ARM, LA PUCE PRÉFÉRÉE DE WINDOWS 8
Par PAR PATRICE DESMEDT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3255Le futur OS de Microsoft tournera aussi sur des processeurs ARM. Cette infidélité à Intel est lourde de conséquences. Car ARM règne déjà en maître dans le mobile et les tablettes.
Après trente ans de vie commune, le couple Microsoft-Intel (Wintel pour les spécialistes) tangue. Alors que l'association des deux industriels américains paraissait immuable, ils ont décidé de se faire quelques infidélités. Intel vient d'annoncer qu'il s'offrirait quelques écarts pour supporter le système d'exploitation Android de Google, grand concurrent de Windows Phone. De son côté, Microsoft a indiqué que son futur Windows 8 était ouvert à d'autres partenaires. Alors que ses anciens systèmes d'exploitation tournaient principalement sur des architectures Intel, la firme dirigée par Steve Balmer s'ouvre aux processeurs fondés sur une architecture ARM. Cette annonce est loin d'être anodine. C'est même une petite révolution qui rebat les cartes dans le monde des tablettes, des portables et, à terme, des serveurs. Car adopter ARM, c'est adopter une autre architecture de puces et un écosystème totalement différent. Le coeur de métier de la marque britannique aux trois lettres, qui signifient Advanced Risc Machine, est de concevoir des designs de processeurs. Elle les vend ensuite à des fabricants de microélectronique (Samsung, Freescale...) ou à d'autres concepteurs qui compléteront le design ARM en procédant à des modifications et des ajouts. S'appropriant alors la paternité du processeur, des marques comme Apple, nVidia ou Qualcomm (lire ci-dessous) font ensuite fabriquer ces composants par des fondeurs comme TSMC ou NXP. Les processeurs A5 de nos iPhones 4, Tegra de nVidia ou Snapdragon de Qualcomm ont bien de l'ADN ARM dans leurs circuits.
Un excellent ratio performance - consommation
L'approche originale de l'ingénieriste américain lui permet à la fois de se concentrer sur les développements des coeurs de processeurs, tout en bénéficiant des avancées de ses nombreux partenaires. À l'inverse, ces derniers peuvent se focaliser sur leur coeur de métier afin de se différencier. Avec eux, ARM fournit une très large palette de solutions, du microcontrôleur à 10 cents la pièce au processeur multicoeur spécialisé à plusieurs centaines de dollars. Cette gamme élargie lui offre un accès à tous les marchés en fort développement : téléphonie mobile, automobile, aéronautique, domotique. L'hôtel Aria de Las Vegas (4 000 chambres) a par exemple mis en place un réseau s'appuyant sur le protocole sans fil Zigbee comptant 85 000 appareils, tous équipés de processeurs ARM.
En vingt ans d'existence, avec plus de 15 milliards de processeurs vendus et des licences fournies à plus de 200 sociétés, ARM est devenu un acteur majeur du secteur, tout en restant peu médiatisé. Longtemps, il resta le spécialiste des processeurs aux performances modestes, mais peu coûteux et très économes en énergie. Ces qualités lui ont assuré le succès dans la téléphonie mobile, puis dans l'informatique embarquée. Depuis quelques années, l'amélioration des performances du coeur haut de gamme d'ARM, le Cortex A, et sa forte capacité à s'intégrer avec les parties graphiques et de communication lui a ouvert le marché de l'informatique. Parmi les premiers mini-PC comme l'Eee PC d'Asus, certains utilisaient un processeur ARM et proposaient Linux comme système d'exploitation.
La riposte conjointe de Microsoft (avec une version allégée de Windows) et d'Intel (avec l'arrivée de ses processeurs Atom à basse consommation) avait balayé cette première génération de mini-PC. Aujourd'hui, la donne est complètement différente. Les performances des bi-coeurs Tegra 2 de nVidia et Snapdragon de Qualcomm tiennent la comparaison avec les Atom, pour une consommation et des prix inférieurs. Dans quelques mois, les quadri et octo-coeurs pourront viser les micro-ordinateurs portables standards. Ils leur manquaient juste un système d'exploitation populaire. Microsoft le leur apporte sur un plateau. « C'est une très bonne nouvelle pour nous et pour notre écosystème », se réjouit Éric Lalardie, le directeur de ventes pour l'Europe chez ARM.
Pour Microsoft, l'objectif est donc clair : il veut profiter du succès d'ARM sur le secteur des tablettes où il détient 95 % du marché, pour favoriser la diffusion du futur Windows 8 sur ce type de matériel. Apple, Archos, Samsung, Motorola, Sony... tous ces constructeurs ont été convaincus par l'excellent ratio performance - consommation des puces ARM et par leur coût inférieur à celui d'un Atom d'Intel. « Le partenariat avec Microsoft est d'une extrême importance pour nous, analyse Paul Jacobs, le directeur général de Qualcomm. Nous allons voir arriver des formats de processeurs très agressifs sur ARM, du point de vue de la gestion de l'énergie. » Et les ambitions d'ARM ne s'arrêtent pas là. Il vise le marché des datacenters. La quasi-totalité des serveurs est aujourd'hui équipée de processeurs Intel ou AMD. Les processeurs ARM, moins performants unitairement mais frugaux, possèdent des arguments face au problème de consommation électrique et de dissipation de chaleur. En multipliant les coeurs sur une même carte mère, ils peuvent rivaliser avec les puissants Intel. Il ne manquerait plus que Microsoft propose une version de Windows 8 serveur pour ARM ! Et de mini-révolution, le marché des processeurs vivrait alors un grand chambardement.
465 millions d'euros de chiffre d'affaires 2010 6,1 milliards de puces vendues en 2010 90 % des parts de marché dans les mobiles et 80 % dans les appareils photo numériques.
L'A5 d'Apple Le processeur A5 de l'iPad 2 est un double coeur Cortex-A9 d'ARM. Le processeur de l'iPhone 4 utilise, lui, un Cortex-A8 et celui de l'iPhone 5 devrait être sur un design A9. Ils sont fabriqués par Samsung sur spécifications Apple. Le Tegra de nVidia nVidia s'est diversifié avec le Tegra et le Tegra 2, une base Cortex-A9 bi-coeur intégrant une puce graphique nVidia GeForce. Ce dernier est au coeur des tablettes Samsung, Asus, Toshiba et Acer. Le SnapDragon de Qualcomm Le SnapDragon repose sur une base Scorpion, dérivée du Cortex-A8 d'ARM, mais intègre, en plus du processeur graphique, une partie communication. Le SnapDragon S3 se retrouve dans le TouchPad d'HP, l'Asus Eee Pad et sur des smartphones. L'OMAP4470 de Texas Instruments Les processeurs ARM Stellaris, Hercules et Sitara de TI sont destinés aux marchés industriels (automation, transports, sécurité, médical). TI vient également d'annoncer l'OMAP 4470 sur base Cortex-A15 pour le futur Windows 8.

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