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Areva : "Nous ne cachons pas les incidents de l’usine de la Hague"

Par Morgane Remy - Publié le
La Hague - piscine de refroidissement
© DR

Le 19 mai dernier, l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) annonçait qu'Areva avait sous-déclaré des incidents dans son usine de retraitement des déchets nucléaires de Beaumont-Hague (Manche). L’opérateur a, semble-t-il, sous-estimé la gravité de plusieurs incidents survenus en 2010. Christophe Neugnot, porte-parole pour Areva-La Hague, a apporté quelques précisions à L'Usine Nouvelle.

"L'ASN considère que le processus de déclaration des événements significatifs de l'établissement Areva de la Hague reste globalement insatisfaisant", écrit l’autorité indépendante dans son bilan 2010 des installations nucléaires en Normandie, diffusé jeudi 19 mai. L'ASN est intervenue "à plusieurs reprises auprès de l'établissement pour exiger la déclaration en tant qu'événement significatif d'écarts internes ou pour modifier le niveau de classement proposé par Areva". Le constat prend un relief particulier quelques semaines après la crise de Fukushima. Réponse d’un porte-parole d’Areva qui tente de minimiser l’impact de la déclaration du gendarme du nucléaire.

L'Usine Nouvelle - L’ASN estime que vous avez sous-estimé la gravité de plusieurs incidents sur le site de Beaumont-Hague. Que répondez-vous à cela ?
Christophe Neugnot - Nous n’avons en vérité aucun pouvoir de classement. Pour expliquer simplement la procédure, nous communiquons systématiquement avec l’ASN quand il y a dysfonctionnement. Si ce dysfonctionnement est considéré comme du niveau de la "déclaration", nous disposons alors de 48 heures pour faire une proposition de classement sur l’échelle des accidents nucléaires de l’AIEA (sur 7 niveaux). L’ASN enquête et décide du classement des semaines après. Ce recul lui permet de mieux évaluer l’incident que nous en deux jours.

 Vous parlez de « déclarations ». Hier, Eric Zelnio qui suit l'usine à l'ASN a déclaré  lors d'une conférence de presse à Caen : "Il n'est pas normal que pour environ un quart d'entre eux, l'ASN soit quasiment obligée de se fâcher pour obtenir une déclaration". Qu'est-ce que cela signifie ?
Une déclaration n’est qu’une des façons dont nous communiquons avec l’ASN. Nous devons leur communiquer les dysfonctionnements en fonction de leur gravité. S’il y a une dérogation aux règles mais que cela n’implique la sûreté en aucun cas, il s’agit d’un « constat ». Si la sécurité est concernée – une simple suspicion suffit – nous devons alors envoyer une « information » pour un niveau mineur. Si c’est plus important, nous devons envoyer une « déclaration ». Seule la « déclaration » doit s’accompagner d’une estimation de gravité sur une échelle de 0 à 7. Donc il est possible que des informations aient été requalifiées en déclaration mais nous avons toujours informé l’ASN. Nous ne cachons pas les incidents qui ont lieu dans l’usine.

Donc il existe tout de même une sous-estimation ?
Oui mais, comme je le disais, les deux jours dont nous disposons nous donnent peu de recul. Et puis les « informations » requalifiées en « déclaration » ont été classées de 0 à 1. Ce ne sont que de simples écarts comme le retard dans le contrôle d’une pièce, mais ce n’est pas encore au niveau incidentel.

Il y a eu tout de même un incident classé à 2.
Oui. En 2009, un salarié chargé du ménage s’est blessé dans une salle exposée. Il s’est piqué au doigt. Le gant a été perforé. L’employé a alors été contaminé. C'est-à-dire qu'il a été exposé à un niveau de radiation supérieur à la limite d'exposition annuelle. Mais attention, ce niveau 2 a été choisi au titre de la radioprotection d'un individu. La sécurité de l’installation n’a été aucunement remise en cause.

L’ASN a également demandé de restocker les déchets radioactifs, il y a un an de cela. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
C’est un dossier en cours effectivement. Il y a un an, l’ASN nous a demandé de restocker les déchets radioactifs anciens. Jusqu’aux années 1990, nous ne faisons que stocker le combustible. Aujourd’hui, nous pouvons conditionner les déchets : nous prenons le combustible, on le coupe, le vitrifie pour enfin le stocker. Les déchets produits sont donc traités dans la foulée, mais nous avons des déchets qui datent d’avant les années 1990.

L’ASN nous a demandé de les démanteler d’ici 2030. Nous sommes en ce moment en négociations avec l’Autorité pour définir les modalités de traitement et le timing de l’opération. C'est ce timing que nous sommes en train de voir avec eux. L’ASN a seulement précisé qu’elle serait très exigeante avec les respects des délais.


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