C’est un angle original de la critique de l’administration qu’emprunte Guillaume Poitrinal, le pdg d’Unibail Rodamco. Trop lente, celle-ci ralentit les projets et donc la croissance. Car comme chacun le sait, le temps c’est de l’argent. Et la lenteur à décider se traduit par des manques à gagner.
Alors que l’Insee revoit à la baisse sa prévision de croissance, Guillaume Poitrinal, le pdg d’Unibail Rodamco présentait devant la fondation Concorde, un think tank d’inspiration libérale, la thèse de Plus vite, paru chez Grasset du temps. Pour lui, il existe en France des réserves de croissance en réduisant les délais administratifs de toute sorte qui ralentissent la création de richesses.
"La France va plus lentement qu’avant et plus lentement que ses voisins", constate-t-il définitif. La cause de ce mal français, l’amour des normes, le goût pour les solutions uniques imposées d’en haut pour tous, la multiplication des contrôles apriori et aposteriori. Guillaume Poitrinal s’étonne du peu d’études consacrées à ce sujet, tout en mettant en évidence la raison fondamentale qui explique cette indifférence : personne ne sait estimer combien coûtent tous ces retards accumulés.
Le pdg d’Unibail Rodamco expose alors les vicissitudes rencontrées par les grands projets que son groupe réalise : pour le moindre projet il faut réunir des représentants de tous les échelons administratifs qui détiennent un morceau de pouvoir ou financent l’opération. "La décentralisation française, à cette aune, est un échec, car elle n’a rien simplifié mais elle a multiplié les interlocuteurs", continue l’auteur de Plus vite.
A l’en croire, cette multiplication est une spécialité française. Dans les autres pays où son groupe construit, il confie n’avoir qu’un seul interlocuteur qui répercute le cas échéant les demandes aux autres autorités.
Autre inquiétude du chef d’entreprise : la façon dont la justice est parfois utilisée pour faire perdre du temps. Constructeur de projets d’envergure, il s’inquiète des procès faits devant le tribunal administratif par des associations de citoyens ou, tendance récente selon lui, par les oppositions municipales qui veulent entraver un projet. Lucide, il ne cache pas que cette situation française profite aussi parfois à son groupe, car ce temps ralentit constitue une formidable barrière à l’entrée.
"Le système en place bénéficie d’abord aux rentiers, aux entreprises déjà présentes", explique-t-il. Dans le domaine immobilier, certains concurrents étrangers ont été dissuadés d’investir en France ou ont préféré quitter le territoire, en voyant les délais nécessaires pour espérer un retour sur investissement. "Mais collectivement, nous y perdons", affirme Guillaume Poitrinal.
Côté solutions, il plaide pour une simplification administrative, une réduction des temps d’instruction et pour une revue générale des temps publics. D’après ces calculs, ce sont trois points de croissance qui pourraient être recouvrés de la sorte.









