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Airbus livre dans la douleur son premier A380

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
ReutersA380Singapour

Le plus grand avion civil de l'histoire a été livré à la compagnie Singapour Airlines, ce matin à Toulouse. Une journée de répit pour l'avionneur européen, empêtré dans les démêlés politico-financiers de sa maison mère, EADS.

Une bouffée d'oxygène. Malgré dix-huit mois de retard, la livraison du premier exemplaire de l'A380 par Airbus à Singapore Airlines fait respirer l'avionneur européen, en pleine affaire de délits d'initiés au sein de sa maison mère EADS (voir encadré). La cérémonie s'est déroulée ce matin, à Toulouse, en présence des dirigeants d'Airbus et de la compagnie singapourienne.

D'abord caché derrière un rideau, le quadriréacteur a été tracté jusqu'au bâtiment principal du centre de livraison pour se nicher face à la grande baie vitrée concave derrière laquelle se situaient les spectateurs de la cérémonie. Singapore Airlines a dévoilé l'aménagement de la cabine de son A380, qui peut accueillir 471 passagers, contre 525 sièges dans la version standard. Le premier vol de l'appareil reliera Singapour et Sydney le 25 octobre. Il commencera son service régulier dès le 28 octobre.

Lancé en juin 1994

« C'est un grand jour pour tout le monde. Cela montre que l'entreprise est en train de repartir. Nous sommes heureux de montrer que nous avons un gagnant », a déclaré le patron d'EADS, Louis Gallois, en marge de la cérémonie, refusant de parler des affaires, pour « ne pas gâcher la fête ». « Avec la livraison d'aujourd'hui, nous ouvrons un nouveau chapitre dans l'histoire de l'aviation civile », a confié Chew Choon Seng, patron de Singapore Airlines.

L'Airbus est en effet le plus grand avion de l'histoire de l'aviation civile, avec près de 80 mètres d'envergure pour une capacité d'emport pouvant varier de 555 à 853 passagers. Lancé en juin 1994 pour concurrencer le super-jumbo de Boeing, le 747, le projet du gros porteur de l'avionneur européen aura mis près de quinze ans pour aboutir.

Profitant de la croissance du trafic aérien et de la volonté de l'Union européenne de renforcer la compétitivité des compagnies européennes et de soutenir la recherche, le projet A3XX a bénéficié de moyens importants. Le vol inaugural a eu lieu le 27 avril 2005. Il a marqué le début d'une campagne d'essai d'une durée initiale prévue de quinze mois et qui comptera jusqu'à 2 500 heures d'essais en vol pour un total de 5 appareils.

Nouveaux retards démentis

Mais le développement du fleuron de l'industrie aéronautique européenne n'a pas été sans difficultés, surtout vers la fin. Des problèmes d'industrialisation, en particulier dans l'assemblage des câbles électriques, ont lourdement retardé le calendrier des livraisons de l'appareil et touché la santé financière d'Airbus.

Le 9 mars dernier, EADS a annoncé un bénéfice net en baisse à 99 millions d'euros en 2006, plombé par 572 millions de pertes de l'avionneur. Conséquence immédiate : un plan de restructuration, « Power8 », est lancé. Il prévoit de supprimer 10 000 d'emplois et de céder tout ou partie de six usines en Europe.

L'avion totalise à ce jour 165 commandes fermes, mais les récents accords signés avec British Airways et Grupo Marsans portent le total à 189 commandes de la part de 16 compagnies clientes, principalement du Golfe, d'Asie et d'Europe. Concernant de nouveaux retards de livraisons, Airbus a démenti ce matin ces spéculations, parlant de « malentendu ». « Nous sommes dans les temps », a déclaré John Leahy, le directeur commercial d'Airbus.

Philippe Roger

A lire aussi :
Airbus France s'offre un centre de livraison, 13/07/07

Lagardère dément et mouille Villepin

Alors qu'Airbus a livré aujourd'hui le premier exemplaire de son A380, le feuilleton des soupçons de délits d'initiés au sein de sa maison mère EADS se poursuit. Dans une interview accordée hier au Journal du Dimanche, Arnaud Lagardère, patron du groupe du même nom, se défend une nouvelle fois d'avoir commis un délit d'initiés dans cette affaire.

Il assure n'avoir appris qu'en juin 2006 les nouveaux retards de livraison du très gros porteur Airbus A380, soit deux mois après avoir vendu à terme sa participation. Il ajoute surtout que ses « collaborateurs ont eu des réunions répétées et à haut niveau concernant l'opération avec les services du Premier ministre. »

L'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, lui a répondu hier, déclarant que l'Etat avait été « irréprochable » dans l'affaire EADS et qu'il n'avait lui-même pas été informé des modalités pratiques de l'opération de cession d'une partie des titres détenus par le groupe Lagardère en avril 2006 à la Caisse des dépôts et consignations (CDC).

Les actionnaires industriels d'EADS, Lagardère et Daimler, avaient vendu 7,5 % du capital chacun en avril 2006, quelques semaines avant la révélation de nouveaux retards du programme A380, qui a provoqué une chute de l'action. La CDC avait alors acquis 2,25 % auprès de Lagardère, via la banque Ixis, pour un montant d'environ 600 millions d'euros.

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