Ils étaient 150 environ dans la salle à assister aux sélections pour le TEDx Paris qui se tiendra à l’Olympia le 6 octobre prochain. Pendant deux heures, coach ou ingénieurs sont venus défendre leur vision du futur. Reportage.
TEDx ? L’acronyme ne vous dit rien ? C’est la licence dévolue par les conférences TED, ces réunions nées en Californie en 1984 et devenues annuelles depuis 1990 qui visent à médiatiser "des idées pour changer le monde" portées par des stars ou des inconnus. Ce 13 juin 2012 dans la salle de la Gaité Lyrique, lors des pré-sélections, le public était plutôt masculin, équipé d’Iphone ou d’Ipad, et portant la barbe de trois jours.
Ces auditions "ouvrent vers autre chose que ce qu’on entend tous les jours", explique entre deux portes Jean Louis Servan Schreiber, créateur de Psychologies magazine et directeur du magazine Clés. L’humeur positive des intervenants et leur volonté d’en découdre est véritablement contagieuse, l’auteur de ces lignes en a fait l’expérience.
Arrivé sur place à l’issue d’une journée grise et pluvieuse, avec un mal de tête lancinant et la dose de râlerie habituelle d’un parisien soumis aux retards du métro et à la surpopulation des transports en commun, les successives présentations font s’évaporer le début de migraine et les humeurs sombres. TEDx ça marche, le monde a changé en moins de deux heures.
A Paris, c’est Michel Lévy Provençal, un entrepreneur de l’Internet des objets, qui organise depuis mai 2009 ces réunions sous licence. Il confie noter "un engouement réunion après réunion. A chaque fois, nous vendons les places en moins d’une heure." Pour cette soirée, la salle est remplie et confie-t-il : "on reçoit encore des demandes pour assister à la réunion". Trop tard ! Prenant la parole en ouverture de la session, il invite le public "à se présenter à ses voisins, car c’est aussi une occasion de réseautage". Autour de moi, deux consultants, une consœur free-lance, un étudiant et un jeune cadre.
Les choses sérieuses commencent alors avec les présentations. Des quarante volontaires pour la session de ce soir, il n’en reste que sept : cinq garçons et deux filles, à présenter leur idée formidable qui pourrait changé le monde. Ils savent que le public votera (sur un bulletin papier ! pas par sms) et que le préféré gagnera son ticket pour l’Olympia où se tiendra en novembre le TEDx Paris. Contrairement aux grandes sessions qui donnent lieu à des répétitions sous l’œil de l’équipe organisatrice, les volontaires de ce soir n’avaient pas été coachés.
La jeunesse française et le modèle indien
Pourtant, les voix sont bien posées, les exposés clairs, le rétro projecteur utilisé avec intelligence. Ce qui frappe c’est la positivité des orateurs, leur envie de faire. Il faut avoir entendu Anjuli Pandit, une jeune femme de 26 ans, d’origine indienne et de nationalité américaine, s’étonner du pessimisme des jeunes français, qu’elle côtoie à Sciences Po où elle étudie. En anglais et français, elle raconte en quinze minutes l’Inde qui se développe, la jeunesse française qui couine.
Dans son sari traditionnel, elle avoue une incompréhension pour ses camarades de classe qui "ont peur de frontières qui n’existent pas. Ils pensent qu’être jeune est un handicap." Et enchaine sur l’histoire de ces deux grands-mères "des visionnaires" qui ont misé sur l’éducation et n’ont pas eu peur de traverser les océans. "L’immigration est une route à deux voies", conclura-t-elle devant une salle emportée par son intelligence tranquille en vendant l’expatriation comme anti-dote à la déprime française. (la gagnante de la soirée).
Peu après, ce sera la coach Christine Lewicki qui expliquera pourquoi tout le monde gagnerait à arrêter de râler. Clément Delangue, lui, n’aime pas la manière dont l’école fonctionne, alors il explique comment il a créé un site de partages en ligne de cours et de prise de notes en commun grâce à Google Docs. Emouvant, le témoignage de Kyle Rose, un diabétique qui organise des courses en vélo pour sensibiliser le public sur sa maladie. Où l’on apprend qu’en 2006 c’est une équipe de diabétiques qui a gagné la Race accross America, une course de 5000 kms en relais.
Les ingénieurs prennent la parole
Mais les TEDx ce sont aussi des témoignages d’entrepreneurs qui viennent partager leur envie de changer le monde. Ils étaient trois ce soir-là, trois jeunes ingénieurs. Numéro 6 des auditions, Bastien Lefrançois était très ému, trahissant la passion qui l’animait : la rencontre de l’aérostat et du photovoltaïque. Ce centralien a réussi à construire et piloter un dirigeable solaire. Il ne préconise pas ce mode de transport mais en tire une leçon philosophique : "on peut atteindre son objectif avec peu d’énergie, si on a l’humilité de comprendre son environnement". Romain Martin ingénieur en énergie, veut convertir le monde à la biomasse en reproduisant industriellement des estomacs de vache, capable de transformer les déchets végétaux en gaz… pour remplacer le nucléaire. Car le TEDxer est autant geek qu’écolo.
S’il veut changer le monde, c’est en prenant le meilleur de l’actuel. A l’image de Morgan Segui, designer industriel, qui travaille à mettre au point des produits électroniques durables. Diplômé de l’ENSCI, il transmet son credo : l’esthétique sera aussi sociale et écologique, entendez, on ne peut pas faire un beau produit s’il détruit la planète. Sur le modèle de l’open source, il réunit des gens pour mettre au point des composants équitables, à commencer par une diode électroluminescente. L’enjeu de son passage à TEDx, il le résume après la conférence : "présenter mon projet c'est avant tout dire que ce continent existe, que nous organisons des explorations et qu'il y a des places à prendre sur nos bateaux."
Les prochaines sélections auront lieu le 12 septembre.









