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AREVA, LE GÂCHIS

Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3218
La foire d'empoigne entre Areva et EDF handicape l'ensemble de la filière nucléaire française (ici cuve de réacteur EPR à Saint-Marcel, en Saône-et-Loire)
La foire d'empoigne entre Areva et EDF handicape l'ensemble de la filière nucléaire française (ici cuve de réacteur EPR à Saint-Marcel, en Saône-et-Loire)
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L'État qui ne soutient pas son champion, EDF qui met des bâtons dans les roues de son fournisseur, une filière qui a mal anticipé l'avenir... L'année 2010 a tout de l'annus horribilis pour Areva.

Le problème d'Areva, c'est l'État. Actionnaire à 93 % du groupe nucléaire français, il est en train de faire du champion national des réacteurs nucléaires (entre autres) un gâchis industriel. Certes, lors de son voyage en Inde, Nicolas Sarkozy a décroché, aux côtés d'Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, la signature d'un accord cadre pour la construction de deux réacteurs EPR destiné à l'électricien NPCIL. Mais ce contrat est loin de dissiper toutes les incertitudes qui pèsent sur le groupe.

Prenons le dossier de l'augmentation de capital. L'affaire traîne depuis 2004. Depuis cette date, « Atomic Anne » réclame de réaliser un tour de table pour financer ses investissements. Pendant six ans, les gouvernements successifs ont tergiversé, remis en cause le modèle intégré d'Areva... sans trancher définitivement la question. Mi-2009, l'Elysée donne enfin son feu vert à l'opération. Elle devait concerner 15 % du capital et rapporter de 1,5 à 3 milliards d'euros. Trois actionnaires sont même pressentis : le fonds souverain du Qatar, celui du Koweït et le japonais MHI. Mais les discussions avançant, l'État n'a pas su tenir les rangs de la famille nucléaire française. « Tout le monde s'est mis à donner son avis, y compris EDF qui est un client ! », s'étonne Jean-Pierre Bachmann, coordinateur CFDT d'Areva. L'électricien est même le premier client du groupe (25 % de son chiffre d'affaires).« Est-ce que nous nous mêlons de savoir qui est dans le capital d'EDF et d'Alstom ? », s'énerve un cadre d'Areva.

L'omniprésence d'EDF

La foire d'empoigne ne faisait que commencer ! Mi-novembre, tandis qu'EDF et Alstom s'opposent à l'entrée de MHI, une autre surprise vient du Qatar. L'émirat exige de convertir ses futures actions en participation dans les mines d'uranium d'Areva. L'idée est défendue par un certain François Roussely. L'ex-président d'EDF est aujourd'hui président du Crédit Suisse France, la banque conseil du Qatar... C'est aussi l'auteur du rapport sur l'avenir de la filière nucléaire française remis cet été au président de la République, qui faisait d'EDF le capitaine de l'équipe de France du nucléaire.

Résultat de cette partie de bonneteau : l'augmentation de capital ne se fera au mieux qu'avec l'État et le fonds souverain du Koweït, pour 750 millions d'euros selon le ministre de l'Industrie, Eric Besson... On est loin, très loin des 6,5 milliards dont Areva a besoin pour moderniser ses usines en France et sécuriser son approvisionnement en uranium. « Ces atermoiements prouvent que l'État est sensible à des influences extérieures », juge Jean-Pierre Bachmann.

Pour les salariés d'Areva, il ne fait aucun doute que l'éminence grise s'appelle... Henri Proglio, le président d'EDF, auquel l'Elysée a laissé trop de liberté. Lors d'un deuxième tour de table, EDF souhaiterait même entrer au capital d'Areva et sièger au conseil de surveillance. Ce qui est inacceptable pour Anne Lauvergeon : « Si EDF avait une place dans la gouvernance, tous les concurrents d'EDF considéreraient qu'il n'y a plus exercice de la libre concurrence », juge-t-elle.

