AUX ÉTATS-UNIS, ON ANALYSE AVANT D'INTERDIRE
Par DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE AU TEXAS, SABINE CASALONGA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3241
© JARED MOOSSY / REDUX-REA
Les États, autonomes en la matière, cherchent à limiter les impacts sur l'environnement. Ici, les industriels sont confiants : interdiction et moratoire semblent exclus.
Faire un reportage sur les gaz de schiste aux États-Unis n'est plus une formalité. Titulaire de deux permis d'exploration en France, la société Schuepbach Energy accepte d'accueillir les journalistes mais délègue la visite à son partenaire local, Dale Resources en l'occurrence. Ce dernier opère au Texas, au-dessus de Barnett Shale, le deuxième gisement de gaz de schiste le plus exploité des États-Unis. Dès la sortie de l'aéroport de Dallas-Fort Worth, un terrain défriché apparaît sur le bas-côté de la route. On y devine à peine les têtes de puits de gaz, d'un mètre de hauteur environ, dont la teinte est similaire à celle du sol. Chesapeake Energy possède 1 000 puits sur des terrains loués à l'aéroport.
Après une vingtaine de minutes de trajet, arrêt dans la zone périurbaine de Fort Worth : un puits, dont le périmètre est protégé par des murs anti-bruit, est en cours de forage. Mais interdiction d'entrer sur le site « pour des raisons de sécurité » ! Plus tard, seul un coup d'oeil sera autorisé à travers le grillage du site de Carrizo Oil et Gaz, avec ses 22 puits juxtaposés sur une surface équivalente à un terrain de football. À quelques dizaines de mètres d'un jardin d'enfants et d'un bâtiment universitaire. Difficile d'observer les pratiques des industriels, à moins de se fier aux experts. « En trente ans d'expérience dans l'industrie du gaz et du pétrole, je n'ai jamais constaté de problème de contamination de l'eau potable qui puisse être attribué à la fracturation hydraulique, », affirme l'ingénieur.
Comité d'experts gouvernemental
Le 19 avril, l'explosion d'un puits de Chesapeake en Pennsylvanie, suivie d'une fuite de liquides de forage à l'origine de la pollution d'un cours d'eau, a relancé le débat. L'opposition des riverains va croissant, notamment dans les États de New York et de Pennsylvanie. Face à ces opposants, les industriels jouent collectif. Regroupés depuis 2009 sous la bannière Energy-in-Depth, les gaziers américains (Exxon, Chevron, BP, Schlumberger et Halliburton) dénoncent les inexactitudes et erreurs de « Gasland », le documentaire de Josh Fox. Sur le site de leur association, on trouve même un mémo destiné aux journalistes souhaitant réaliser un reportage « juste et équilibré » sur la fracturation hydraulique.
Les campagnes d'Energy-in-Depth ont un but : s'opposer à toute réglementation fédérale de la fracturation hydraulique, aujourd'hui laissée à l'appréciation de chaque État. Le risque est réel : le président Obama - fervent défenseur du développement de la production de gaz naturel - a été forcé de faire un pas en arrière. Son secrétaire à l'Énergie, Steven Chu, a nommé le 5 mai un comité d'experts chargé d'émettre des recommandations pour améliorer la sécurité et les performances environnementales de la fracturation hydraulique.
Une interdiction totale semble exclue vu l'enjeu de cette ressource pour les Américains. « Je ne pense pas que la montée de la contestation puisse ralentir le développement de la production. Le gaz est une source d'énergie trop importante pour les États-Unis. Il va remplacer le charbon, puis le pétrole », affirme Martin Schuepbach, PDG de Schuepbach Energy. « Le comité d'experts va probablement demander des études supplémentaires, mais je ne crois pas qu'il ira jusqu'à un moratoire », estime aussi Kyle Ash, responsable des questions énergie et climat chez Greenpeace États-Unis. L'EPA, l'agence de protection de l'environnement américaine, est chargée de réaliser une étude sur les effets de la fracturation hydraulique sur les ressources en eau potable. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant fin 2012.
Taux de croissance annuel moyen de la production entre 2006 et 2010 : 48% Production 2010: 138 milliards de mètres cube, soit 23 % de la production américaine de gaz naturel Projection 2035 : 345 milliards de mètres cube, soit 47 % de la production américaine de gaz naturel Réserves totales estimées (non prouvées): 23,4 trillions de m 3 (Source: Annual Energy Outlook, EIA, avril 2011) http://www.eia.doe.gov/forecasts/aeo/index.cfm

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