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Astrium milite pour une fusée Ariane 5 remodelée

Par Hassan Meddah - Publié le
Ariane V
© D.R.

Le maître d'œuvre du lanceur européen juge suicidaire de lancer un modèle totalement nouveau, sans étape intermédiaire. Selon son président, François Auque, le projet comporte trop de risques financiers et industriels. Il milite plutôt pour un programme de lanceur de génération intermédiaire.

L'Europe doit-elle se lancer dans un programme de nouvelle fusée pour succéder à Ariane 5 ou au contraire passer par une étape intermédiaire, en travaillant sur une évolution du lanceur actuel ? La question pourrait être tranchée en novembre 2012 lors de grande réunion des ministres européens en charge de l'Espace pour définir le carnet de route des quatre prochaines années.

Dans ce débat, Astrium a pris une position tranchée. Le premier groupe industriel spatial européen milite pour la version intermédiaire, qu'on appelle dans le jargon spatiale Ariane 5 ME (pour Midlife Evolution). Selon sa direction, se lancer dans un programme de nouveau lanceur est trop risqué, financièrement et industriellement, et pourrait conduire l'Europe spatiale à la catastrophe.

Ainsi François Auque, président d'Astrium n'hésite pas à dramatiser la situation liée à ce choix : "Je lance un cri d'alarme sur le passage à un nouveau lanceur sans avoir pris la moindre assurance. Ariane 5 ME est une prime d'assurances".

Et pour appuyer ses propos, il rappelle ce qui s'est passé au moment de la succession d'Ariane 4. "Rappelez-vous le passage d'Ariane 4 à Ariane 5. On a refusé de payer la coexistence des deux lanceurs pour des raisons de coûts. Et après l'échec d'Ariane 5, on a été obligé de faire un lanceur intermédiaire. C'était un risque technologique énorme et un risque financier considérable. On a failli mourir. Ne pas payer une prime d'assurances peut nous tuer. Ne pas payer pour Ariane 5 ME, c'est un crime".

Toujours selon le dirigeant, se lancer dans le projet d'un nouveau lanceur serait un saut dans l'inconnu. "Personne ne sait ce qu'est le lanceur de prochaine génération."

La garantie de nouveaux contrats

Astrium milite donc pour une voie plus progressive. "L'intérêt de cette fusée modifiée est considérable. A coût identique à la fusée actuelle, elle sera capable d'emporter 20% de charge en plus en orbite géostationnaire", explique le dirigeant. Ariane 5 ME pourrait en effet emporter 12 tonnes au lieu des 10 tonnes pour la fusée actuelle.

Le coût du programme est de l'ordre de 1,5 milliard d'euros dont près de 300 à 400 millions ont déjà été engagés, pour un premier lancement possible en 2017. Selon Astrium, cette approche a au moins deux vertues. "Ariane 5 ME permettrait d'équilibrer les comptes d'Arianespace sans aucun soutien de la part des pays membres de l'Agence spatiale européenne", estime François Auque.

Arianespace a en effet connu par le passé des pertes qui ont avoisiné les 200 millions d'euros pour environ un milliard d'euros de chiffre d'affaires. D'autre part, les travaux réalisés pour concevoir Ariane 5 ME, et notamment l'étage supérieur avec son moteur réallumable, seront réutilisables à 50% pour le lanceur de prochaine génération.

Toutefois, le cri d'alarme de François Auque n'est pas sans arrière pensée pour son groupe. Si l'option  Ariane 5 ME était retenue, c'est la garantie pour les équipes d'ingénieurs d'Astrium en France et en Allemagne de bénéficier à court terme de nouveaux contrats de développement de la part de l'ESA, l’agence spatiale européenne.

D'autant plus que les développements autour de l'ATV, le ravitailleur spatial européen de la station orbitale, sont terminés. "Il y a un risque de plan de charge pour nos équipes spécialisées dans les lanceurs qui commencera à se faire sentir dès la fin 2012. Nos bureaux d'études situés dans les Mureaux et à Brême sont totalement dépendants du programme Ariane 5 ME", précise-t-il.

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