EXCLUSIF Dans un entretien exclusif accordé à L’Usine Nouvelle, Arnaud Montebourg revient sur le contrat que Dassault pourrait signer avec l’Inde pour vendre le Rafale. Le député et président du conseil général de Saône-et-Loire, qui vient d’entamer un tour de France des usines au nom du candidat socialiste, François Hollande, dénonce ces contrats qui se font au prix de transferts de technologies massifs.
L'Usine Nouvelle - La semaine où la France vend peut-être pour la première fois le Rafale de Dassault à l’export, n’est-il pas délicat de tenir un discours sur la démondialisation ?
Arnaud Montebourg - Est-ce que vous avez essayé de raisonner à l’envers? Les Indiens eux-mêmes sont protectionnistes, beaucoup plus que nous. Il y a une intoxication générale à cause d’années de dogmatisme. Concernant le contrat, j’ai juste noté que nous allions construire 18 avions, et que tous les autres, ce serait du transfert de technologie pour que le Rafale soit la propriété technologique des Indiens. C’est bien la démonstration qu’il faut réindustrialiser notre pays au lieu de continuer à donner nos technologies à des pays, non pas émergents mais émergés, et leur permettre ainsi d’économiser 70 ans de recherche scientifique. Il y a une guerre économique mondiale et il faut se réarmer !
Mais si Dassault n’acceptait pas ces conditions, le Rafale ne serait pas vendu et c’est le Typhoon d’Eurofighter qui l’emporterait. Le marché est toujours pris par quelqu’un….
Je suis d’accord avec vous mais ce raisonnement, c’est ce qui a conduit à donner Airbus à la Chine. Dans cinq ans, on ne vendra plus d’Airbus puisque les Chinois le feront eux-mêmes. Et donc on licenciera chez EADS dans dix ans, parce que les Chinois les vendront beaucoup moins chers !
Vous croyez que ce contrat va faire émerger un "Dassault" indien ?
Inévitablement ! Je comprends les Indiens. Mais si on les comprend, il faut que les Indiens nous comprennent également. Nous avons nous aussi besoin de nous réindustrialiser. Le textile doit revenir en Europe, la métallurgie ne doit plus partir en Inde même si elle est contrôlée par la famille Mittal.
Mais dans des secteurs comme le textile, même si les Européens innovent, c’est difficile d’être compétitifs…
Le protectionnisme est inéluctable. L’Europe est la première puissance économique au monde, avec un demi-milliard d’habitants, et nous acceptons les lois fabriquées par d’autres ? Mais c’est nous qui devrions faire la loi du monde ! Réveillez-vous les Européens, vous êtes complètement amorphes ! Redressez-vous ! Apprenez aux autres à parler notre langage. Vous êtes colonisés par vos adversaires économiques !
Et donc ne pas accepter de transfert de technologie, par exemple, même si le prix pour vendre le Rafale ?
Cela ne peut être fait qu’à titre temporaire et exceptionnel. D’ailleurs je vous rappelle que Madame Lauvergeon avait refusé cette stratégie lorsque elle a laissé Westinghouse[son principal concurrent américain, ndlr] se faire piller par les Chinois…
En même temps, c’est elle qui a amorcé les négociations pour vendre la technologie de réacteur nucléaire EPR à l’Inde…
Le contrat n’est pas signé et il n’y a pas de transfert technologique acquis à ce jour avec l’Inde. Elle a toujours refusé cela.
Propos recueillis par Gaëlle Fleitour et Thibaut De Jaegher
A lire jeudi prochain, 9 février 2012, dans le n°3271 de L'Usine Nouvelle, la seconde partie de cet entretien.









