la bonne information déjà disponible mais sous forme compréhensible, cela créée une énorme valeur ajoutée. Le digital permet de capitaliser de manière automatique sur le savoir-faire de chaque collaborateur. Ce n’est pas de l’intelligence artificielle, c’est de la corrélation établie par le système entre un problème et sa résolution. On commence à incorporer davantage de machine learning et même d’intelligence artificielle pour dépasser l’expérience humaine. Mais nous essayons avant tout d’éviter les pertes de temps.

L’exploitation des avions sera elle-aussi plus efficace ?

Il est difficile de fournier des chiffres globaux. Mais Emirates, qui utilise déjà notre plateforme Skywise, à améliorer la disponibilité de l’A380 de 1%, ce qui est énorme. Nous pouvons encore faire mieux. Nous avons pour objectif le zéro immobilisation au sol. C’est possible. Plus on peut modéliser et comprendre le fonctionnement des systèmes, plus on est capable d’éviter les problèmes. L’enjeu est de passer en mode préventif plutôt que réactif.

Les services ne représentent que 5% du chiffre d’affaires du groupe. Quel est votre objectif avec les nouveaux outils numériques déployés ?

En effet, notre chiffre d’affaires représente un peu plus de 3 milliards d’euros aujourd’hui dans les services. Des chiffres à comparer à notre chiffre d’affaires de 65 milliards d’euros. Nous avions une approche plus organique que celle de Boeing, qui est davantage dans une stratégie d’acquisition. Nous sommes passés à l’offensive avec les achats de Navtech et la constitution de Navblue. Avec skywise, nous allons pouvoir développer de nouveaux services.

En quoi le numérique modifiera le métier d’Airbus ?

Aujourd’hui, ne pas concevoir un avion également comme un logiciel n’est plus possible. Les avions auront besoin d’être connectés et d’être mis à jour. L’avion digital impose au maître d’œuvre de maitriser l’ensemble de la chaîne. Les autorités vont nous demander de garantir l’intégrité de la connectivité et de l’architecture de l’avion, au sens mécanique et logiciel du terme.

Quel sera l’impact du numérique sur l’emploi dans la filière aéronautique ?

Nous nous sommes demandés comment nos cols bleus et les ingénieurs allaient réagir. Je peux vous assurer qu’il n’y plus de débat. Ils nous disent que c’est ce qu’ils attendaient depuis 20 ans, faire le travail plutôt que de perdre du temps en tâches inutiles. Le numérique concentre nos salariés sur leurs vrais métiers. Aujourd’hui, les cols bleus n’ont pas accès aux bénéfices de l’ordinateur. Une fois que les données seront accessibles et disponibles via des solutions comme la réalité augmentée et virtuelle, vous donnez aux cols bleus des outils qu’ils n’avaient pas avant. Le numérique remet les compétences au centre du jeu.

Propos recueillis par Olivier James

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