AREVA DANS LA TOURMENTE
Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3264Cessions d'actifs, licenciements, réduction des investissements : le groupe prépare un plan stratégique. Il doit faire face à deux obstacles : l'après-Fukushima et l'inconstance de l'État, son principal actionnaire.
« Lorsque l'ex-présidente a été remerciée, on nous a dit que la situation serait plus calme. Aujourd'hui, c'est pire. Areva fait la une des journaux tous les jours ! » L'amertume de ce salarié du siège parisien en dit long sur les vicissitudes du groupe nucléaire. Dernier épisode en date : l'Agence France Presse (AFP) a annoncé la suppression de 2 700 à 2 900 postes, dont 1 000 en France. En plus du démenti de la direction, le ministre de l'Économie, François Baroin, a cru bon de monter au créneau pour dire que « l'État n'acceptera pas que les ajustements économiques, les plans stratégiques d'une entreprise où l'État se trouve en position d'actionnaire se fassent au détriment de l'emploi ». En août, le même François Baroin invitait pourtant Areva à « accélérer les efforts de redressement de la rentabilité »...
Effet Fukushima
Depuis le 21 novembre, la direction du groupe, ses cadres dirigeants mais aussi les syndicats et les experts indépendants s'interrogent pour savoir d'où vient le coup. Qui avait intérêt à dévoiler les grandes lignes du plan stratégique préparé par le nouveau PDG, Luc Oursel ? Certains y ont vu la main du gouvernement qui ne cesse de brandir la menace d'un arrêt du nucléaire. D'autres y décèlent la volonté de l'opposition de dénoncer l'échec du modèle économique de la filière... « Si quelqu'un voulait déstabiliser le groupe et les salariés, c'est réussi », assure Maureen Kearney, secrétaire CFDT du comité de groupe européen d'Areva.
Pour connaître le contenu du plan Oursel - sans doute un mélange de cessions d'actifs, de suppressions d'emplois hors de France et de baisse des investissements - il faudra attendre le 13 décembre. D'ici là, cette déstabilisation renvoie aux difficultés du groupe. « Revoir un plan stratégique est courant quand une nouvelle équipe arrive aux manettes, pondère cependant Pierre Aubouin, le directeur général adjoint, chargé des finances. Dans le cas d'Areva, l'accident de Fukushima le rendait d'autant plus nécessaire. » Le groupe souffre de la baisse des commandes de combustible, une activité à forte rentabilité. Le pôle mines et amont représentait plus de 40 % du chiffre d'affaires en 2010. De sources syndicales, les commandes de combustible seraient en recul d'un tiers à cause, notamment, de l'arrêt d'une grande partie du parc japonais. Conséquence : les deux usines Comurhex, dans l'Aube et la Drôme, sont arrêtées jusqu'à la fin de l'année. Leur plan de charge pourrait être affecté encore en 2012 et en 2013.
À plus long terme, c'est la vente de réacteurs qui pose problème. Au milieu des années 2000, Anne Lauvergeon envisageait de vendre 34 EPR à l'horizon 2020. Seuls quatre réacteurs sont en construction. « Elle a lancé un plan de recrutement de 25 000 personnes ces dernières années, rappelle Nicolas Goldberg, analyste chez Sia Conseil. D'une part, cette politique était un peu ambitieuse. D'autre part, elle est devenue intenable avec l'accident de Fukushima. » Après la catastrophe, Anne Lauvergeon a tardé à réduire la voilure, trop occupée à préparer sa possible reconduction à la tête du groupe. Même si Areva table toujours sur un fort développement de l'atome en Inde, en Chine et au Royaume-Uni, il doit se préparer à un creux d'activité.
Actionnaire versatile
Areva a décidé de vendre des actifs, en particulier sa participation de 26 % dans le groupe minier Eramet, estimée à 600 millions d'euros. Les syndicats s'inquiètent que cette vente ne remette en cause le modèle intégré du groupe présent de la mine jusqu'au réacteur. Pierre Auboin relativise : « Eramet n'est qu'une participation financière. Il n'y a pas de synergie industrielle avec les activités d'Areva. » Autre décision attendue : le programme d'investissements sera réduit afin de parvenir à 500 millions d'euros d'économies en 2013 et à 750 millions en 2015. Le bilan 2011 du groupe ne sera pas bon. « Dans les semaines qui ont suivi Fukushima, nous avons retiré nos objectifs financiers et n'en avons pas donné de nouveaux depuis », se contente d'indiquer Pierre Aubouin.
