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L'Usine Maroc

Assises de l’industrie du Maroc : la quête d’un nouveau souffle

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Le gouvernement marocain a fait à Tanger le point sur sa politique industrielle. Alors que les investissements étrangers continuent d’affluer au Maroc dans l’industrie, certains secteurs peinent dans la compétition internationale. La France reste quant à elle le premier investisseur dans le royaume devant l’Espagne.

Assises de l’industrie du Maroc : la quête d’un nouveau souffle
Abdelkader AMARA

C’est à Tanger au bord d’un détroit de Gibraltar baigné de soleil et à 15 kms à vol d’oiseau de l’Espagne en pleine crise que se sont tenues ce 20 février les Assises de l’industrie du Maroc. Il s’agit là de la troisième édition de cet évènement et la première sous le gouvernement d’Abdelilah Benkirane, premier ministre et leader du PJD, le parti islamiste modéré au pouvoir dans le cadre d’une coalition depuis les législatives de novembre 2011.

L’occasion pour le ministre de l’Industrie, Abdelkader Amara, issu des rangs du PJD, de faire un point d’étape du plan "Émergence" en présence du chef de gouvernement devant une assemblée de patrons et officiels, soit un bon millier de personnes réunis sous une immense tente en bord de mer. Sans compter, bien sûr, la présence du roi Mohammed VI avec son cortège de gardes du corps et la foule bigarrée venue là pour l’apercevoir l’espace d’un instant.

Rassurer les investisseurs

En matière d’industrie, le gouvernement actuel a, dès son arrivée au pouvoir, repris soigneusement à son compte le plan "Émergence" et le "Pacte national pour l’émergence industrielle" lancé en 2009 sur 6 ans. Ce plan impulsé par le précédent ministre de l’Industrie Ahmed Chami aujourd’hui député d’opposition, consiste en différentes mesures de soutien à l’industrie sous forme de subventions, de programmes de formation, de création d’un réseau de zones industrielles (P2I) pour certaines en zone franche. Sans compter la quête soutenue d’investisseurs étrangers, de Renault à Bombardier en passant par Souriau, Delphi ou Sumitomo, avec un objectif majeur d’emploi et de boost des exportations.

La volonté évidente du pouvoir, depuis l’alternance, est de rassurer les investisseurs sur la permanence de la politique industrielle du Maroc, alors que le sud de la Méditerranée est en ébullition depuis le Printemps arabe. "Il ne faut pas le dire trop fort mais certains investisseurs internationaux reportent leurs projets d’usines de Tunisie ou d’Egypte vers notre pays", glisse un participant de ces Assises.

Au-delà de cette rémanence, cette édition des Assises n’a donc guère apporté de réorientations majeures. Le changement le plus apparent étant que le nom Émergence, outre le français et l’arabe, figure désormais en bonne place en amazigh, la langue berbère reconnue officiellement lors de la réforme constitutionnelle de 2011. À la tribune, Abdelkader Amara a néanmoins mis en exergue des "points de vigilance", notamment sur l’accès au foncier industriel et son prix, problème récurrent du pays, l’adéquation de l’offre de formation aux besoins de main d’œuvre des industriels ou la question de l’accès au financement pour les PME.

Aéronautique, automobile et offshoring informatique

Pour le reste, la photographie de l’industrie au Maroc apparait en demi-teinte. Point positif, le pays continue d’attirer massivement les investissements directs étrangers qui jouent un rôle moteur pour l’économie. Cette progression s’est notamment confirmée dans les quelques secteurs prioritaires du plan Émergence labellisés MMM autrement dit "Métiers Mondiaux du Maroc" à savoir surtout l’aéronautique, l’automobile, l’offshoring informatique.

Des entreprises comme Yazaki, Lear, Saint-Gobain ou Delphi ont engagé de nouveaux investissements l’an dernier, notamment dans la nouvelle zone franche de Kénitra, près de Rabat ou à Tanger. "Le projet Renault de Tanger avec aussi les investissements en infrastructure comme le futur TGV Casablanca-Tanger continue d’avoir un effet structurant assez incroyable pour l’industrie du pays", note un chef d’entreprise français installé au Maroc.