À l'époque des pères fondateurs du nucléaire français, il y avait déjà eu des affrontements homériques. Mais quand l'État prenait une décision, plus une seule tête ne dépassait. Dans cette guerre fratricide, « l'État n'assume pas ses responsabilités », analyse Jean-Pierre Chevalier, professeur d'économie à Paris-Dauphine. Et pour cause ! Derrière l'affrontement Proglio-Lauvergeon se cachent des désaccords tenaces entre la présidence de la République, proche d'EDF, et le cabinet du Premier ministre, sensible aux demandes d'Areva. En juillet, l'Elysée a forcé les deux entreprises à nouer un partenariat stratégique. « Un tel accord est le seul moyen pour que les deux entreprises s'alignent », estime Thomas Branche, sous-directeur de l'industrie nucléaire, au ministère de l'Environnement. « Avec EDF, on a fait de grandes choses en France. On a encore de grandes choses à faire », assure Anne Lauvergeon. La présidente d'Areva plaide pour une équipe de France du nucléaire à la carte : « À chaque client, un partenariat. »

Pour rapprocher les points de vue, six groupes de travail communs ont été mis en place entre EDF et Areva. Il était temps ! Car leur affrontement handicape l'ensemble de la filière nucléaire française, dont le principal point faible est de n'avoir qu'un seul produit à offrir : l'EPR. Or, ce réacteur est souvent trop puissant (et trop cher) pour des pays faisant leurs premiers pas dans le nucléaire civil. Ça tombe bien : deux groupes de travail EDF-Areva planchent sur cette question. Le groupe d'Anne Lauvergeon est bien placé. Il développe le Kerena, un modèle à eau bouillante de 1 250 MW, et compte faire certifier, d'ici à fin 2011, son réacteur Atmea, un petit EPR de 1 100 MW. Problème, pour ce dernier, Areva a eu la mauvaise idée de s'allier à GDF Suez, le concurrent déclaré d'EDF. Et pour l'instant, l'État a décidé de bloquer le dossier... On vous l'avait dit, le problème d'Areva, c'est l'État.

La foire d'empoigne ne faisait que commencer ! Mi-novembre, tandis qu'EDF et Alstom s'opposent à l'entrée de MHI, une autre surprise vient du Qatar. L'émirat exige de convertir ses futures actions en participation dans les mines d'uranium d'Areva. L'idée est défendue par un certain François Roussely. L'ex-président d'EDF est aujourd'hui président du Crédit Suisse France, la banque conseil du Qatar... C'est aussi l'auteur du rapport sur l'avenir de la filière nucléaire française remis cet été au président de la République, qui faisait d'EDF le capitaine de l'équipe de France du nucléaire.

Résultat de cette partie de bonneteau : l'augmentation de capital ne se fera au mieux qu'avec l'État et le fonds souverain du Koweït, pour 750 millions d'euros selon le ministre de l'Industrie, Eric Besson... On est loin, très loin des 6,5 milliards dont Areva a besoin pour moderniser ses usines en France et sécuriser son approvisionnement en uranium. « Ces atermoiements prouvent que l'État est sensible à des influences extérieures », juge Jean-Pierre Bachmann.

Pour les salariés d'Areva, il ne fait aucun doute que l'éminence grise s'appelle... Henri Proglio, le président d'EDF, auquel l'Elysée a laissé trop de liberté. Lors d'un deuxième tour de table, EDF souhaiterait même entrer au capital d'Areva et sièger au conseil de surveillance. Ce qui est inacceptable pour Anne Lauvergeon : « Si EDF avait une place dans la gouvernance, tous les concurrents d'EDF considéreraient qu'il n'y a plus exercice de la libre concurrence », juge-t-elle.

À l'époque des pères fondateurs du nucléaire français, il y avait déjà eu des affrontements homériques. Mais quand l'État prenait une décision, plus une seule tête ne dépassait. Dans cette guerre fratricide, « l'État n'assume pas ses responsabilités », analyse Jean-Pierre Chevalier, professeur d'économie à Paris-Dauphine. Et pour cause ! Derrière l'affrontement Proglio-Lauvergeon se cachent des désaccords tenaces entre la présidence de la République, proche d'EDF, et le cabinet du Premier ministre, sensible aux demandes d'Areva. En juillet, l'Elysée a forcé les deux entreprises à nouer un partenariat stratégique. « Un tel accord est le seul moyen pour que les deux entreprises s'alignent », estime Thomas Branche, sous-directeur de l'industrie nucléaire, au ministère de l'Environnement. « Avec EDF, on a fait de grandes choses en France. On a encore de grandes choses à faire », assure Anne Lauvergeon. La présidente d'Areva plaide pour une équipe de France du nucléaire à la carte : « À chaque client, un partenariat. »

