Arcelormittal construit sa Tour Eiffel à Londres
Par PAR OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3243
ENQUêTE Lors des jeux Olympiques de 2012, on ne verra qu'elle : la tour ArcelorMittal Orbit. Si son design ne plaît pas à tout le monde, elle est avant tout une aventure industrielle.
L'est de Londres abrite un gigantesque chantier : le futur parc olympique dans lequel s'agitent quelque 10 000 ouvriers et techniciens. À un peu plus d'un an de la première épreuve de Londres 2012, le stade olympique et la plupart des équipements sportifs sont presque achevés et seront bientôt testés à l'occasion de compétitions de classe internationale. Un édifice inachevé retient l'attention : la tour ArcelorMittal Orbit. Construite à quelques dizaines de mètres du futur stade olympique, elle ressemblera, une fois terminée, à un jeu de construction géant composé de 1 400 tonnes de tubes d'acier enchevêtrés. Peinte en rouge profond, elle dominera le parc de ses 115 mètres de hauteur.
"Une construction de cette taille, c'est extraordinaire", s'enthousiasme Pierre Engel, le responsable technique du projet, présent au pied de la structure en cours d'édification depuis janvier. Son design est inspiré de la tour de Babel selon certains, une forme rappelant la trajectoire d'un électron pour d'autres... La structure ressemble en réalité à des montagnes russes dressées vers le ciel ! L'ambition de Lakshmi Mittal, le patron du numéro un mondial de l'acier, qui a financé sur ses deniers personnels une très grande partie des 25 millions d'euros investis dans cette tour Eiffel des temps modernes, c'est que cette tour deviendra le nouveau symbole de Londres. Celui au pied duquel les touristes se bousculeront et que les télévisions utiliseront jusqu'à saturation pour leurs prises de vues panoramiques
Vitrine technologique pour le numéro un de l'acier
L'histoire de ce pari débute lorsque l'entrepreneur rencontre l'excentrique maire de Londres, Boris Johnson, à Davos en janvier 2009. L'édile lui fait part de sa volonté d'ériger un symbole pour la ville qui marquerait durablement l'"East end". L'idée séduit tout de suite Lakshmi Mittal, résident londonien de longue date. Il y voit l'opportunité de faire parler de son groupe à l'occasion d'un événement fédérateur. La tour se présentera aussi comme une vitrine technologique rappelant aux clients d'ArcelorMittal la résistance et la ductilité de l'acier. Aubaine : depuis le début de la crise économique, les aciéries européennes du groupe tournent au ralenti. Bref, pour Lakshmi Mittal, cette idée est une occasion en or.
Quelques mois plus tard, un concours est lancé pour déterminer quel projet sera capable de tenir la comparaison avec la tour Eiffel à Paris et la statue de la Liberté à New York. Rien de moins. Sur la cinquantaine de propositions, le jury, composé notamment des directeurs de la Tate Gallery et de la Serpentine Gallery, choisit en mars 2010 la proposition de l'artiste indien Anish Kapoor, dont le Leviathan est actuellement exposé au Grand Palais à Paris dans le cadre de Monumenta 2011. Un énorme travail reste à réaliser pour mettre en accord les ambitions de l'artiste et la faisabilité industrielle de son projet.
Le rôle du bureau d'études britannique Arup se révèle déterminant. "Une telle structure n'aurait pas pu être réalisée il y a vingt ans, assure Holger Falter, chef de projet au sein de l'ingénieriste. Cette construction est rendue possible grâce à la puissance de calcul des ordinateurs." Principale difficulté : comprendre le comportement du vent en présence d'un assemblage de tubes d'acier totalement dissymétrique. Il n'est pas question que la future attraction des JO de 2012 tangue à la moindre bourrasque. Au-delà d'un vent de 100 km/h, les visiteurs ne pourront d'ailleurs pas y accéder. Les échanges entre Anish Kapoor et Arup, qui se connaissaient de longue date, sont donc constants pour respecter le design original de l'oeuvre, tout en la rendant compatible avec la réalité.
Étape suivante : la production proprement dite des différents éléments d'acier. C'est là qu'ArcelorMittal joue vraiment son rôle d'industriel. Pas moins de cinq sites du groupe contribuent à fournir l'acier. Le haut-fourneau de Galati (Roumanie) produit les plaques de connexions, celui de Brême (Allemagne) une partie des tubes. Le four électrique de Charleroi (Belgique) est chargé du reste des plaques de connexions, celui de Sestao (Espagne) des tubes, enfin l'usine d'Esch-Belval (Luxembourg) fabrique les poutrelles nécessaires à la cage d'ascenseur et à la plate-forme. "Dans son ensemble, l'ArcelorMittal Orbit est composée à 60 % d'acier recyclé", précise Pierre Engel.
