Antoine Rufenacht, le timonier du Grand Paris
Par Thibaut de Jaegher - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3247
L’ancien maire du Havre présente ce jeudi 7 juillet les contours de sa mission liée au développement du projet d’aménagement du grand bassin parisien. C’est lui qui piloter le développement d’un Grand Paris élargi à la Vallée de Seine. Portrait de celui qui fut aussi chef d’entreprise et que l’on peut présenter comme le politique industriel.
A 71 ans, Antoine Rufenacht vient d'accepter un nouveau job : celui de patron de la Vallée de Seine. Dans le vocabulaire administratif, on lui a donné le titre officiel de "commissaire général au développement", mais sa mission, qu'il présente le 7 juillet à Paris, est claire : il doit transformer le territoire normand en façade maritime de la "région capitale".
Avec ce "maroquin" - on dit qu'il en a refusé plusieurs -, il entend mettre en oeuvre la même méthode qu'il développa à la tête de sa ville natale. "Quand je suis arrivé au Havre, j'ai mis tout le monde autour d'une table", souligne-t-il. Chaque semaine, une réunion informelle à la mairie, avec le président de la chambre de commerce et le directeur du Port, permettait de rapprocher les points de vue et de définir un projet commun pour Le Havre. "Avant son arrivée, l'atmosphère était délétère. Il a beaucoup amélioré les relations entre les différents partenaires locaux", se souvient Agathe Caillère, qui fut sa première adjointe pendant toutes ses mandatures.
En tant qu'élu, il n'hésita pas à draguer ouvertement les investisseurs. Il créa une agence de développement et réussit à délocaliser en Normandie le siège social de l'armateur Delmas, alors filiale du groupe Bolloré. "Le point décisif, se souvient-il, fut de convaincre les cadres dirigeants qu'il faisait bon vivre au Havre." Il a donc créé une structure pour accompagner leurs familles dans leur nouvelle vie : trouver un travail pour le conjoint, un logement ou une école pour les enfants. Cette opération séduction, il entend la renouveler à la tête de la Vallée de Seine.
Le CAC 40 en Normandie
Avec la ligne à grande vitesse qui mettra Le Havre à une heure de Paris, il veut convaincre de grandes entreprises comme Total d'installer leurs bureaux en Normandie. "Ils ont tout à y gagner. La qualité de vie dans le pays d'Auge ou le pays de Caux est incomparable et le loyer du foncier extrêmement modique", sourit l'homme public qui fut aussi chef d'entreprise pendant trente ans.
L'industrie, c'est un peu son jardin secret. Une partie de sa vie dont il ne témoigne qu'à demi-mot. Tout le monde connaît le politique, mais on oublie souvent sa seconde vie qu'il passa en usine. L'ex-maire du Havre dirigea Armor, un fabricant de cartouches d'encre installé dans la région nantaise. Un rôle de patron qui ne fut pas librement choisi. "Je me devais de gérer au mieux l'héritage familial", note sobrement ce descendant d'une famille de négociants de café qui prit la tête de cette entreprise après le décès de son frère en 1973.
Un devoir qu'il accomplit en accord avec son éthique protestante. "C'est un homme de terrain, tout le contraire du bling-bling, souligne Hubert de Boisredon, l'actuel PDG de l'entreprise qui fut recruté par Antoine Rufenacht. Il était très soucieux des relations avec les partenaires sociaux et se réjouissait de chaque contrat gagné."
Nous n'en saurons pas plus sur cet épisode de sa vie qu'il a toujours tenu loin des regards. "C'est ma liberté", se justifie-t-il. Ce rôle de patron a quand même influé sur sa manière de faire de la politique. D'abord parce que l'aisance financière qu'elle lui procurait lui permettait de ne pas courir après les mandats. Maire du Havre, il refusa de toucher son indemnité. Ensuite, parce que sa vie d'entrepreneur le rendit à la fois plus compréhensif et moins dupe des attentes des industriels.
Panorama et grands contrats
Dans son costume de patron, on pourrait le croire héraut des aides aux entreprises. Il pense au contraire qu'elles ne servent à rien. "Quand vous avez un projet d'investissement vous le montez puis après vous allez faire la quête, sourit-il. Tout ce que vous n'avez pas à débourser est bon à prendre, mais ce n'est pas décisif."
Dans le même temps, l'une de ses premières décisions en tant qu'édile fut d'aménager une salle de réception au 18e étage du belvédère de la maison commune. "Pas pour moi, mais pour les entreprises havraises, s'empresse-t-il de souligner. Elles pouvaient ainsi y recevoir des clients prestigieux." Aircelle, la filiale de Safran spécialisée dans les nacelles de moteurs d'avion, aurait ainsi décroché un important contrat avec un client chinois en le conviant à déjeuner dans cette pièce qui offre une vue panoramique sur la baie du port créé par François Ier.
Immigration. Maire d'une ville d'immigrés, il aime à rappeler ses origines : son aïeul, suisse et mercenaire de Napoléon, ses racines anglaises ou allemandes.
Docks. Sa plus belle réussite au Havre ? La transformation du quartier de l'Eure, celui des marins. Les docks sont devenus un lieu branché avec centres commerciaux et lofts.
Opiniâtre. Il a échoué trois fois avant d'être élu trois fois maire du Havre. Il sourit : « À ma quatrième campagne, j'ai eu un peu peur d'être catalogué comme le loser permanent. »

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