Mais en 2012, une part de l’économie marocaine n’a pas été à la fête. Ainsi, les secteurs du textile/cuir et de l’électronique pourtant eux aussi labellisés "MMM" ont vu leur activité et leur effectif  reculer de 3 à 4% en 2012 sous l’effet de la crise européenne, de la compétition asiatique et d’une croissance divisée par deux en 2012 à environ 2,7% (4,8% sont attendus en 2013). L’entreprise Maghreb Steel près de Casablanca est, elle, en grande difficulté.

A la tribune des Assises, Meriem Bensalah Chakroun, présidente de la CGEM, le patronat marocain, a rappelé que l’industrie du royaume, globalement, a perdu 38 000 emplois en 2012 et a vu sa part dans le PIB reculer, jetant un froid. Selon la patronne des patrons marocains, à côté des investissements internationaux, il n’y aura pas de progrès durable du secteur industriel sans le développement d’un tissu de PME y compris celles tournées vers le marché intérieur, avec de gros enjeux de modernisation pour celles-ci.

Fait marquant : le tissu industriel local ne parvient pas à suivre la demande domestique comme l’illustre un déficit commercial béant en 2012 : les exportations couvrent à peine la moitié des importations, même si la faute en revient pour une bonne part à une lourde facture énergétique. Au-delà de ces questions d’énergie (le pays a engagé un vaste plan dans les ENR) un des enjeux pour l’économie et l’industrie marocaine reste d’améliorer son climat des affaires, toujours assez mal noté par la Banque Mondiale, en dépit de progrès ces dernières années.

Prendre son temps et innover

Abdelkader Amara a lui plaidé pour donner du temps au temps. "Les bases de l’industrie marocaines sont jetées. Il faudra du temps pour arriver à maturité. Les pays de grande tradition industrielle ont commencé leur développement il y a plusieurs siècles". De façon plus concrète, le ministre de l’Industrie a annoncé que le secteur de la chimie/parachime serait ajouté à la liste des Métiers Mondiaux du Maroc tout comme les industrie mécaniques ou la pharmacie et indiqué que le prochain enjeu pour l’industrie du Maroc devrait être celle de l’innovation car la plupart des investissements étrangers actuels se limitent au manufacturing sans activité de développement.

Il est aussi revenu sur les polémiques épisodiques entre la France, premier investisseur dans le pays et le Maroc sur les délocalisations d’industriels ou de centres d’appel français. "Le Maroc ne se présente pas en tant que pays de délocalisation ou low-cost. C’est un point auquel je tiens et sur lequel nous avons eu gain de cause auprès de nos amis français. Notre concept est celui de co-localisation pour permettre à l’économie française de gagner en compétitivité au plan mondial.  Nous sommes tombés d’accord à ce sujet  lors de la visite officielle de Jean-Marc Ayrault le 12 décembre". Une bonne occasion de vérifier que chacun reste sur cette longueur d’onde sera la visite au Maroc du président François Hollande prévue au printemps.

Pierre-Olivier Rouaud, à Tanger


Forte progression des investissements directs étrangers
Au Maroc, les investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 14% en 2012, selon le ministre de l’économie Nizar Baraka et même de 28% dans le seul secteur de l’industrie devenu la première source d’IDE devant l’immobilier à environ 780 millions d’euros. En 2012, on le sait Bombardier a confirmé la construction de son usine de composants à Casablanca qui doit sortir de terre cette année avec 800 emplois directs et 200 millions de dollars d’investissements prévus. Il y a aussi bien sûr le projet emblématique de Renault près de Tanger à Melloussa qui poursuit sa route. Ce site géant (1 milliard d’investissements à terme) ouvert il y a tout juste un an est en phase de doublement de capacité pour arriver à 300 000 véhicules par an avec notamment le début de la production de la Logan 2 cet été. La crise en Europe aura décalé le calendrier d’extension de 3 mois, mais cet investissement a eu un effet d’entrainement majeur avec l’installation notamment d’une vingtaine d'équipementiers. C’est le cas par exemple de la nouvelle usine de découpage emboutissage SNOP ouverte l’an dernier dans la zone franche de Tanger qui emploie 450 personnes et devrait être à pleine capacité fin 2013.

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