Toutes ces pièces métalliques sont ensuite chargées dans d'immenses bateaux. Direction : Bolton, à 20 kilomètres au nord de Manchester (Grande-Bretagne). Là, l'entreprise Watson Steel Structures réceptionne les plaques et les bobines pour les transformer en éléments finis. La société fait partie du groupe Severfield-Rowen. Elle n'en est pas à son coup d'essai. Créée en 1933, elle a participé ces dernières années à la construction du nouveau stade de football de l'équipe d'Arsenal dans la capitale et à celle du terminal 5 de l'aéroport londonien d'Heathrow. Cette fois-ci, la commande est un peu particulière. Les tubes sont polis et les plaques trouées à l'aide d'une visée laser. "Chaque tube que nous réalisons est différent", assure Jed Hulme, le directeur de l'ingénierie de production. En raison de la configuration tarabiscotée de la structure et des angles entre chaque tube, les extrémités de chacun d'eux épousent des formes uniques. Au total, 9 000 mètres de tubes et 900 connexions en acier sortent des ateliers de la société Watson Steel Structures. Ces pièces sont enfin transportées par camion jusqu'à Londres, 270 kilomètres plus au sud. Au coeur du parc olympique, le constructeur britannique McAlpine accueille tubes et plaques de connexions sous forme d'étoiles à cinq branches. Chacune d'entre elles doit arriver au bon moment et être fixée au bon endroit.
Une aventure industrielle
Une petite équipe de cinq personnes assemble jour après jour les pièces de ce puzzle géant. Pour veiller à la bonne marche de la construction, Pierre Engel se rend régulièrement sur le chantier et effectue tous les mardis des réunions techniques de trois ou quatre heures avec les différents acteurs du projet. Une organisation réglée au cordeau qui devrait perdurer jusqu'en mars 2012, date prévue pour la fin de ce chantier hors du commun.
Malgré le challenge que représente son édification, l'ArcelorMittal Orbit ne fait pas que des heureux. "Trombone mutant", "tour Eiffel ivre", "grue déglinguée"... La structure a eu droit aux surnoms les plus improbables de la part de ses détracteurs. "Cette structure est un peu provocante, reconnaît l'un des porte-parole du groupe. Mais nous souhaitons avant tout dire avec cette sculpture que nous sommes un employeur responsable." Véritable aventure industrielle, l'ArcelorMittal Orbit représente aussi une opération de communication d'une ampleur rarement atteinte pour un industriel. Quoi qu'ils en pensent, les milliards de téléspectateurs n'y resteront pas indifférents.
Les jeux Olympiques 2012 se tiendront du 27 juillet au 12 août. Le coût total de Londres 2012 devrait s'élever à environ 10 milliards d'euros, soit plus de trois fois le montant annoncé en 2005, à Singapour, au Comité international olympique (CIO). Le site retenu, à l'est de la ville, à proximité des anciens quartiers des docks, a nécessité une coûteuse réhabilitation des sols, en raison des pollutions laissées par les industries autrefois présentes sur le site. Sur 2,5 km² de superficie, outre les équipements sportifs proprement dits, le parc olympique comprend les immeubles résidentiels du futur village olympique, qui abriteront 17 000 athlètes, des routes, mais aussi une station de pompage des eaux usées, une centrale biomasse et une centrale combiné gaz. Deux industriels français ont profité de ce vaste chantier : Veolia Environnement avec la gestion des déchets et GDF Suez, dont la filiale Cofely a été chargée de la construction du réseau de chauffage et de la centrale électrique. Lot de consolation pour EDF, le groupe est l'un des partenaires officiels de Londres 2012 à travers sa filiale britannique. Après les Jeux, ce nouveau quartier se développera encore. Des maisons, des écoles, des logements sociaux, des espaces verts et une infrastructure de transport renforcée sont d'ores et déjà prévus.

dans la même rubrique
25/05/2012 Thales à l’honneur à Cannes25/05/2012 MARCHES-SYNTHESE-CLOTURE-20120525
25/05/2012 Airbus maintient son calendrier pour l’A350













