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Alstom et Siemens se rêvent en nouveaux tsars du rail

Par DE RUSSIE, LUDOVIC DUPIN ET PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3163

Avec son gigantesque programme d'investissement, la Russie est le marché à conquérir. Alstom et Siemens ont placé leurs pions, mais l'échiquier politico-industriel est mouvant.

undi 14 septembre, 6 h 52, au milieu de nulle part entre Saint-Pétersbourg et Moscou. Lancé à pleine vitesse, le Sapsan numéro 4 déchire les forêts de sapins et de bouleaux déjà jaunissants. Détachant ses yeux de la ligne droite infinie, le conducteur du Faucon (Sapsan en russe) montre fièrement le cadran de contrôle : 250 km/h. Les officiels russes et les dirigeants de Siemens Mobility, qui ont pris place dans ce train d'essai, jubilent...

Vendredi 11 septembre, plus à l'est, dans la banlieue de Moscou, au coeur de la deuxième édition du salon Expo 1520 dédié aux marchés ferroviaires des Etats de l'ex-URSS, des pays baltes, de la Mongolie et de la Finlande, un stand émerge entre tous. C'est le seul situé au milieu de rails, sur lesquels s'alignent de puissantes locomotives de fret à l'allure si rude. Alstom y fête le rachat de 25 % des parts de Transmashholding (TMH), le premier fournisseur de matériel ferroviaire russe.

Si le vieux sigisbée allemand Siemens, historiquement présent en Russie où il vend des équipements industriels, et son jeune rival Alstom font étalage de tant de charmes devant l'exigeante dame russe, c'est pour conquérir un marché ferroviaire qui fait rêver. Ce réseau est le deuxième du monde par sa taille avec 85 500 kilomètres de voies, auxquelles s'ajoutent près de 80 000 kilomètres de voies privées.

PRESTIGIEUX CONTRAT POUR SIEMENS AVEC LE SAPSAN

Avec le Sapsan, Siemens s'est placé sur le contrat le plus prestigieux de Russie. Avec ce premier train à grande vitesse, l'allemand a pris une longueur d'avance pour décrocher le premier contrat de trains à très grande vitesse entre la capitale et la ville des tsars. La décision sera prise entre 2015 et 2020. En espérant que les négociations soient plus simples que pour le Sapsan. En effet, sur les 60 rames prévues initialement, la Russie n'a acquis que 8 trains pour 240 millions d'euros. Officiellement, c'est l'argent qui a manqué à RZD (la société d'Etat créée en 2003, équivalent russe de la SNCF) ; officieusement, les négociations sur ce contrat n'auraient pas abouti.

De son côté, Alstom a mis la main sur le fournisseur de 90 % du matériel ferroviaire russe et de 65 % du matériel de RZD. Le premier gros succès est déjà sur les rails avec une commande de 1 200 voitures couchettes à deux niveaux. Repoussé par la crise, ce marché sera attribué début 2010. Entre-temps, le français devra abattre un travail de titan pour moderniser TMH, qui compte 12 usines et 65 000 salariés (2,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2008).

Ces positionnements stratégiques ne doivent pas cacher l'essentiel : avoir les meilleures relations avec le donneur d'ordres RZD (32 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2007, dont 85 % provenant du fret) et surtout avec son tsar, Vladimir Iakounine, un ami intime de l'autre Vladimir. En 2008, RZD a pris en charge 1,3 milliard de passagers (390 millions pour la SNCF) et 1,3 milliard de tonnes de fret (97 millions pour la SNCF). RZD doit rétablir la santé du rail russe, laissé à l'abandon pendant une dizaine d'années après la chute du bloc soviétique. Son « plan programme » pour 2030, soumis au gouvernement russe, représente un investissement d'environ 350 milliards d'euros. Outre le renouvellement de la quasi-totalité du réseau, à la limite de la vétusté, et la construction de 20 000 kilomètres de nouvelles voies, RZD compte acquérir 30 000 voitures de passagers, 24 000 locomotives, 24 000 rames urbaines et périurbaines et 1 million de wagons de fret...

Malgré la crise, qui a vu les activités passagers et fret chuter de respectivement 10 et 20,5 % depuis janvier, les besoins sont inchangés. D'une part en prévision des jeux Olympiques d'hiver de Sotchi en 2014 et, d'autre part, pour répondre aux massifs besoins d'importation de matières premières depuis la Chine.

ALSTOM FAVORI GRÂCE AU RACHAT DU RUSSE TMH

Alstom semble être le mieux placé pour capter de juteuses commandes. Reste à savoir quel jeu joueront les russes. Un cadre de Siemens assure que « les Russes ont de grandes difficultés psychologiques à recourir aux technologies étrangères. C'est un pays de trains, ils ne comprennent pas que l'on doive en acheter à l'extérieur ». Interrogés sur Alstom, les responsables de RZD n'hésitent pas à rappeler la qualité des trains de Siemens, puis lorsque la discussion porte sur Siemens, c'est Bombardier qui recueille leurs suffrages...

Philippe Mellier, le président d'Alstom Transport, n'est pas dupe : « Peu importe ce que disent les uns ou les autres. En Russie, il n'y a qu'un seul décideur, c'est Vladimir Iakounine, et nos relations sont excellentes. »

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