Acheter en Europe, une opération de prestige pour les industriels chinois
Par Rémy Maucourt - Publié le
Après Volvo, Saab devrait être racheté par des investisseurs chinois. Alain de Foucaud dirige le bureau Chine du cabinet Taylor Wessing. Il analyse pour l'Usine Nouvelle les enjeux de l'arrivée d'entrepreneurs chinois à la tête de groupes européens.
L'Usine Nouvelle- Quel intérêt ont les groupes chinois à acheter des entreprises européennes ?
Alain de Foucaud - Plusieurs éléments entrent en compte. Ils cherchent essentiellement une marque, mais aussi l'expertise technologique, des savoirs-faire qui leur manquent. Dans les cas de Saab et Volvo, ils peuvent acheter cette expertise à très bas prix, avec une marque premium. C'est une autre forme de transfert de technologies.
Cela permet également de légitimer leurs activités nationales. Les sociétés chinoises en question (Ndlr : Geely pour Volvo, Youngman et Pang Da pour Saab) ne sont pas très connues localement. Ces acquisitions leur permettent d'améliorer leur notoriété en Chine, ils apparaissent comme des sauveurs, comme de grands industriels. Ils cherchent également ce prestige, très important pour eux.
Les salariés européens de ces entreprises ont-ils des raisons de s'inquiéter ?
Non. En premier lieu, si ces investisseurs chinois ne s'étaient pas impliqués, beaucoup auraient perdu leur emploi. Ensuite, ils peuvent être assurés d'un avenir à moyen terme.
La crise actuelle en Europe va-t-elle avoir un impact négatif sur les achats en cours ? Les entreprises chinoises pourraient-elles décider d'investir ailleurs ?
Je ne pense pas que Saab et Volvo pourraient souffrir particulièrement de la situation. Ces grandes marques premium sont des marques de niches. Elles devraient profiter de nouveaux débouchés en Asie, qui permettront de compenser la faiblesse de la demande en Europe.
Concernant les investissements chinois en général, ils devraient continuer de s'accélerer. Premièrement, les chinois ont un intérêt vital à sécuriser leurs débouchés. Deuxièmement, ils sont tournés vers l'international, et l'Europe est naturellement intéressante dans cette optique. Enfin, les entreprises européennes ont un fort potentiel de transfert de technologies, de produits haut-de-gamme. Exactement ce que cherchent les groupes chinois.
Verra-t-on une opposition politique à l'arrivée des groupes chinois, comme quand le parlement italien a voté une loi d'exception pour freiner l'acquisition de Parmalat par Lactalis ?
Non, à moins qu'ils s'attaquent à des domaines sensibles, comme l'électronique ou la défense. Mais la protection de ces filières ne dépend pas de la nationalité de celui qui souhaite acheter.

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