Pour rapprocher les points de vue, six groupes de travail communs ont été mis en place entre EDF et Areva. Il était temps ! Car leur affrontement handicape l'ensemble de la filière nucléaire française, dont le principal point faible est de n'avoir qu'un seul produit à offrir : l'EPR. Or, ce réacteur est souvent trop puissant (et trop cher) pour des pays faisant leurs premiers pas dans le nucléaire civil. Ça tombe bien : deux groupes de travail EDF-Areva planchent sur cette question. Le groupe d'Anne Lauvergeon est bien placé. Il développe le Kerena, un modèle à eau bouillante de 1 250 MW, et compte faire certifier, d'ici à fin 2011, son réacteur Atmea, un petit EPR de 1 100 MW. Problème, pour ce dernier, Areva a eu la mauvaise idée de s'allier à GDF Suez, le concurrent déclaré d'EDF. Et pour l'instant, l'État a décidé de bloquer le dossier... On vous l'avait dit, le problème d'Areva, c'est l'État.

FORCES

Son modèle intégré. De la mine au retraitement en passant par la construction de centrales, Areva sait tout faire. Ses approvisionnements. Areva est devenu en 2009 le plus important producteur d'uranium au monde. Son expérience. Il a participé à la création du premier parc mondial (France).

FAIBLESSES

Son actionnaire. Areva attend depuis plus de six ans son augmentation de capital. Sa gamme. Avec un seul modèle, Areva ne peut pas couvrir tous les marchés. Son chantier finlandais. Areva a provisionné 2,3 milliards d'euros à cause du retard de trois ans dans la mise

OPPORTUNITÉS

Le marché asiatique. L'Asie du Sud-Est concentre l'essentiel des marchés à venir. Des dizaines de projets de centrale sont programmés. La sécurité. Les pays « nucléaires » veulent harmoniser par le haut leurs exigences de sécurité.

MENACES

Les gaz non-conventionnels. Aux États-Unis, le développement de la production des gaz de schiste remet en cause la renaissance du nucléaire. L'instabilité du Niger. Les tensions orchestrées par Aqmi menacent le tiers des approvisionnements en uranium d'Areva.

DE QUOI AREVA EST-IL LE NOM ?

LES MINES 41 % du chiffre d'affaires (3,5 milliards d'euros) Dans ces activités sont regroupés l'extraction de l'uranium et son enrichissement. La présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, a fait de la sécurisation des approvisionnements en uranium, l'une de ses priorités. Une stratégie payante, puisqu'avec plus 80 000 tonnes par an, le groupe est le premier producteur mondial depuis 2009, devant le russe Rosatom. LES CENTRALES 40 % du chiffre d'affaires (3,5 milliards d'euros) La construction de centrales et leur maintenance demeure l'activité la plus visible d'Areva. Le groupe bénéficie de l'expérience acquise sur le parc électronucléaire français. Areva, qui construit 4 réacteurs EPR de 1 650 MW dans le monde, développe deux nouveaux modèles de réacteurs, l'Atmea et le Kerena. Ses concurrents ? Rosatom, le chinois CGNPC ou encore l'américain Westinghouse. LE RETRAITEMENT 19 % du chiffre d'affaires (1,6 milliard d'euros) Areva conserve une avance technologique dans le retraitement et le stockage de l'uranium. Celle-ci s'explique par la volonté de la France de miser sur le recyclage de l'uranium. L'usine de la Hague (Manche) est une référence mondiale en matière de compactage et de vitrification des déchets ultimes. Le principal concurrent d'Areva est le russe Rosatom. LES ÉNERGIES RENOUVELABLES Chiffre d'affaires non communiqué La branche énergies renouvelables, créée en 2006, a réellement pris son essor en 2008 à l'occasion d'acquisitions de plusieurs sociétés (Multibrid, Ausra, etc.) Areva mise sur la biomasse, le solaire thermique et l'éolien offshore. Le chiffre d'affaires de cette branche ne sera pas significatif avant 2012, le groupe ayant d'ores et déjà annoncé qu'il poursuivrait ses acquisitions.

Anne Lauvergeon, présidente d'Areva

Tous nos concurrents ont obtenu des augmentations de capital ces dernières années, quand ce n'était pas des aides pour la R et D.

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