Attendu sur sa stratégie, Carrefour rogne ses effectifs

Publié le

par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Carrefour va supprimer 500 à 600 postes dans ses différents sièges et ses fonctions support en France, première étape d'un plan de réduction de coûts souhaité par le nouveau PDG du groupe de distribution, a-t-on appris mercredi auprès des syndicats.

Ces réductions d'effectifs -sur un total d'environ 7.000 postes administratifs en France- se feront sur la base de départs volontaires et sans licenciements, ont précisé à Reuters les représentants des syndicats Force ouvrière et CFDT du groupe.

Le distributeur a fait savoir, lors des comités d'entreprise des différents sièges réunis mercredi, que le "renforcement de son efficacité et la réduction de ses frais généraux (...) nécessitaient d'adapter ses effectifs dans les sièges et les fonctions support, qui devraient concerner 500 à 600 personnes", a déclaré à Reuters Michel Enguelz, représentant de Force ouvrière.

Les syndicats disent craindre d'autres vagues de suppressions de postes si la conjoncture continue de se dégrader. "Je n'exclus pas d'autres plans à venir", a dit Michel Enguelz.

Personne n'était joignable dans l'immédiat chez Carrefour pour commenter ces informations.

Des réductions d'effectifs étaient largement attendues, le PDG de Carrefour Georges Plassat ayant indiqué en juin, devant l'assemblée générale des actionnaires, que la réduction des frais généraux et des coûts de siège était une des priorités pour redresser un groupe miné par les lourdeurs administratives et les erreurs stratégiques.

PRÉCISIONS ATTENDUES JEUDI

Ces suppressions de postes pourraient, selon les syndicats, ne constituer que la première étape d'un processus qui pourrait concerner plus de 3.000 salariés, dans les différents sièges du groupe mais aussi dans les hypermarchés, dont l'offre non alimentaire (électroménager, électronique, textile, loisirs) est très durement concurrencée par les enseignes spécialisées et les sites internet.

Carrefour est un des premiers employeurs privés de France avec un effectif de 112.400 personnes à la fin 2011, et compte 412.400 salariés dans le monde.

Les syndicats disent attendre des précisions de la part de Georges Plassat à l'occasion de la présentation des résultats semestriels du distributeur, prévue jeudi à 9h30.

Ces résultats ne devraient guère réserver de surprise.

En juillet, lors de la publication de son chiffre d'affaires semestriel, Carrefour a rassuré les investisseurs en confortant leurs estimations de résultats, alors que nombre d'entre eux craignaient un nouveau "profit warning".

Le distributeur a aussi fait état d'un retour à une tendance positive pour les ventes de produits alimentaires en France au deuxième trimestre, jugée encourageante pour l'avenir.

Selon le consensus de 10 analystes interrogés par Reuters, le résultat opérationnel courant devrait se situer autour de 709 millions d'euros, en baisse de 8% par rapport aux 772 millions de l'an dernier (non retraités de la sortie de la Grèce).

Le résultat opérationnel courant du groupe a chuté de 19% l'an dernier et devrait encore reculer en 2012.

PRUDENCE

Georges Plassat est aussi très attendu sur sa feuille de route.

Mais prudent et peu porté sur la communication -il a déjà nettement réduit le degré de détail de la communication financière du groupe- il ne devrait pas commettre les erreurs de son prédécesseur Lars Olofsson en s'engageant sur des objectifs chiffrés.

"Nous n'attendons pas d'objectifs financiers précis, ce serait une erreur", soulignent les analystes de Santander.

Georges Plassat devrait en revanche revenir de façon plus approfondie sur les grandes lignes de sa stratégie de redressement évoquée devant les actionnaires en juin, à savoir le désendettement, la décentralisation, la réduction des frais généraux et, d'une façon plus générale, le retour au sens du client.

Son arrivée à la tête du groupe en mai a quelque peu apaisé le marché. Professionnel avisé de la distribution, réputé aussi pour tailler massivement dans les coûts, le PDG a toutefois averti que le redressement prendrait du temps, et s'est donné trois ans pour y parvenir.

Depuis le 12 juillet, date de la publication de ses ventes semestrielles, le titre a gagné 20% alors que l'indice sectoriel européen du secteur a pris 7%. La valeur accuse encore, malgré ce rebond, une baisse de 10,6% depuis le début de l'année, tandis que son indice sectoriel progresse de 6,2% sur la période.

L'action Carrefour a clôturé à 15,75 euros mercredi (-1,56%), faisant ressortir une capitalisation boursière de 11,17 milliards.

Edité par Dominique Rodriguez

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