Alain Chatillon (UMP) : "Il faut revenir à un grand plan industriel à la de Gaulle"
Par Barbara Leblanc - Publié le
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Martial Bourquin (PS) : "Il faut renforcer le caractère productif du site France" Les sénateurs réclament innovation et audace pour l’industrie françaiseENTRETIEN A l’occasion du vote du texte sur la désindustrialisation des territoires au Sénat, l’Usine Nouvelle revient avec Alain Chatillon, rapporteur du texte et sénateur UMP, sur la raison d’une telle mission d’information.
Quel était l’objectif de cette mission ?
Il est simple. Depuis l’ère de Gaulle, je n’ai jamais vu de grand plan industriel pour la France. Souvenons-nous de l’époque du Concorde, des centrales thermiques ou d’EDF. Il fallait remettre les pendules à l’heure. Le monde de l’entreprise a vraiment souffert et il est temps de trouver des solutions adéquates pour ramener l’argent vers nos PME, TPE et ETI. Le monde industriel a été délaissé, il faut donc revenir aux basiques et recréer de l’emploi industriel. J’attends un sursaut industriel.
Comment ?
D’abord en recréant une culture industrielle, quasi inexistante en France. Hormis dans l’agroalimentaire et l’aéronautique, la France n’a pas de stratégie industrielle d’ampleur. Il faut donc aussi bien au niveau du ministère de l’Education nationale que de l’Etat qu’on agisse dans cette direction. J’aimerais par exemple que les gens qui représentent l’Etat dans les grandes entreprises soient issus de l’industrie ou soient formés au monde de l’entreprise. De même, on voit qu’en Allemagne, 80% des chefs d’entreprise sortent d’écoles techniques. A l’inverse, en France, un étudiant d’école de commerce sur 5 seulement a envie de créer sa propre entreprise. Le monde de l’entreprise doit donc faire un pas supplémentaire vers l’industrie. Pourquoi ne pas imposer par exemple des cursus en alternance dans chaque entreprise pour que les jeunes retrouvent un sentiment d’appartenance au tissu industriel français ?
Comment expliquez-vous la désindustrialisation actuelle de la France ?
Ce n’est pas un phénomène nouveau. Je suis un homme de terrain, car j’ai été 38 ans à la tête de Nutrition et Santé, dont j’ai cédé mes parts il y a trois ans. J’ai donc une grande connaissance des relations internationales entre les entreprises et de l’importance de l’innovation. Et le retard de la France dans l’industrie ne date pas d’hier. Mais il est flagrant de voir combien les politiques se sont désintéressés de l’industrie depuis 30 ans. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il faut y revenir, car nous sommes en retard par rapport aux autres pays, qui se sont toujours préoccupés de ce secteur. A cela s’ajoute le principe de précaution constamment présent en France. On n’ose pas assez dans le pays et on ne mise pas assez sur la R&D et l’innovation.
Concernant la prise de risque, votre homologue Martial Bourquin prône davantage d’audace du côté des banques soutenant les PME. Qu’en pensez-vous ?
Je suis d’accord. Mais pour qu’elles prêtent, les banques doivent avoir des fonds propres. Il faut des sociétés capital risque dans les régions pour drainer l’épargne privée vers le monde de l’entreprise. Il faut sécuriser le risque pris, notamment par des mesures de défiscalisation. Je suis par exemple pour retirer une partie d’impôt sur la fortune à ceux qui investissent une partie incitative de leurs fonds dans les PMI.
Si vous êtes en accord sur certains plans, pourquoi n’êtes-vous pas parvenus à un consensus général sur le texte avec vos homologues socialistes?
Nous n’avons pas eu de consensus, mais tout de même un vote de 14 pour et seulement 9 contre. Nous avions des points de divergence avec une partie des sénateurs socialistes de la mission paritaire. Par exemple sur la question de la taxe professionnelle. Le parti socialiste a fait preuve de démagogie à l’approche des élections en en faisant un problème industriel. Mais la suppression de la taxe professionnelle n’a rien à voir avec la désindustrialisation. Au contraire, elle a permis aux entreprises d’économiser 4,5 milliards d’euros.
Ils contestent aussi l’argument du coût du travail...
Oui. Mais preuve est faite par le rapport Migaud que les charges sociales sont bien plus faibles en Allemagne qu’en France. Ainsi, les Allemands ont davantage de capacité à s’autofinancer et à réinvestir dans de nouveaux projets. Et donc à être plus compétitifs que les Français. Reste qu’au final sur un rapport de 280 pages, nos points d’achoppement ne concernent que 8 pages. De toute manière, en période électorale, le parti socialiste ne pouvait pas voter en accord avec la majorité parlementaire.

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