Administrateurs et famille Doux présentent une stratégie divergente

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Poulets Doux
© D.R. - Doux

Un comité central d'entreprise est prévu aujourd'hui au siège social du groupe à Chateaulin (Finistère) notamment pour informer les salariés de l'évolution. La famille Doux opte pour un plan de continuation, les administrateurs pour une vente rapide de l'ensemble, ils attendent des offres d'ici au 5 juillet.

La direction générale du groupe Doux a convoqué ce vendredi à Chateaulin (Finistère) un comité central d'entreprise extraordinaire. A l'ordre du jour, de probables journées de chômage technique mais les représentants des salariés espèrent aussi y obtenir des informations concernant la situation financière du groupe et son évolution depuis la mise en redressement judiciaire pour une période de six mois à partir du 1er juin dernier.

La famille Doux opte pour la préparation d'un plan de continuation d'où sa stratégie de vente d'actifs comme elle vient de le faire avec sa filiale Stanven - production de sous-produits de la volaille - cédée 22 millions d'euros à Saria Industrie. Une cession qui rapporte 19 millions d'euros à Doux (la somme a été versée hier) compte-tenu des frais engendrés par cet acte de vente.

L'industriel recherche désormais une vingtaine de millions d'euros supplémentaires qu'il espère mobiliser grâce à l'affacturage. Il a récemment passé un accord avec GE Capital Factofrance qui doit lui financer ses factures émises auprès de la grande distribution afin d'anticiper leur règlement. S'il obtient des aides de son factor, Charles Doux pense pouvoir maintenir le groupe en activité et préparer un plan de continuation, sans pour autant exclure une ouverture de capital à un niveau non connu à ce jour.

Sophie Gautier à Rennes et Régis Valliot à Paris, les deux administrateurs judiciaires chargés du dossier Doux, ont un tout autre point de vue. Ils considèrent que la situation financière du groupe est beaucoup trop tendue et ne croient absolument pas à un possible plan de continuation.

Ils ont donc engagé un projet de cession de l'ensemble du groupe qu'il leur faudra présenter au tribunal de commerce de Quimper, seul habilité à l'accepter ou le refuser.

Les offres devront être parvenues aux deux administrateurs d'ici au 5 juillet. Le délai précédent du 2 juillet ayant été jugé insuffisant notamment par Coop de France dont plusieurs des adhérents étudient le dossier de très près.

Car les coopératives formées de Triskalia, Terrena, mais aussi le groupe Glon Sanders dont l'actionnaire est Sofiprotéol, structure financière présidée par Xavier Beulin - par ailleurs président du syndicat agricole FNSEA - ont compris qu'un démantèlement de Doux aurait des conséquences catastrophiques. Il se traduirait par des des fermetures d'usines et de poulaillers qu'il ne sera pas possible de rouvrir.

Tout repreneur d'élevages en faillite devra refaire une demande auprès de l'administration pour tenter d'obtenir de nouveaux droits à produire. La procédure est très longue et régulièrement contrée par les associations de défense de l'environnement.

Si les activités en France et en Europe de Doux peuvent trouver des repreneurs parmi les acteurs français - LDC et Duc se disent aussi intéressés -, quid de la filiale Frangosul basée au Brésil dont la situation financière est très dégradée avec 200 millions d'euros de dettes ? La procédure judiciaire gèle cette somme mais rien n'est dit sur la suite.

D'autre part, il y a les activités grand export de Doux, en Russie et au Moyen Orient. Elles ont bénéficié de 58 millions d'euros d'aides européennes l'an dernier (les restitutions). Elles pourraient intéresser l'opérateur Tilly-Sabco, basé à Guerlesquin (Finistère), dont l'abattoir fonctionne sur le même modèle. Mais chacun sait que ces subventions peuvent ne pas être maintenues, l'Europe ne garantissant pas du tout leur pérennité. Or, ces activités grand-export représentent près de la moitié des volumes transformés par le groupe en France !

Jusqu'à présent très discrets, les banquiers régionaux - Crédit Agricole et Crédit Mutuel de Bretagne - pourraient également entrer dans le jeu et être appelés au sauvetage de l'industriel dans le cadre d'une cession ou d'une continuation. "Nous n'y sommes pas opposé, explique l'un deux, mais nous attendons la présentation d'un plan industriel qui n'existe pas aujourd'hui." Reste que ces banquiers sont soucieux, s'ils n'ont pas d'engagement direct chez le volailler, ils ont pour clients de nombreux salariés de Doux et la plupart de ses fournisseurs.

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