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Audit des pôles de compétitivité : moins saignant que prévu

19/06/2008
Trois ans après leur création, les 71 pôles de compétitivité français ont été évalués par deux cabinets de conseil, BCG et CMI, à la demande du gouvernement. Les résultats, rendus publics ce mercredi 18 juin, constituent une étape cruciale pour la définition de leur avenir et de leur financement.
Audit des pôles de compétitivité : moins saignant que prévu Il faisait peur à tout le monde. La rumeur voulait cet audit permette in fine de « tuer » la moitié des 71 pôles de compétitivité lancés en 2004 qui mettent en réseau entreprises, laboratoires et universités pour dynamiser l'innovation. Finalement, les consultants de BCG et CMI ont classé les 71 pôles en trois catégories : un groupe de 39 qui « ont atteint les objectifs de la politique des pôles de compétitivité » et ne devraient craindre de perdre ni leur labellisation ni leurs aides,  un groupe de 19 au bilan plus mitigé, et un groupe sur la sellette, avec 13 pôles qui « pourraient tirer parti d'une reconfiguration en profondeur ». Le classement plante quelques épines dans le pied du gouvernement, qui risque de ne pas trouver à son goût la réduction d'aides au pôle nucléaire Bourgogne. Si aucune suppression n'est annoncée pour l'instant, le retour de bâton devrait se faire sentir à l'automne.

Cluster

Regroupement, généralement sur un bassin d'emploi, d'entreprises du même secteur, source d'externalités positives. En France, plusieurs de leurs déclinaisons ont inspiré les politiques industrielles successives : les SPL (systèmes productif locaux), les pôles de compétence et plus récemment les pôles de compétitivité.
Trois critères ont guidé le classement de la part des auditeurs : le fait que le pôle ait une stratégie claire, déclinée sous forme de feuille de route technologique, la qualité de sa gouvernance, et sa capacité à faire remonter des projets de R&D collaboratifs pour les présenter à des financements régionaux et nationaux. On remarquera que ceux restés dans le peloton de tête sont pour beaucoup les  « mondiaux » ou « à vocation mondiale ». Reste que ces pôles en sont encore un peu verts pour les évaluer sur leur aura internationale : « difficile de se comparer à des clusters qui existent depuis 30-40 ans », se plaint un responsable de pôle. Pégase à Aix-en-Provence, Astech Paris Région ou Agrimip innovation à Toulouse n'ont par exemple été labellisés pôle de compétitivité qu'en juillet 2007.

Vraisemblablement, à terme, les pôles qui tanguent iront en rejoindre d'autres, s'agrègeront à des dispositifs locaux comme les systèmes productifs locaux, ou reviendront à leur forme antérieure : « avant d'être des pôles, certains dispositifs fonctionnaient très bien sous forme de filière, une fédération professionnelle travaillant en direct avec des laboratoires », explique Philippe Bassot de CMI, l'un des deux cabinets ayant mené l'audit. Tout concourt en tout cas à un regroupement autour de thématiques de recherche commune : les consultants recommandent par exemple d'éliminer le zonage, ce qui permettra à un porteur de projet de s'inscrire dans deux pôles distincts.

Indicateurs de performance. « Les pôles font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont », résume un observateur : les équipes sont souvent restreintes, et manquent cruellement de cadrage et d'accompagnement de la part de leurs ministères de tutelle. L'audit recommande dès lors de renforcer cet accompagnement et de « responsabiliser plus fortement les acteurs (...) en évoluant vers une logique de contractualisation et de contrôle a posteriori ». Il prône en particulier « l'instauration d'indicateurs »  : nombre de création d'entreprises, nombre d'entrée en bourse, un indicateur qui permet de s'assurer que les entreprises créées grâce au pôle ont duré et pris leur envol, nombre de chercheurs présents sur les régions du pôle et travaillant sur ses thématiques, nombre de brevets, chiffre d'affaires généré par des projets du pôle, emplois créés... Des outils de suivi à ajuster au cas par cas : dans l'aéronautique par exemple l'innovation ne se caractérise pas en nombre de brevets, le secteur cultivant le secret industriel.

Clarifier les interlocuteurs. Au niveau national, via des correspondants pour chaque pôle, deux ministères composent le groupe de travail interministériel (GTI) qui chapote la politique des pôles de compétitivité : la direction générale des entreprises (DGE), et la délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT, ancienne DATAR). Derrière cette « joint-venture », ministère de l'intérieur et ministère des finances tirent la couverture à eux, et les patrons des pôles ne savent pas à qui parler, la courroie de transmission entre le GTI et les régions est peu satisfaisante. Par ailleurs, si certaines régions telles les Pays de la Loire ont très vite soutenu leurs pôles, d'autres telles le Languedoc-Roussillon ou la région PACA n'ont pas joué le jeu au départ. L'audit recommande dès lors à l'Etat de se préoccuper de la question, même si les industriels passeront sans aucun doute après l'urgence du pouvoir d'achat.

Des fonds concentrés

« Grâce à la sélectivité des financements, le nombre parfois perçu comme élevé des pôles n'a pas entraîné une dilution massive des ressources financières, en particulier celles mobilisées sur les projets : 10 pôles sur 71 concentrent environ 55 % des financements projets cumulés depuis le lancement du dispositif. », précise le rapport d'audit de BCG et CMI.
Les cordons de la bourse. « Très peu de financeurs privés se sont engagés dans les pôles de compétitivité », déplore l'audit, qui recommande la « définition d'une limite maximale à la part des financements publics dans les structures d'animation (par exemple 80% pour 2008, ramené à 60% en 2009), afin de garantir l'engagement des acteurs privés dans la vie du pôle et l'adéquation de ses activités à leurs besoins. » Si l'Etat conserve ainsi son rôle de soutien à une mission de service public, charge au pôle de proposer des services à valeur ajoutée pour que les entreprises membres du pôle cotisent davantage.
Un dispositif spécifique doit par contre être mieux prévu pour soutenir les PME issues des pôles au démarrage, en particulier dans les domaines des nanotechnologies et des biotechnologies. « Un groupe de travail pourrait réfléchir à la faisabilité d'un mécanisme de fonds public de co-investissement, pour appuyer l'investissement des capitaux-risqueurs dans les pôles », suggère le rapport d'audit. Il propose en particulier de mettre la Caisse des dépôts dans la boucle, plus habituée à financér des infrastructures « en dur » que des dispositifs d'innovation.

Mettre l'accent sur le développement durable. Autre constat du rapport : la faible préoccupation des pôles autour énergies renouvelables, domaine pour lequel l'innovation est pourtant cruciale aujourd'hui en France.

Les dés sont jetés, l'enveloppe financière globale de 1,5 milliard d'euros pour la période 2006-2008, arrive à échéance à la fin de l'année et les bases d'une redistribution des cartes sont posées. Bilan : un rétropédalage en catastrophe ? « C'est une vraie réussite », temporise un observateur. « Cela ne va pas forcément améliorer la compétitivité mondiale de la France, ce qui aurait été le cas si les pôles de compétitivité s'étaient concentrés sur 5 ou 6 secteurs clés. Mais cela a permis de booster les PME d'une région, l'innovation et la R&D, et c'est déjà très bien. »

Ana Lutzky








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