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Automobile : une année record qui ne profite pas à tout le monde

Par Laurent Guez - Publié le
Laurent Guez, directeur de la rédaction

C’est un record absolu pour l’industrie automobile : 75 millions de voitures particulières et d’utilitaires légers seront vendus en 2011 ! Un chiffre historique, donc, qui correspond à une progression de 4% par rapport à l’an dernier, malgré le séisme japonais et la crise des dettes souveraines. A en croire les consultants de IHSAutomotive, la croissance du marché global devrait s’accélérer encore en 2012. Cette vigueur, on s’en doute, nous vient de l’Orient. Les Chinois ont augmenté leurs achats d’automobile de 9% cette année, soit une hausse presque deux fois supérieure à la croissance de leur PIB.

En dehors de ceux bien implantés en Chine ou dans d’autres pays émergents, ces chiffres record ne bénéficient pas, ou pas assez, aux constructeurs et aux équipementiers européens. Encore moins aux salariés européens de la filière, qui ont du souci à se faire. Selon les chiffres de l’ACEA, la fédération des constructeurs automobiles du vieux continent, les immatriculations devraient baisser en 2011 pour la quatrième année consécutive. Sur onze mois, cette baisse s’établit à - 1,4%, ce qui laisse entrevoir une chute de -1,9% sur l’ensemble de 2011.Les suppressions d’emploi, hélas, ne sont pas près de s’arrêter.

Les entreprises européennes vont devoir faire face à une « seconde révolution industrielle », pour reprendre l’expression de Bernard Jullien et Yannick Lung.Dans leur excellent ouvrage (1)consacré à cette industrie - qui fut longtemps structurante pour les économies occidentales -, ces deux chercheurs du Gerpisa et de l’Université de Bordeaux relèvent l’extraordinaire mutation géographique qui s’opère depuis le début du XXIe siècle. En Chine, cinq constructeurs produisent plus d’un million de véhicules par an : SAIC (3,5 millions), Dongfeng (2,7), FAW (2,6), Chang’an (2,4) et Beijing Auto (1,49). Leur croissance se situe autour de 30% par an…

Chez nous, l’ambiance est tout autre. D’abord,parce que le « consentement à payer » a tendance à s’éroder : contrairement à ce qui se passait au XXe siècle, les ménages ne sont plus du tout prêts à s’offrir un véhicule à un prix supérieur au service rendu.Les marques n’arrivent plus à faire rêver avec leurs modèles, à y injecter de la charge symbolique. Ensuite, parce que les consommateurs européens aspirent de plus en plus à rouler "décarbonnés". Or, les offres sont encore rares et surtout hors de prix. Des voitures moins chères, et qui n’émettent pas de CO2, cela ressemble à une impasse. Ou, au moins, à une terrible équation. Pour que l’Europe ne soit pas la perdante de la mondialisation automobile, elle devra la résoudre.

Laurent Guez
Directeur de la rédaction

 

(1)  "Industrie Automobile, La croisée des chemins", par Bernard Jullien et Yannick Lung (Editions La Documentation française), 14,50 euros.

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