Alerte à la pénurie de plastique recyclé
Par par Aurélie Barbaux, Camille Chandes et Agathe Remoué - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3094Les entreprises se rallient à la cause environnementale. Mais leurs besoins de matières recyclées ajoutés aux réglementations européennes entraînent une raréfaction de l'offre. Pour y faire face, les filières et les industriels s'organisent.
«Produisez durable ! » « Consommez durable ! » Les mots d'ordre de la semaine du développement durable qui s'ouvre le 1er avril ressemblent encore à un voeu pieux. Car produire vert en France réclame une débauche de moyens. Demandez à Pilot, le fabricant japonais de stylos. Motivé par une expérience réussie au Japon, il aimerait fabriquer une gamme de stylos en plastique recyclé dès l'an prochain, sur son site d'Allonzier-la-Caille (Haute-Savoie) près d'Annecy. « Nous savons déjà qu'il sera compliqué d'obtenir suffisamment de matériaux recyclés pour en assurer la production. Il y a un vrai problème de collecte », regrette Marcel Ringeard, le PDG de Pilot Europe.
Du plastique recyclé, il n'y en a pas pour tout le monde ! « Les trans- formateurs vivent l'inverse de l'industrie traditionnelle : les carnets de commande sont pleins, mais c'est la matière qui manque ! », insiste Frédéric Viot, responsable éco-conception et recyclage chez Plastic Omnium.
Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie. D'abord, la forte hausse des prix du plastique vierge qui a poussé le milieu de la transformation à s'intéresser de près aux matières recyclées. « Ces trois dernières an-nées, le prix a bondi de 70 % », souligne Alain Maubert, le PDG de la société de recyclage Atmos.
Deuxième facteur, la réglementation en faveur de la démarche de substitution. Ainsi, dans l'automobile, outre l'obligation de valoriser 95 % de la masse des véhicules en fin de vie d'ici à 2015, le secteur doit incorporer de plus en plus de matière recyclée dans ses pièces. Enfin, certaines fédérations professionnelles non soumises à des directives ont lancé des promesses qui vont perturber encore plus l'approvisionnement. L'industrie des bouteilles et flacons, par exemple, s'est engagée à approcher autant que possible l'utilisation de 25 % de matière première secondaire dans sa production, contre près de 15 % actuellement. La fabrication des bouteilles en demanderait à elle seule 112 000 tonnes. Soit la moitié de la production annuelle. Par ailleurs, la publication cette semaine du réglement européen autorisant l'intégration de matière recyclée pour l'emballage en contact alimentaire ajoute un facteur supplémentaire de tension.
Tous les polymères sont concernés
Quelles que soient les variétés de polymères, il est impossible de répondre à la demande. « Nous vendrions deux fois plus de matière si nous pouvions en produire le double », assure Catherine Klein, la chargée de mission à Valorplast. Créée en 1993 avec Eco-Emballage, cette société à but non lucratif collecte et transforme les plastiques issus des déchets ménagers. Concurrencée depuis 2005 par les acteurs privés, comme Sita ou Veolia, elle concentre encore 70 % des quantités disponibles.
Les applications pour ces polymères simples se multiplient. Les fibres pour le textile ou l'isolation, produites à partir des seules paillettes de plastique sont par exemple très prisées. Le polypropylène est aussi très demandé. Le fabricant de piscines Magiline l'utilise dans des proportions variables pour réaliser ses coffrages, une partie enterrée. « Nous n'avons pas vraiment de mal à nous approvisionner car nous ne recherchons pas de matière recyclée d'une grande pureté », explique Stéphane Guérin, le responsable production de la société. Il en va autrement pour les pièces visibles car la couleur des granules conditionne le résultat final. Impossible en effet de fabriquer des flacons colorés à partir des billes grises obtenues avec les bouteilles de lait qui constituent une grande partie du gisement. « Depuis deux ans, nous constatons que les applications sont de plus en plus haut de gamme », souligne Sophie Henry-Garnier, la responsable recyclage de la fédération de la plasturgie.
Au point que les transformateurs hésitent à travailler pour certains secteurs, trop exigeants, comme l'automobile. « Il nous impose des critères de qualité, de quantité et des pénalités de retard qui nous ne pouvons supporter », confirme Alain Maubert, d'Atmos. Les transformateurs, majoritairement des PME, ont des capacités de production encore faibles, autour de 20 000 tonnes annuelles, et beaucoup ont tardé à réaliser les investissements nécessaires pour affiner le tri des marchandises.
Les industriels créent leur propre outil
En réaction, pour obtenir la qualité dont ils ont besoin, des industriels ont pris les choses en main. Le fabricant de piscines Desjoyaux a intégré sa propre unité de recyclage. Il vient d'investir 2 millions d'euros pour la développer. D'autres vont encore plus loin et réalisent eux-mêmes la collecte des produits en fin de vie. C'est le cas de HP, par exemple. Le groupe informatique a organisé auprès de ses clients la collecte des cartouches d'encre usagées et a développé en interne un procédé permettant de réintégrer plus de 70 % de matière traitée dans les nouvelles cartouches, avec des qualités égales. « Il faut créer un outillage adapté aux caractéristiques techniques de la matière, à sa dureté, sa résistance au choc, ses capacités de dilatation... Ceci est plus facile en créant son propre système », explique Frédéric Viot. Plastic Omnium s'est associé à CFF Recycling en 2003 pour établir au Creusot une unité qui transforme désormais 15 000 tonnes de matière. Une usine qui fournit Plastic Omnium, mais aussi ses concurrents.
Les filières suivent la même stratégie que les industriels. A l'image de l'emballage qui a créé il y a déjà quinze ans deux associations de loi 1901, Ecofut et Eco PSE. La première s'occupe de la récupération et de la valorisation des emballages industriels en polyéthylène haute densité (bi-dons, jerricanes, fûts et containers) et en polypropylène (seaux et big bags). Elle en est à 16 % de recyclage. La seconde récupère les emballages en polystyrène expansé utilisés le plus souvent pour emballer les appareils sensibles au choc. Le taux de recyclage de ces rebuts est passé depuis 1993 de 7 à 22% et l'effort se poursuit pour atteindre les petites unités commerciales.
Miser sur l'éco- conception
La filière du PVC, elle aussi, s'organise depuis cinq ans pour trouver les gisements de rebuts, les collecter et les réutiliser. Avec l'opération Vinyl 2010, les acteurs européens du secteur se sont engagés à recycler 200 000 tonnes de PVC par an d'ici à 2010. Certains n'avaient pas attendu cette initiative, comme Veka, le fabriquant de fenêtres profilées en PVC. Le groupe a investi 15 millions d'euros en 1993 dans une usine à Behringen, en Allemagne et a racheté en 2006 Awego Plast à Autun (Saône-et-Loire). Il met chaque année sur le marché européen 40 000 tonnes de PVC recyclé.
Derrière les difficultés rencontrées, il y a une bonne nouvelle : il existe enfin de la part des entreprises une volonté d'utiliser des matériaux recyclés. La pénurie va pousser les industriels à chercher d'autres solutions pour rendre leurs produits durables en misant notamment sur l'éco-conception. .

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