Ariane, une longue chaîne de sous-traitance
Par Guillaume Lecompte-Boinet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3178
© S. Corvaja/ESA
Le lanceur européen génère des milliers d'emplois à travers l’Europe et, surtout, occupe près de 1200 fournisseurs de toute taille.
Astrium a coutume de se présenter comme le fabricant de la fusée Ariane. A juste titre puisqu’il assure son assemblage et l’intégration finale. Mais derrière la filiale d’EADS, on trouve environ 200 gros contractants, fournisseurs de rang 1 ou 2, et un millier de PME qui, tous, participent à la fabrication de ce monstre de 770 tonnes, des moteurs en passant par les boosters, les tuyères, le propergol solide ou les équipements de télémesure... Avant que le lanceur ne parvienne en Guyane, beaucoup d’opérations ont déjà eu lieu en Europe. Les deux tronçons principaux composant le lanceur sont produits dans les différentes usines européennes d’Astrium, surtout à Brême (Allemagne) et aux Mureaux (Yvelines). Au total, un peu plus de 800 personnes participent à la fabrication d’Ariane 5 chez Astrium. Et sans doute le triple chez les fournisseurs principaux, hors les 1500emplois directs à Kourou.
Les moteurs Vulcain et HM 7 sont, eux, fabriqués par Snecma sur son site de Vernon (Eure), fort de 1100 personnes, tandis que les éléments des propulseurs du booster sont produits dans le site bordelais de Snecma Propulsion Solide et chez l’italien Avio. L’allemand MT Aerospace façonne à Augsbourg les corps des boosters, quant aux réservoirs de l’étage principal, ils sont sous la responsabilité de Cryospace, un joint-venture entre EADS et Air liquide.
De nombreuses autres entreprises, grandes ou petites, sont parties prenantes du programme, à l’image de Souriau (connecteurs) ou Techlam (liaisons mécaniques flexibles). Ou encore, la société champenoise Axon Group, qui équipe le lanceur de câbles haute performance. Le groupe SNR, grand spécialiste des roulements à bille pour l’automobile, réalise les turbopompes de la fusée européenne. Souriau fabrique dans son usine de Marolles-en-Brie (Val-de-Marne) les connecteurs ultrasophistiqués qui sont insérés dans les bras reliant le lanceur à la tour du pas de tir. Même Zodiac, plus connu comme équipementier aéronautique ou Dassault Aviation, pour ses avions de chasse ou d’affaires, ont participé au lanceur en fabriquant les équipements de télémesure servant au suivi de la trajectoire de la fusée. 
Cinq semaines pour l’assemblage
Une partie importante de l’intégration finale a lieu sur le site de lancement, à Kourou. De fait, il faut environ cinq semaines pour assembler les morceaux d’Ariane venus par bateaux d’Europe et l’amener sur son pas de tir. Les segments entrent tout d’abord dans le BIL, bâtiment d’intégration lanceur, où il faut vingt jours pour joindre les boosters au corps principal. Auparavant, ces derniers sont passés dans l’usine classée Seveso de Regulus (joint-venture entre Avio et SNPE) où, grâce à des malaxeurs et à des puits de coulée géants, 220 tonnes de propergol y sont injectées. Au terme des vingt jours, c’est Arianespace qui devient officiellement propriétaire de la fusée. Puis, le lanceur est tracté au BAF, bâtiment d’assemblage final, où l’on charge le ou les satellites dans la coiffe. Une opération qui prend douze jours. A J – 1, Ariane 5 est enfin emmenée sur son pas de tir situé à deux kilomètres de là. Pour une nouvelle aventure.
Guillaume Lecompte-Boinet

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