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Après la dégradation de la note américaine, à qui le tour ?

Publié le

par Raoul Sachs et Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - "A qui le tour?" Après la décision de Standard & Poor's de dégrader la note des Etats-Unis, la pérennité de la note des autres pays "triple A", dont le Royaume-Uni et la France, suscite des interrogations.

La note "AAA" permet aux pays qui en bénéficient de se financer aux meilleures conditions sur les marchés obligataires, c'est-à-dire à des taux d'intérêt très bas, appelés encore "taux sans risque".

Pour l'instant, Standard & Poor's est la seule des trois grandes agences de notation à avoir pris la décision de priver les Etats-Unis de leur triple A pour les ramener à "AA+". Moody's et Fitch ont confirmé leurs notes "Aaa" et "AAA".

Interrogés sur la France, des responsables de Standard & Poor's ont confirmé le "AAA" de Paris et sa perspective stable.

"Il n'y a donc pas d'inquiétude à avoir sur sa solvabilité", explique Carol Sirou, présidente de S&P France, dans Libération.

Cela n'empêche pas certains analystes d'exprimer des craintes et d'autres d'estimer qu'une nouvelle exclusion du club des "triple A" n'est pas pour demain.

Mohamed El-Erian, directeur général de Pimco, estime ainsi qu'il est difficile d'imaginer (...) que S&P ne suivra pas avec au moins un des autres membres du club des AAA souverains".

"Si cela devait se matérialiser, et impliquer un pays comme la France par exemple, cela compliquerait les efforts, déjà fragiles, faits en Europe pour sauver les pays de la périphérie", ajoute-t-il.

Plus prudents, les stratégistes de Commerzank écrivent dans une note que "la dégradation (des Etats-Unis, NDLR) laisse prévoir (...) que les autres pays 'AAA', comme la France, pourraient commencer à sentir le vent du boulet".

Mais, Ciaran O'Hagan, stratégiste taux à la Société générale, déclarait samedi à Reuters ne pas s'attendre à la dégradation d'un autre "triple A", y compris celui de la France.

LE DÉFICIT PRIMAIRE IMPORTANT DE LA FRANCE

En attendant que les hypothèses des uns ou des autres se matérialisent, la France et l'Allemagne ont émis lundi de la dette court terme à des conditions biens meilleures, c'est-à-dire à des taux sensiblement plus bas, que la semaine ou le mois derniers.

Sur la partie longue de leurs courbes des taux d'intérêt, la France comme l'Allemagne (référence de la zone euro), qui ont bénéficié de l'aversion au risque les semaines passées, ont vu lundi le rendement de leurs emprunts à 10 ans se tendre de concert.

Les critiques adressées à la France portent surtout sur ses ratios budgétaires - les moins bons du groupe des "triple A" de la zone euro (France, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande et Luxembourg).

Le déficit public, qui a atteint 7,1% du produit intérieur brut (PIB) l'an dernier en France, dépasse le niveau des autres "triple A" de la zone euro.

La Commission européenne prévoit que cet écart subsistera cette année, le déficit français devant s'élever à 5,8% fin 2011 contre 3,7% pour les Pays-Bas et l'Autriche, 2,0% pour l'Allemagne et 1,0% pour la Finlande et le Luxembourg.

La France est le seul de ces pays à afficher un déficit primaire (hors service de la dette) important. Selon la Commission, il devrait représenter 3,1% du PIB en France fin 2011 contre 1,6% aux Pays-Bas, 0,9% en Autriche et 0,5% au Luxembourg. L'Allemagne et la Finlande devraient quant à elles finir l'année avec un excédent primaire (de 0,4% et 0,2% respectivement).

Les autres grandes économies hors zone euro notées "triple A" par les trois principales agences sont le Royaume-Uni, le Canada, la Suède, l'Australie, la Norvège et la Suisse.

Nombre d'experts estiment le "triple A" du Royaume-Uni pourrait lui aussi être soumis à la question. La Commission prévoit que le déficit public du Royaume-Uni s'établira à 8,6% fin 2011, le déficit primaire à 5,5%, pour un ratio d'endettement quasi identique à celui de la France.

"UNE LIGNE ROUGE À NE PAS FRANCHIR"

Face aux interrogations récurrentes, le gouvernement français assure qu'il prendra toutes les mesures nécessaires pour tenir ses objectifs de réduction du déficit afin de faire rapidement baisser le ratio d'endettement du pays.

Il a déjà annoncé qu'il réduirait au besoin les "niches" fiscales qui amputent les recettes de l'Etat dans une proportion supérieure aux 3,0 milliards d'euros prévus pour l'instant pour 2012.

"Le 'triple A' a été confirmé par les trois agences et on a une ligne rouge à ne pas franchir sur la réduction des déficits", a dit samedi une source proche du ministre des Finances, François Baroin. "Ça se traduira par des mesures dans le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2012 qui seront présentés en conseil des ministres en septembre".

Le gouvernement français s'engage à réduire le déficit public à 5,7% du produit intérieur brut fin 2011, 4,6% fin 2012, 3% fin 2013 et 2% fin 2014. Cette trajectoire devrait selon lui permettre d'inverser la progression du ratio dette/PIB à partir de 2013 pour le mettre sur une trajectoire décroissante.

Paris estime que ce ratio continuera d'augmenter, à 85,4% du PIB fin 2011 et 86,9% fin 2012, puis qu'il retombera à 86,4% fin 2013 et 84,8% fin 2014.

Cette trajectoire sera actualisée en septembre, lors de la présentation du projet de budget pour 2012, pour prendre en compte l'accroissement de quelque 15 milliards d'euros d'ici à 2014 (0,75 point de PIB) des besoins de financement français, du fait du nouveau plan de soutien aux pays de la zone euro en difficulté adopté au Sommet européen du 21 juillet.

Avec la contribution de Catherine Bremer, édité par Dominique Rodriguez

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