L’implantation de l’avionneur européen en Alabama ne fait pas que des heureux. Politiques et locaux se réjouissent, les syndicats de l’aéronautique et Boeing avertissent.
Airbus a sorti le grand jeu, lundi 2 juillet, pour l’annonce (officielle cette fois) de l’installation d’une chaîne de montage à Mobile, en Alabama, dans le sud des Etats-Unis.
Et pour concocter la meilleure sauce afin de grignoter les parts de marché de Boeing sur ses propres terres, Airbus a choisi avec soin les ingrédients de son show "à l’américaine".
Un soupçon de politique, avec éloges dithyrambiques des gouverneurs, sénateurs et autres maires du cru ; une pincée de corporatisme, avec des industriels prêts à se couper en deux pour faire partie de la future supply chain du constructeur ; et enfin une grosse louche de business, avec les patrons enthousiastes des plus grandes compagnies aériennes américaines.
Le lyrisme des politiques locaux
"C’est véritablement un jour extraordinaire dans l’histoire de l’Alabama. Un jour qui va dessiner le futur de notre région pour les années à venir", a commenté Robert Bentley, le gouverneur de l’Etat du sud, comme le rapporte le journal local Mobile Press Register.
Avec une estimation de 1 000 emplois stables créés et plus de 340 millions de dollars par an rapportés au comté de Mobile, l’implantation de la ligne d’assemblage d’Airbus fait office de miracle industriel pour cette région en proie à un fort taux de chômage.
"L’Alabama a la meilleure main d’œuvre que vous pourrez trouver aux Etats-Unis. Quand les avions d’Airbus s’envoleront dans les airs, notre fierté et notre savoir-faire les accompagneront", a laissé échapper le gouverneur. "C’est ici et maintenant que nous nous marions et que nous lions nos futurs à jamais", s’est enthousiasmé pour sa part le député républicain de Mobile Jo Bonner.
Une unanimité du côté des hommes politiques locaux et des lobbys, mais d’autres sons de cloche se font entendre depuis le show bien rodé d’Airbus.
Boeing amer
Du côté du concurrent direct de l’avionneur, Boeing, l’heure est au débinage en règle de la stratégie de communication de la filiale d’EADS. "Pour réussir aux Etats-Unis, ce n'est pas l'adresse sur votre carte de visite qui compte", s’est empressé de déclarer Randy Tinseth, vice-président marketing de la division Aviation commerciale de Boeing.
Pour lui, le premier facteur de réussite est "le produit, sa qualité et son prix. Si vous avez le bon produit, vous réussissez", a-t-il affirmé à l’AFP. Le second facteur, "les hommes" : "Il vous faut les bons services et les hommes pour répondre aux besoins de ce marché". Enfin, "avoir une relation solide avec les clients". Sous-entendu qu'Airbus va mettre du temps à affirmer sa position auprès des compagnies aériennes américaines.
Le choix décrié d'un Etat antisyndical
Plus inquiets encore sont les syndicats de la branche aéronautique américaine. "La construction d’une usine d’Airbus aux Etats-Unis est un événement positif. Mais je trouve extrêmement regrettable qu'une entreprise comme Airbus qui a eu autant de succès avec une main-d'œuvre pleinement syndiquée ait choisi un Etat antisyndical pour construire cette usine. Cela n’a pas de sens", a regretté Paul Shearon, le secrétaire-trésorier de la Fédération internationale des ingénieurs professionnels et techniciens, selon Reuters.
L’Alabama est en effet l’un des 23 Etats américains à appliquer la loi dite 'right-to-work', qui interdit l’adhésion obligatoire d’un salarié à un syndicat, compliquant ainsi la tâche des associations syndicales pour défendre les travailleurs.
"Les salariés non-syndiqués ne sont profitables à aucune force de travail. Ce phénomène a tendance à faire baisser les salaires", s’est inquiété Bill Dugovich, porte-parole de la Société des employés de l’ingénierie de l’aéronautique (SPEEA), qui représente plus de 25 000 ingénieurs ou ex-ingénieurs de Boeing aux Etats-Unis.
Si l'on rajoute à ces réactions les inquiétudes des syndicats français du constructeur aéronautique, Airbus aura fort à faire pour calmer les tensions inhérentes à son projet d'envergure, en interne et dans son nouvel eldorado en Alabama.
La réaction des leaders politiques locaux et nationaux à l'implantation d'Airbus en Alabama :









