Assureurs : quelle assurance face à la grippe A ?
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Les assureurs se préparent sans panique à la pandémie de grippe A. Tant que le virus H1N1 ne mute pas, l’impact sur leurs métiers devrait rester modéré. La contagion à l’ensemble de l’économie et aux marchés financiers pèserait davantage sur leurs comptes.
Si la classe politique et les autorités sanitaires se mobilisent dans l’éventualité d’une deuxième vague de grippe A, les assureurs restent dans l’attentisme. Aux sièges parisiens des grandes compagnies, les directeurs des ressources humaines suivent les recommandations officielles et peaufinent les plans de continuité d’activité ad hoc. Mais l’atmosphère générale est plutôt «business as usual » : sur les différents métiers des assureurs, l’impact du virus H1N1 devrait rester modéré.
Santé
Les assureurs de personnes ont travaillé sur les dernières hypothèses du gouvernement à fin juillet, en l’occurrence jusqu’à 20 millions de Français contaminés par la grippe A. Maaf Santé, qui protège près d’un million de personnes, évalue de 5 à 15M€ le surcoût lié à l’épidémie. Extrapolé à l’ensemble des assurés, cela donne un surcoût de 275 à 825M€ pour les complémentaires santé.Outre l’ampleur de l’épidémie, les incertitudes portent sur les modalités de prise en charge.
« Il y a lieu de connaître précisément le niveau d’intervention du régime obligatoire pour déterminer le nôtre », note-t-on chez Axa. En effet, en cas de passage au niveau d’alerte 6 par les pouvoirs publics, l’habituelle répartition des rôles entre Sécu et complémentaires changerait. Au stade pandémique, le Tamiflu (12,69 € à 24,85 € selon les conditionnements), actuellement remboursé à 35% par la Sécu, pourrait être distribué sur les stocks de l’État, indique-t-on au ministère de la Santé. Quant aux 94 millions de doses de vaccins commandées pour près de 900M€ par les pouvoirs publics, elles ne devraient rien coûter aux complémentaires.
Prévoyance
En prévoyance, l’impact devrait être moins important qu’en santé. L’explosion prévisible des arrêts de travail devrait rester neutre pour les complémentaires : au chapitre des indemnités journalières, les contrats prévoient généralement une franchise d’au moins 15 ou 30 jours. Les assureurs de personnes s’attendent aussi à une surmortalité par rapport à la grippe saisonnière. « Nous chiffrons la hausse des prestations à 2% sur les capitaux décès », indique Gérard Ménéroud, directeur général adjoint de CNP Assurances. Elle devrait toutefois être compensée par une baisse des rentes à payer, du fait de la légère hausse des décès. Axa, qui détient aussi un important portefeuille de rentes, devrait enregistrer le même effet.
Responsabilité civile
Une pandémie également aussi un coût important au titre des risques d’entreprises. Premières garanties concernées, les assurances de responsabilité civile. « En cas de réalisation du risque, des sinistres surviendront.On peut par exemple envisager que des actionnaires constatant la dégradation des résultats de l’entreprise recherchent le dirigeant pour insuffisances de préparation », remarque Nicolas Aubert, directeur général pour la France de Chartis (ex-AIG). Mais pour déclencher une garantie RC, il faut réunir trois éléments : qu’un préjudice soit causé à un tiers, qu’il soit quantifiable et fasse l’objet d’une mise en cause. « La charge de la preuve appartient à la personne lésée. Même si le risque pandémie n’est pas exclu des contrats d’assurances des risques industriels, compte tenu du délai d’incubation du virus, le lien de cause à effet sera délicat à établir » remarque André Lavallée, directeur technique d’Aon.
Assurance de choses
« À l’exception du risque d’annulation des événements, les assureurs n’ont pas changé les termes de leurs contrats. Ce qui était couvert hier le reste aujourd’hui. Seul le problème des pertes d’exploitation perdure », indique André Lavallée. En effet, les garanties standards ne se déclenchent qu’à la suite d’un dommage matériel. Et le virus H1N1 n’en est pas un. Pourtant, face à des scénarios de taux d’absentéisme de 30% à 40%, certains assureurs réfléchissent à mettre en place des garanties. Chartis prévoit d’ores et déjà des évolutions à venir sur ses produits. Toutefois, compte tenu du cumul d’exposition et du risque de propagation mondiale de la pandémie, on voit mal les assureurs accorder des garanties illimitées.
Marchés financiers
En tout état de cause, l’impact de la pandémie sur leurs différents métiers ne sera pas le plus difficile à encaisser. «La grippe A risque fort de contaminer les marchés», note Xavier Lépine, président de l’Union française de gestion (UFG). Dans ses dernières prévisions, l’UFG table sur une correction de 10% à 20% en cas de panique. « Il reste très difficile aujourd’hui d’établir des scénarios», souligne Gérard Ménéroud, de la CNP. Le premier assureur de personnes français a toutefois travaillé sur une hypothèse de 10%à 15% de baisse des marchés. « Ce sera le principal facteur qui affectera notre résultat », notetil. En année pleine, CNP Assurances évalue l’impact de la pandémie à 100M€ sur le résultat net avant impôt.
Les sociétés d’assurances ne seront pas les seules touchées. Les groupes paritaires ou les mutuelles, qui détiennent des actifs sur les marchés, le seront aussi. « Si le Cac 40 redescendait en dessous de 3000, toute la profession en souffrirait », estime Étienne Couturier, directeur général délégué de Maaf. Ce point de vue mutualiste rejoint celui de Gérard Ménéroud : « Vu la hausse récente des marchés, un recul de 15% nous ramènerait à la situation de début juin ».
Portés par la remontée des indices, les marchés croient à une reprise que l’économie « réelle » attend toujours. Une pandémie mondiale pourrait remettre les compteurs à zéro, voire dans le rouge. dans une récente note, la Banque mondiale en évalue le coût global entre 0,7 et 4,8 points de produit intérieur brut mondial, soit entre 270 et 1640 milliards d’euros. L’hypothèse la plus favorable se fonde sur un scénario comparable à celui de l’épisode de grippe de Hongkong de 1968-1969; la plus pessimiste s’inspire de la grippe espagnole de 1918-1919. Ce scénario du pire imagine une mutation du virus H1N1 ou sa recombinaison avec une variante plus létale, comme celle de la grippe aviaire (H5N1). Alors que la grippe saisonnière fait de 200 000 à 1,5 million de victimes selon les années, un virus très agressif pourrait tuer 70 à 260 millions de personnes, selon les experts cités par la Banque mondiale. De son côté, le Fonds monétaire international estime que la grippe A a déjà coûté 0,5% à 1% de PIB au Mexique pour 2009.
Stéphane Tufféry et Laure Viel (L'Argus de l'Assurance)

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