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Acier Vivement 2010 !

Par PAR OLIVIER JAMES ET DANIEL KRAJKA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3130

Cette année promet d'être « annus horribilis » pour la filière de l'acier. Des producteurs aux utilisateurs, chacun des acteurs devra se battre pour limiter la casse.

Plus de 1 000 salariés britanniques de Corus, près de 10 % de l'effectif du groupe, resteront chez eux et toucheront un demi-salaire aussi longtemps que nécessaire. La décision du numéro 2 européen de l'acier, acquis l'an dernier par Tata Steel, démontre que l'année commence comme elle s'était terminée pour les aciéristes. Très mal. Autre signe préoccupant, en Chine, la baisse de la production a déjà affecté les résultats financiers des principaux acteurs pour l'année 2008 avec des baisses de bénéfices de 18 % à 62 % !

Entamée depuis l'été 2008, cette diminution semble s'inscrire dans la durée. En témoigne l'évolution de la production mondiale : en novembre 2008, elle a chuté de 19 % - de 89 millions de tonnes - comparée à novembre 2007, selon la World Steel Association. Même si, selon le Crédit Suisse, elle ne devrait être inférieure, en moyenne, que de 1 % en 2008 par rapport à l'année précédente, sur le seul quatrième trimestre, la dégringolade approche les 20 %. Ce renversement de tendance ne s'était pas vu depuis dix ans et devrait encore s'aggraver. Ainsi, tirant les leçons de la crise de 1907, le Crédit Suisse table pour 2009 sur un recul de la demande mondiale d'acier de 7 %, entraînant une chute de la production du même ordre. Un choc. Selon les pronostics de différentes sources, il faudra deux à trois ans pour retrouver une situation comparable à celle de 2007, dont les performances « historiques » (1,3 milliard de tonnes) semblent déjà lointaines. D'ici là, producteurs d'acier, utilisateurs et distributeurs vont devoir se démener pour limiter la casse.

MAINTENIR DES PRIX ÉLEVÉS

Pour le moment, les producteurs s'en sortent tant bien que mal. Ils le doivent avant tout à un changement de stratégie amorcé dans les années 1990. « Lorsque la sidérurgie était l'affaire des Etats, on cherchait toujours à produire les plus grands volumes d'acier et seuls les prix variaient, rappelle Jean-Yves Bouffault, le président du directoire du distributeur d'aciers spécialisés IMS. Depuis qu'elle est passée aux mains des grandes familles, le volume est devenu la variable d'ajustement. » Conséquence ? Les producteurs, ArcelorMittal en tête, adaptent en permanence leur production à la demande des marchés. « L'industrie de l'acier se trouve dans une situation plus saine que lors des précédents retournements de conjoncture, et ce, en raison des mouvements de concentration effectués ces dernières années, confirme un porte-parole du numéro 1 mondial de la sidérurgie. Ceci a permis des baisses rapides de production afin d'adapter l'offre à la demande. » Cette stratégie vise avant tout à maintenir les prix à un niveau élevé. Si la chute est spectaculaire (près de 50 % en quelques mois), le prix de l'acier conserve une certaine tenue. L'acier laminé à chaud, parmi les plus utilisés, se maintient autour de 500 euros la tonne, encore loin des 200 euros atteints en 1999.

Mais cette gestion de la crise n'est pas sans contrepartie. ArcelorMittal, qui prévoit une baisse de production de 30 % pour le premier trimestre 2009, a annoncé la suppression de 9 000 postes dans le monde (3 % de son effectif). Le suédois SSAB prévoit de son côté une réduction de 1 300 emplois cette année. En Chine, c'est une restructuration qui sera opérée entre trois entités de Hebei Iron And Steel Group, l'un des plus gros aciéristes du pays. Bref, conserver sa compétitivité passe par la mise en veilleuse de hauts-fourneaux. Prises en 2008, ces mesures drastiques de limitation de l'offre et des coûts devraient être maintenues au moins toute l'année 2009.

DÉSTOCKAGE VIOLENT

Il n'empêche, Baosteel, premier aciériste chinois, a d'ores et déjà annoncé une hausse de ses prix pour février. « Les prix vont de nouveau augmenter fin mars, lorsque les capacités de production seront au même niveau que la consommation mondiale, assure Jean-Yves Bouffault. D'ici là, nous devons faire face à un déstockage à la fois court et violent. » Distributeurs et utilisateurs souffrent en effet, selon le président du directoire d'IMS, d'avoir accumulé d'énormes stocks ces dernières années dans le but de faire face, notamment, à des délais de livraison imprévisibles de la part de certains producteurs. « Les livraisons peuvent accuser jusqu'à deux mois de retard ! Mais les stocks actuels sont devenus beaucoup trop importants. Il faut purger le trop-plein. » En attendant la reprise, IMS taille lui aussi dans son effectif (- 10 % en France), ferme des entrepôts en France et en Belgique pour en ouvrir de nouveaux en Europe de l'Est. Dans la tempête, Jean-Yves Bouffault n'espère qu'une chose : gagner du poids dans les négociations tarifaires avec ses fournisseurs. « Jusqu'à présent, nos achats ne bénéficiaient pas d'effet d'échelle. A l'avenir, nous pouvons espérer être mieux récompensés par notre taille. »

Du côté des utilisateurs finaux, essentiellement les industries de la construction et de l'automobile, on attend aussi beaucoup de la part des fournisseurs. « Ils doivent faire un effort de baisse des prix, estime Jean-Luc Baras, le directeur des achats d'Eiffage Construction. Et ils doivent de surcroît lutter contre la volatilité. »

L'ESPOIR DES PLANS DE RELANCE

Mais ce qui va, sur le long terme, réellement relancer la consommation d'acier est sans aucun doute une reprise de l'économie mondiale. A ce titre, les divers plans de relance annoncés dans le monde cristallisent les espoirs. Les sidérurgistes américains ont fait savoir début janvier qu'ils demandaient au président Barack Obama d'inclure une clause en faveur des entreprises américaines dans le futur programme de grands travaux qui s'élève à 1 000 milliards de dollars sur deux ans. Cette mesure protectionniste ne devrait pas pour autant leur faire perdre de vue l'importance de l'ex-Empire du Milieu. Dans les prochaines années, la Chine représentera à elle seule 40 % de la consommation mondiale d'acier. C'est donc bien la relance de la consommation chinoise qui pourra durablement maintenir le secteur à flot. .

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