Au salon Achema, le "made in France" se heurte à l’hégémonie allemande

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  Alors que le plus grand salon mondial des procédés chimiques bat son plein, les PME françaises tentent de se faire entendre. Leurs témoignages montrent des difficultés réelles à faire face à leurs consœurs allemandes. Florilège.

Les frictions franco-allemandes ne sont pas l’apanage de François Hollande et Angela Merkel. A en croire les PME françaises présentes à l’Achema 2012, les industriels de la chimie connaissent aussi des relations tumultueuses des deux côtés du Rhin. Dans ce gigantesque salon professionnel qui se tient à Francfort tous les trois ans, et dédié aux génies chimique et des procédés (compresseurs, vannes, pompes…), les entreprises françaises tentent tant bien que mal de se démarquer face aux industriels allemands…

Sur le plan numérique, le constat est sans appel. Les entreprises françaises sont près d’une centaine, sur un total de 4000 exposants venus de plus de 100 pays. Pas facile dans ces conditions de se faire remarquer par les 180 000 visiteurs qui se ruent dans les 140 000 m² d’espaces d’exposition. D’autant que selon plusieurs sources, UbiFrance s’est pour la première fois désisté. Alors qu’un pavillon français est monté pour chaque édition du salon assurant une grande visibilité, cette fois-ci, les PME ont dû se débrouiller toutes seules dans le montage de leurs stands. "C’est un loupé", résume à sa manière Richard Konicki, ingénieur pour Coreau, une PME de Troyes (Aube) spécialisée dans les pompes à engrenage.

Et un "loupé" qui renforce un constat déjà partagé par de nombreux acteurs du secteur : les entreprises françaises n’auraient pas le sens du collectif. "Les sociétés allemandes jouent groupé et collectif, témoigne François Brunet, responsable communication du pôle de compétitivité Axelera. Autrement dit, elles chassent en meute et attaquent ensemble les marchés. En France, elles sont beaucoup plus individualistes."

Une exception sur ce salon : "Chemicals & Environment in Rhône-Alpes" Un stand qui regroupe sur le même lieu des PMI (A2 Photonic Sensors, APS, Celsius, Eco Mundo, Inevo et Trez), des pôles de compétitivité (Axelera et Trimatec), des plateformes chimiques (Grenoble Chemical Park et Roussillon Chemical Park) et l’agence de développement économique de la région Grenoble-Isère (AEPI). La vallée française de la chimie est tout de même représentée !

Osiris, le groupement d’industriels qui gère la plateforme du Roussillon (entre Lyon et Valence) cherche d’ailleurs à accueillir des acteurs étrangers. Et là encore, le modèle allemand est pris à témoin. "Les Allemands se sont lancés dans ce type de plateformes il y a plus de vingt ans, explique Frédéric Fructus, directeur d’Osiris. Il en existe maintenant une trentaine contre une petite poignée en France. Nous avons un net retard en la matière".

Ressentiment et convoitise

Pis encore, si les PME françaises parviennent à nouer des contacts avec des industriels d’à peu près tous les pays (sont souvent cités la Russie, la Chine, le Mexique, l’Inde, le Brésil…), ils sont bien en peine à Francfort de se rapprocher des… Allemands ! "Ils ont un marché protectionniste", assure Jean-Christophe Kazmierski, directeur marketing de Buracco, basée à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) et positionnée sur les valves industrielles. "On ne peut pas faire de business en Allemagne." Lorsque les acteurs français y parviennent, c’est pour "récupérer les miettes", comme l’estiment plusieurs d’entre eux.

Ou pour se faire racheter. C’est le cas de la PME Coreau, approchée depuis plusieurs mois par une société allemande, revenue lui faire une offre sur le salon. Pour le moment sans succès. "Au début je pensais qu’ils voulaient juste collaborer, raconte Richard Konicki. Mais comme ils ont de l’argent, ils veulent nous acheter. Ils m’ont dit que dans ce cas, il faudrait déplacer toute notre usine en Allemagne. Quand je leur ai dis qu’aucun salarié ne suivrait, ils m’ont répondu que ce n’était pas grave. En fait, leurs méthodes sont toujours brutales."

Chez Cepic, une PME basée à Déville-lès-Rouen (Seine-Maritime) qui vend du matériel pour solutions et milieux corrosifs, les langues se délient encore davantage. "Personne ne se rend compte que l’industrie allemande tape sur le dos des boîtes françaises. Les Allemands possèdent une vraie force de frappe alors qu’on ne sent aucune volonté de développer notre industrie en France." Le terme de "rouleau compresseur" pour qualifier l’organisation germanique des industriels de la chimie revient à chaque conversation.

Finalement, on ne sait plus trop si les PME françaises sont dans le registre du ressentiment ou de la convoitise. Le fameux "modèle allemand" perd de sa superbe à entendre ces industriels français croisés sur ce salon, mais nul ne remet en cause son efficacité. Et surtout, c’est contre le "modèle français" que certains patrons de PME se retournent. Le sentiment d’être quelque peu délaissé teinte d’amertume leurs discours.

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