ENQUêTE La région bénéficie du regain des investissements étrangers, qui créent usines et emplois.
Retour vers le futur ? Depuis plusieurs années, les stratégies économiques des collectivités alsaciennes mettent l'accent sur le nécessaire développement endogène du territoire. Une manière de compenser les arbitrages des grands groupes internationaux, dont les implantations subissaient un repli. Et ce modèle de développement semble trouver un second souffle. Dans le nord de l'Alsace, on se frotte les mains après une rafale de bonnes nouvelles. Capitol Europe a ainsi dévoilé un projet de construction d'une unité de production à Niederbronn-les Bains (Bas-Rhin). La discrète filiale du groupe américain CSP Technologies, spécialisée dans les récipients et les emballages plastiques pour les industries alimentaires et médicales, prévoit une enveloppe de 73 millions d'euros pour une usine générant 200 à 300 emplois d'ici à sept ans. Mars Chocolat France a, lui, annoncé un investissement de 40 millions d'euros sur son site de Haguenau (Bas-Rhin) pour produire plus de M et M's.
Un autre industriel de Haguenau se porte bien, SEW-Usocome. La filiale française de l'allemand SEW-Eurodrive, qui produit des systèmes d'entraînement, a confirmé un investissement de plus de 40 millions d'euros pour une nouvelle usine. Elle sera localisée à Brumath (Bas-Rhin) et comptera 350 salariés lors de sa mise en service. Enfin, près de Saverne (Bas-Rhin), le groupe Kuhn, à capitaux suisses, va construire son Center for progress [lire ci-dessous]. Plus au sud, on relève les projets du danois Carlsberg pour la brasserie Kronenbourg d'Obernai (Haut-Rhin, 17 millions d'euros) ; de l'allemand Liebherr qui accroîtra sa production d'engins miniers à Colmar (Haut-Rhin, 30 millions d'euros) ; ou encore l'inauguration des nouveaux locaux des labos suisses Weleda à Huningue (Haut-Rhin, 19 millions d'euros).
Kuhn mise sur la matière grise et ses machines agricoles
Un outil de connexion entre acteurs du secteur pour aiguillonner la recherche et le développement. Tel est le concept du Kuhn Center for progress, qui verra le jour à Monswiller, près de Saverne (Bas-Rhin). Le producteur de machines agricoles va construire un bâtiment de 5 600 m2, d'un coût de 8,5 millions. Mise en service prévue dans un an. Le Center for progress est conçu pour suivre les besoins du monde agricole et renforcer les capacités d'innovation du groupe, dans les domaines de la mécatronique, de l'informatique embarquée et de la transmission de puissance. Il servira aussi d'espace d'expérimentation et de formation au profit du personnel et des clients. Le conseil régional a accordé 200 000 euros à ce projet, qui concorde avec sa volonté d'attirer les centres de décision et d'innovation pour conforter l'ancrage des usines sur le territoire. Au sein de Kuhn, détenu par le suisse Bucher, cette implantation a fait l'objet de longs arbitrages. Le groupe est en effet bien présent dans la région de Saverne, où il est né et où il emploie 1 400 salariés. Il est devenu le numéro un mondial de son secteur, avec près de 4 000 salariés, 832 millions d'euros de chiffre d'affaires et des usines sur trois continents.
Les créations de sites sont plus rares, mais il en est une notable : celle de l'américain CTDI à Wolfisheim (Bas-Rhin). Le spécialiste de la maintenance et de la logistique pour le secteur des télécommunications prend pied sur le marché français avec, d'emblée, une cinquantaine d'emplois. Les raisons qui permettent à l'Alsace de capter ces investissements étrangers sont connues. Ce sont les mêmes qui ont justifié par le passé l'implantation de grands groupes internationaux. Il y a la situation géographique de la région, bien placée en Europe et mieux desservie dans l'Hexagone depuis les mises en service des TGV Est (2007) et Rhin-Rhône (2011). « Nous avons créé notre filiale ici, car c'est bien connecté au reste de la France et proche de notre siège européen », en Allemagne, explique ainsi Marc Fuchs, le directeur général de CTDI France.
Un climat social stable
Autre atout, les hommes. "Il y a ici une biculturalité, une connaissance très fine de comment les choses se passent en Allemagne, observe Michel Munzenhuter, le directeur général de SEW-Usocome. C'est très favorable pour les investisseurs allemands. Par ailleurs, le climat social est plutôt bon et assez stable. Les patrons y sont très sensibles", conclut-il. "Nous avons ici un potentiel remarquable, avec des gens qui connaissent le métier, mais aussi l'économie en général, assure Michel Siebert, le PDG du groupe Kuhn. C'est-à-dire qu'ils connaissent l'importance d'un travail bien fait et qu'ils s'adaptent aux nouveaux outils de production de l'entreprise."
À l'autre bout de la chaîne des ressources humaines, Franck Becker, de l'Agence de développement économique du Bas-Rhin, souligne le rôle clé des dirigeants : "Ces sites qui décrochent des investissements sont souvent des références au sein de leur groupe. On y trouve de bons managers, qui arrivent à faire passer un message de motivation, qui s'impliquent dans le tissu socio-économique local et qui se battent bec et ongles pour leur usine."
INQUIÉTUDES AU PORT DU RHIN
Deux usines sont à vendre dans la zone industrielle du Port du Rhin, à Strasbourg, et 1 260 salariés s'en inquiètent. Le finlandais UPM-Kymmene s'est donné jusqu'au 31 août pour céder la papeterie Stracel, qui compte 260 emplois. L'opération pourrait se traduire par une conversion du papier magazine vers le papier carton, au prix de la moitié de l'effectif. À cinq kilomètres plus au sud, c'est l'usine, le centre de recherche et les 1 000 salariés de General Motors Strasbourg qui sont à nouveau mis en vente, deux ans après avoir été repris pour 1 euro symbolique par le constructeur américain. La CGT, qui avait refusé à l'époque les exigences de la direction, estime aujourd'hui que GM Company n'avait besoin du site que pour honorer un contrat de fourniture de boîtes de vitesses à BMW. Il s'achève en 2013...









