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ACCUMULATEURS L'EFFERVESCENCE SAISIT LE MARCHE

Par ARNAUD BOULBEN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2975

Tiré par l'électronique grand public, le marché des batteries a le vent en poupe, et avec lui la technologie à base de lithium. Cette embellie profite notamment à la Chine et à la Corée du Sud, mais laisse néanmoins de belles opportunités de développement pour d'autres technologies et d'autres acteurs.

Après le minikrach des années 2001 et 2002 dû aux surcapacités de production, les affaires reprennent ! Selon les prévisions du cabinet Avicenne, rendues publiques lors du dernier salon Batteries organisé par Euroforum à Paris en juin, le volume de production des batteries devrait enregistrer une croissance solide pendant les cinq prochaines années. Après avoir stagné autour des 3,5 milliards d'unités produites jusqu'en 2003, le marché devrait s'établir à 3,9 milliards en 2005 et friser les 4,1 milliards dès 2006. De quoi changer la donne pour les producteurs.

Le grand gagnant devrait être le « lithium-ion », technologie où l'anode (électrode négative de la batterie) est faite dans ce métal et où l'échange de charges électriques se fait par des ions lithium à travers un électro- lyte. Les chiffres du cabinet Avicenne parlent d'eux-mêmes : de 533 millions de batteries au lithium vendues par an en 2000, la production est passée à 1,3 milliard en 2004 et devrait dépasser 1,7 milliard d'unités en 2007 ! Une solide santé assurée par les ordinateurs, téléphones portables, baladeurs et autres appareils photo numériques où le lithium-ion prend chaque jour des parts de marché aux batteries nickel-métal- hydrure. Celles-ci, plus classiques, ont fait des progrès considérables en capacité, mais restent un peu en deçà des performances du lithium. Et la demande est forte ! En témoigne la présence de batteries toujours plus nombreuses dans les outils portatifs grand public mais aussi désormais professionnels. Enfin, il faut compter avec le développement d'une technologie proche du lithium-ion, où l'électrolyte est remplacé par un matériau polymère. La souplesse de ce dernier permet d'envisager des formes géométriques bien plus diversifiées et ouvre donc des perspectives de marchés intéressantes.

Vers une concentration du secteur

Face à la forte demande, des opportunités se créent pour de nouveaux entrants sur le marché international et l'impact se fait ressentir sur les sociétés établies. Ainsi, après avoir dominé le secteur pendant près de dix ans, les fabricants japonais sont en train de subir la concurrence de plus en plus rude des coréens et des chinois. Résultat : Sanyo, Sony ou Matsushita, qui représentaient quasiment 100 % du marché il y a un peu plus de cinq ans, doivent se contenter désormais de 50 %. Une lutte qui a poussé à la concentration et déjà fait des « victimes » comme la division nickel-métal-hydrure de Toshiba ou GS Melcotech, toutes deux achetées par leur compatriote Sanyo.

De l'autre côté de la mer de Chine, l'ambiance est tout autre : le chinois BYD ou les coréens Samsung et LG ont profité à plein de l'effet de proximité de la production des nouvelles générations d'appareils électroniques portables. A tel point qu'ils ont même dépassé leurs frontières, à l'instar de BYD, qui est devenu fournisseur de Motorola et qui prône même l'avènement du lithium dans l'automobile après avoir acheté un petit constructeur automobile chinois !

Un autre phénomène contribue à rebat- tre les cartes entre les acteurs : le lithium-ion est dépendant du cobalt, élément chimique clé de la cathode. « Autrement dit de la hausse de son prix », explique un expert français, bon connaisseur de l'ensemble des fournisseurs chinois. Ce métal, même s'il est plutôt stable en ce moment, n'a cessé de voir son cours grimper ces dernières années. « Pour tenir les coûts, certains fabricants ont dû revoir à la baisse la qualité des matières premières et de leur process », reprend-il. Du coup, dans ce contexte de guerre des prix, les acteurs historiques ont dû délocaliser une partie de leur production en Chine, afin de jouer à armes égales.

Parallèlement, ils se préparent à prendre leur revanche sur le terrain de l'innovation, à l'instar d'Uniross, qui produit en Chine mais dont la R & D est 100 % hexago- nale. Les japonais travaillent d'arrache-pied sur des éléments chimiques susceptibles de réduire la part du cobalt. Après des tests concluants, le géant Sanyo promet ainsi la commercialisation prochaine de nouvelles batteries où le manganèse remplacera plus de 20 % du cobalt. Toshiba travaille de son côté sur le développement d'électrodes conçues à partir de nanomatériaux capables d'accélérer les charges et décharges de ses batteries. « Même les sociétés européennes ont une bonne carte à jouer. Nous savons nous adapter », souligne Dejan Ilic, le P-DG de Varta Microbattery, qui, même si sa production se fait en Asie, mise sur le développement de batteries utilisant des membranes à base de polymères garantissant une sécurité optimale. De son côté, le français Saft, spécialiste des batteries haut de gamme pour l'aéronautique et le militaire, rappelle qu'il est possible de faire encore des progrès importants dans les batteries nickel-métal-hydrure ou nickel-cadmium à l'aide d'une nouvelle électrode plus dense et moins coûteuse dite « PNE » utilisant des matières plastiques.

A la recherche de technologies rechargeables pour les transports

Les grands acteurs préparent l'entrée en force des sources d'énergie rechargeables dans les transports. Difficile en effet, pour des raisons de sécurité et de risques d'inflammation en cas de température excédant 150°C, de lancer sur le marché de grosses batteries au lithium pour équiper des véhicules électriques. Dans ce domaine, un groupe comme Bolloré, via sa société commune avec EdF baptisée BatScap, a présenté au dernier salon de Genève son BlueCar, un véhicule électrique capable de rouler pendant 200 kilomètres, reposant sur la technologie lithium-métal-polymère.

Autre développement intéressant, celui du groupe américain Valence, qui souhaite remplacer le mélange de lithium-cobalt par du phosphate de fer. Avantage principal : la sécurité de l'ensemble jusqu'à 1 000°C pour des performances au moins aussi bonnes que celles du lithium-ion. Une technologie qui a déjà enregistré un succès commercial intéressant en équipant les appareils de transport Segway. Ses promoteurs envisageraient d'équiper l'automobile hybride commerciale la plus avancée, la Toyota Prius.

Ces investissements se font d'autant plus sérieusement que les piles à combustible ne semblent pas encore pouvoir être une alternative crédible au lithium. « Les développements y sont intéressants, estime Christophe Pillot, consultant du cabinet Avicenne, mais leur rendement doit être amélioré et surtout, leur taille doit être encore réduite pour percer. »

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