De plus, le groupe est soumis à la versatilité de son principal actionnaire, l'État. En 2009, il a dû vendre à Schneider et à Alstom sa très rentable filiale transmission et distribution. Celle-ci représentait 38 % de son chiffre d'affaires et 48 % de son résultat opérationnel. En 2010, l'État a consenti à l'augmentation de capital réclamée depuis des années par Anne Lauvergeon. Mais l'opération a été limitée à un apport de 900 millions d'euros au lieu des 1,5 à 3 milliards envisagés. Le gouvernement a chassé des négociations le fonds d'investissement du Qatar et le japonais Mitsubishi. Pour faire plaisir à Alstom et à EDF juge un ancien dirigeant. L'opération, a minima, a été conclue avec le Koweït (600 millions d'euros) et... l'État (300 millions) qui, contraint de mettre la main à la poche, entend se rembourser sous forme de dividendes.
La page Lauvergeon est bel et bien tournée. L'été dernier, le conseil de politique nucléaire a rabaissé Areva au rôle de fournisseur d'EDF. Le 25 novembre, en visite sur le site EDF du Tricastin (Drôme), le président de la République a enfoncé le clou. Nicolas Sarkozy a parlé « d'une filière nucléaire unie en resserrant les liens entre EDF et Areva ». Des déclarations qui compliquent les relations du groupe avec les électriciens concurrents d'EDF.
Pour relever la tête, Areva doit décrocher de gros contrats. Le groupe vient d'engranger une commande de 1 milliard d'euros pour la fourniture à EDF de 32 générateurs de vapeur. Outre-Rhin, il a remporté un appel d'offres de 1,2 milliard pour un marché de 120 éoliennes. De bon augure avant les premières commandes pour l'éolien offshore en France. Le plus déterminant reste la vente de réacteurs ! En Inde, Areva compte sur la confirmation d'une commande de deux à six EPR. Delhi attend la fin des stress tests européens pour finaliser le contrat passé en 2010. À moins que le salut ne vienne de France ! « Nous maintenons le projet de construire un réacteur à Penly », a lancé Nicolas Sarkozy le 25 novembre... Une option que beaucoup croyaient enterrée.
Effectif (2010) 47 851, dont 26 800 en France Chiffre d'affaires (2010) 9,1 milliards d'euros Résultat opérationnel (2010) - 423 millions d'euros Actionnaire de référence (2011) l'État à hauteur de 87 % (dont 73 % à travers le CEA)
Les retards du chantier de l'EPR finlandais En 2005, Areva et Siemens s'engageaient à livrer en 2009 à l'opérateur finlandais TVO le premier réacteur EPR au monde pour 3 milliards d'euros. Le chantier affiche un surcoût d'au moins 2,6 milliards et la mise en service interviendra en 2013... ou en 2014. L'augmentation de capital ratée Avant Fukushima, Areva devait massivement investir pour préparer la renaissance mondiale du nucléaire. L'État a tardé à lancer cette opération. Entre 1,5 et 3 milliards d'euros étaient attendus. Fin 2010, le groupe n'a obtenu que 900 millions, dont 300 millions de la France. L'accident de Fukushima La catastrophe a décalé les grands programmes nucléaires chinois, indien, britannique et américain. Anne Lauvergeon tablait sur la vente de 34 réacteurs EPR d'ici à 2020, ce qui est compromis. Par ailleurs, la vente de combustible peine aussi avec la mise à l'arrêt de 44 réacteurs japonais. Le contrat indien repoussé Avant Fukushima, Areva avançait à grand pas avec l'indien Nuclear Power. Un protocole d'accord avait été signé pour construire deux EPR, comprenant une option pour quatre autres unités. Les autorités indiennes attendent la fin des stress tests européens pour finaliser le contrat

dans la même rubrique
25/05/2012 Les Bouses européennes finissent dans le vert25/05/2012 Thales à l’honneur à Cannes
25/05/2012 MARCHES-SYNTHESE-CLOTURE-20120525












