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Amérique pétrolière

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3191
Amérique pétrolière
© Kummels Karl/Superstock/SIPA

À la différence de l'Union européenne dont les gisements se tarissent, l'Amérique demeure un gros producteur, le troisième derrière l'Arabie saoudite et la Russie.

Nul ne sait encore quels seront les dégâts sur l'environnement du Golfe du Mexique après l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon de BP. Outre de funestes perspectives, cette marée noire met en lumière un fait parfois oublié : l'Amérique reste un grand État pétrolier. Un rappel des plus déplaisants pour Barack Obama, en première ligne, alors que rien dans son histoire personnelle (au contraire de son prédécesseur) ne le rapproche de cet univers impitoyable à la « Dallas ».

Les faits sont là. On connaît l'addiction du pays de l'Oncle Sam, premier consommateur mondial, à l'or noir. Sa soif de pétrole culmina en 2005 à 20,8 millions de barils par jour (mbj), soit plus de 900 millions de tonnes par an. Depuis, crise oblige, ce chiffre est retombé à environ 19 mbj. Mais, à la différence, notamment, de l'Union européenne dont les gisements (surtout britanniques) se tarissent, l'Amérique demeure un gros producteur, le troisième au monde derrière l'Arabie saoudite et la Russie. De fait, son histoire se conjugue avec celle de l'huile de pierre. On connaît, bien sûr, le premier forage « moderne » réalisé par Edwin Drake en Pennsylvanie en 1 859 à 20 mètres de profondeur (aujourd'hui, on atteint 11 000 mètres). L'épopée, ensuite, de John D. Rockefeller et de la Standard Oil pour qui furent inventées les lois antitrust tant sa puissance effrayait (déjà). La ruée vers l'or noir, aussi, au début du XXe siècle, au Texas notamment. L'invention, encore, de l'offshore. Et tout ce que l'on sait, enfin, des effets du pétrole sur la politique étrangère américaine, guerres d'Irak comprises.

Et aujourd'hui ? Si la production de brut a connu son « peak oil » en 1970 à 10 mbj, celle-ci atteint environ 7 mbj, assurant encore 45 % des besoins domestiques. Au rythme actuel, les réserves américaines sont de douze ans, chiffre constant depuis plusieurs années du fait des découvertes et de l'amélioration du taux de récupération.

 

Depuis que les prix du pétrole jouent au yo-yo, l'Europe n'a qu'une obsession : réduire sa consommation et développer des énergies renouvelables. La société américaine reste, elle, partagée entre cette prise de conscience et une quête plus conservatrice d'indépendance énergétique passant par le développement des sources domestiques : nucléaire et surtout production accrue d'énergies carbonées (charbon, gaz, pétrole). Dans les projets de loi climat-énergie débattus au Capitole depuis un an, le camp démocrate, pour faire passer l'idée d'une limitation des émissions de CO2, a dû prendre en compte cette réalité. Sous la pression aussi du secteur pétrolier qui a englouti, depuis deux ans, 250 millions de dollars en frais de lobbying (durantsa campagne, Barack Obama aurait lui-mêmetouché 75 000 dollars de sociétés liées à BP).

Voilà un mois, le 30 mars, après de longues tergiversations et pour accroître les chances de succès du projet de loi sénatorial bipartisan Kerry-Lieberman-Graham, le Président décidait de lever une interdiction vieille de 29 ans sur l'exploitation de gisements offshore sur des zones fédérales inexplorées (côte Est, golfe du Mexique, Alaska). Répondant ainsi avec retard à un des slogans du camp républicain, Sarah Palin en tête, pendant la campagne : « Drill, baby drill » ("fore, bébé fore").Si la Maison Blanche vient, au vu du sinistre, de décider un moratoire sur la fin du moratoire, il est des choix que les hasards de l'actualité peuvent parfois vous faire regretter.

Pierre-Olivier Rouaud
Grand reporter



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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.


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