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Au Maroc, la caravane de Renault recrute

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268

Journées de recrutement, formation... Le constructeur automobile se dote d'outils pour attirer des collaborateurs vers un secteur nouveau dans le pays et embaucher les salariés de son usine de Tanger.

Le compte à rebours a commencé. D'ici à la fin du mois de janvier, Renault inaugurera une nouvelle usine à Tanger. C'est là, dans l'extrême nord du Maroc à quelques encablures des côtes espagnoles, sur une superficie de 300 hectares, que le constructeur automobile français a choisi d'implanter son trente-huitième site industriel. Encore en phase de test, il doit y assembler les modèles low cost de la gamme Dacia, dont le dernier-né est Lodgy, un véhicule familial. « L'industrialisation d'un petit utilitaire interviendra quelques mois plus tard », promet la firme au losange. Seule une ligne de production fonctionnera dès cette année à une cadence de 30 unités par heure. En 2013, une seconde ligne devrait être mise en service. Au total, si la demande est au rendez-vous, près de 340 000 véhicules par an seront assemblés dans cette région, jusque-là vierge de toute industrie automobile. Et Tanger deviendra le premier site de production de ce secteur au Maroc.

Un défi colossal en matière de recrutement ! De fait, sur les 2 100 personnes qui ont déjà été embauchées, seules 30 % sont originaires de la région de Tanger. L'effectif doit encore être multiplié par trois d'ici à 2014. Pour recruter en masse opérateurs, techniciens, cadres et ingénieurs dont il a besoin, le constructeur a mis au point un véritable plan de bataille. Au sein de l'usine, une équipe de 12 personnes est dédiée au recrutement, alimentant en permanence les bases de données de Renault Maroc. « Nous disposons d'un vivier de 400 personnes, qui peuvent être appelées, au plus tard, deux mois après avoir été sélectionnées, assure Nada Ihban, le responsable du recrutement. En anticipant de la sorte, nous pouvons accompagner en temps réel la montée en puissance de la production. »

Outre son équipe interne à l'origine de 40 % des embauches, Renault Maroc a mobilisé les services des principaux cabinets de recrutement du pays. Une convention-cadre a également été signée avec l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (Anapec), l'agence nationale pour l'emploi, qui dispose d'un réseau à travers tout le royaume. Enfin, un partenariat a été établi avec le premier site internet marocain dédié à l'emploi, Rekrute.com, chargé d'effectuer une présélection des candidatures.

Jusqu'à 60 embauches par jour

Multiplication de forums, organisation de conférences, intégration de modules de formations au sein de cursus universitaires... Renault utilise toutes les possibilités pour s'assurer le maximum de candidatures. Le défi est de taille. « Nous avons beaucoup travaillé sur notre image, notamment en allant nous-mêmes à la rencontre des candidats », confirme Mohamed Bachiri, le directeur des ressources humaines de Renault Maroc. Banale opération de séduction ? « Au Maroc, ce type de démarche revêt une dimension extrêmement novatrice », assure le DRH. Dans le même esprit, des journées consacrées au recrutement sont organisées. Deux ont déjà eu lieu en 2011, à Rabat et Tanger. Trois sont prévues en 2012. Déjà identifiés, cadres et techniciens sont convoqués dans un hôtel. Pas de grand show à l'américaine, mais un programme réglé à la minute près ! Présentation minutieuse du groupe et de son projet marocain, de l'ensemble des métiers, et entretien avec l'équipe des ressources humaines. Au total, une soixantaine de personnes peuvent ainsi être embauchées en une journée.

Autre levier pour recruter en masse : la caravane. L'opération, qui s'est multipliée en 2011 dans les principales villes du pays, dure une semaine et cible les opérateurs. Entretien, tests techniques et visite médicale, l'ensemble de la procédure est délocalisée sur place. « Le taux de sélection est estimé à 50 % », précise Nada Ihban. L'enjeu est donc de cibler large et surtout d'aller vite.

Enfin pour dupliquer les meilleures pratiques des usines du groupe, des « experts » - une trentaine d'ingénieurs et de cadres maison - sont venus en renfort de France et du Canada. « Ces commuters sont là pour aider au démarrage de l'usine, explique Mohamed Baciri. Ils travaillent sur un sujet technique précis, transférant ainsi leurs compétences aux équipes locales. Leur mission dure en moyenne un an. »

Pour mettre ces équipes aux standards Renault, la firme au losange a fortement investi en formation. Aidée, il est vrai, par l'État marocain, qui a financé la création d'un Institut de formation spécialisé dans les métiers de l'industrie automobile (Ifmia) géré directement par Renault. Trois cent cinquante personnes y sont formées pendant trois à quatre mois. Quant aux techniciens, chefs d'ateliers et chefs d'unité, ils sont envoyés au Technocentre de Guyancourt (Yvelines) et dans des usines du groupe, en Roumanie, en Turquie et en Espagne pour une période de trois à neuf mois maximum. Au total, 520 candidats ont déjà été formés en France. Pour certains métiers très pointus, les cursus sont encore plus longs. Ainsi les outilleurs en emboutissage se forment pendant dix-huit mois à Flins (Yvelines). À l'image de ce qui existe déjà à l'échelle du groupe, des écoles de la dextérité ont été ouvertes au Maroc afin d'apprendre aux opérateurs, une fois sur les chaînes de montage, les bons gestes.

Pas de surenchère salariale

Le constructeur est discret sur les chiffres concernant le volet social et humain de l'entreprise. Il assure toutefois y avoir consacré plusieurs millions d'euros. « Le prix à payer pour s'inscrire dans une stratégie de long terme et ne pas céder à la surenchère salariale », assure Renault Maroc. D'autant plus que dans le sillage du constructeur, des dizaines d'équipementiers se sont installés dans la région de Tanger. À terme, plus de 30 000 personnes travailleront dans l'industrie automobile marocaine. Un secteur complètement nouveau pour le Maroc... né avec l'usine Renault de Tanger.

LES CHIFFRES CLÉS DE L'USINE

1 milliard d'euros d'investissement 340 000 véhicules devraientêtre produits par an 2 100 personnes embauchées sur un effectif total prévu de 6 000 2 nouveaux produits de Dacia,un monospace et un utilitaire

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