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L'Usine Auto

Abdelkader Amara : "le terme qui correspond au Maroc n'est pas le low-cost, mais le best cost"

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Publié le

Entretien L'Usine Nouvelle a rencontré Abdelkader Amara, ministre de l'Industrie et des nouvelles technologies du Maroc, à l'occasion de l'inauguration de la zone franche aéronautique Midparc, près de Casablanca le 30 septembre. Il se dit surveiller de près la concurrence des autres pays méditerranéens, y compris l'Espagne dans l'offshoring. Il revient sur les pertes d'emploi dans l'industrie marocaine, les difficultés du secteur mécanique et métallurgique ainsi que sur le positionnement du Maroc.

Abdelkader Amara : le terme qui correspond au Maroc n'est pas le low-cost, mais le best cost
Abdelkader Amara ministre de l'Industrie, du commerce et des nouvelles technologies
© facebook.com/Abdelkader-Amara

 

L'Usine Nouvelle : Après l'inauguration de Midparc qui reste à remplir, quel avenir voyez-vous pour cette nouvelle zone franche ?

Abdelkader Amara : Midparc est une zone industrielle conçue pour accueillir des industriels de l’aéronautique avec un premier client : Bombardier. Ce secteur connait une croissance à deux chiffres dans notre pays. C'est un premier succès à confirmer. Nous voulons que Midparc garde cette vocation spécifique pour faire peu à peu de cette zone et du grand Casablanca un véritable cluster international dans ce métier.

Autre sujet, celui de l'état de l'industrie au Maroc. Dans une note récente le HCP (Haut commisariat au plan) a affirmé que le Maroc perdait 24 000 emplois industriels par an depuis 2009. Quel est votre sentiment sur ce chiffre ?

C'est un débat ancien que nous avons avec le HCP y compris avec mes prédécesseurs. Le HCP travaille sur la base d'enquêtes déclaratives. Il place dans l'industrie des secteurs artisanaux qui n'entrent pas dans le cadre de l'industrie stricto-sensu. Il existe des métiers dans lesquels certes il y a une perte d'emplois. Mais il faut faire la différence entre les secteurs formels et informels. Lorsque le textile enregistre une perte d'emplois ces emplois n'étaient pas nécessairement dans le secteur formel. Ne pas en tenir compte est une logique pas assez positive et pas assez constructive dans l'analyse des données.

certains secteurs ne sont plus prometteurs

Pour le HCP, ces pertes d'emploi persistent depuis 2009, année de démarrage du plan Émergence

Ce plan a identifié six métiers mondiaux du Maroc. (NDLR : offshoring, automobile, aéronautique et spatial, électronique, textile et cuir et agroalimentaire). Aujourd'hui, j'y ai rajouté la chimie, la parachimie, l'industrie pharmaceutique et la métallurgie. Et, il faut se poser la question sur ce que nous avons gagné et ce que nous avons perdu.

De 2009 à fin 2012, la croissance a permis la création d'emplois dans nos métiers mondiaux. Il faut avoir le courage dans notre pays de dire que certains secteurs ne sont plus prometteurs et ne bénéficient plus d'avantages comparatifs. Et s'orienter sur d'autres métiers. En tant que décideur politique, je constate que l'industrie aéronautique connait une croissance à deux chiffres comme l'automobile. En chimie-parachimie, j'identifie aussi un grand gisement privé d'emplois.

Certaines industries sont génératrices d'entrepreneurs, créatrices d'emploi et de richesses. D'autres s'apparentent d'avantage à des  industries de rente ou sont appelées à disparaitre.

L'offshoring, l'automobile, l'aéronautique, l'électronique, l'agro-industrie ont créé des emplois. Certains pans du textile, ont connu un mouvement assez dur de perte d'emplois. Je suis d'accord pour en discuter. Mais il ne faut pas forcement y associer l'industrie, l'artisanat n'a rien à voir. C'est une autre logique.

Abdelhamid Souiri, président de la FIMME (Fédération des Industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques) a mis l'accent, notamment dans un entretien à l'Usine Nouvelle sur les problèmes de son secteur, confronté selon lui à des coûts trop élevés. Il regrette aussi que les IMM n'aient été intégrées dans le plan Émergence qu'en 2013 ? Qu'en pensez vous ?

C'est une question qui concerne le ministre Amara. Et justement, je suis en train de boucler le contrat programme des IMME ! C'est un travail qui a commencé depuis ma nomination (NDLR le 3 janvier 2012). Mais je dis aux industriels : je ne vais pas mettre en place des contrats programmes juste pour le plaisir de les signer devant sa Majesté. Il faut que ces programmes soient ficelés, et bien. Il faut aussi étudier les engagements des uns et des autres car nous y mettons des deniers publics.

Il faut se pencher sur la productivité, l'efficacité, les marchés potentiels, l'export et l'emploi. J'y travaille. Certains trouvent parfois le ministère de l'Industrie dur dans ses pourparlers. C'est normal. C'est ce que nous avons fait dans les autres contrats programmes.

Des points doivent encore être discutés... mais je peux vous dire qu'à 80%, le contrat programme des IMME est ficelé.

Par ailleurs, au sujet des coûts, c'est vrai que le gouvernement vient de décider une indexation partielle du prix des carburants (rapprochés des prix réels NDLR) y compris pour le fuel industriel. Le département de l'industrie est ouvert pour envisager des mesures à moyen ou long terme pour parer à la problématique ainsi créée.

L'ESPAGNE PRESQUE AUSSI COMPETITIVE QUE LE MAROC DANS L'OFFSHORING

Envisagez-vous d'aider le sidérurgiste Maghreb Steel en difficulté ?

Nous suivons le dossier de près. Maghreb Steel reclame des droits anti-dumping. Mais c'est un sujet qui implique les règles de l'OMC. Le Maroc ne prend pas de décisions sur le dumping ou sur des mesures compensatoires de manière hasardeuse. Il faut des dossiers ficelés. On s'y s'attelle. Je pense que cette doléance sera exaucée.

Sur le plan international, on a assimilé souvent le Maroc à une base low-cost. Qu'en pensez-vous ?

Le terme qui correspond au Maroc n'est pas le low-cost mais le "best-cost" car il faut prendre en compte globalement la dimension du coût et la qualité des ressources humaines.

Notre pays a mis l'accent sur la capacité à être réactif face aux besoins des industriels. Par exemple, au lieu de focaliser le débat sur la capacité de l'enseignement, nous avons créé des instituts spécialisés en partenariat public/privé comme l'Institut des métiers de l'aéronautique (IMA) dont l'extension va débuter. Nous avons aussi des instituts dans l'automobile et dans les énergies renouvelables avec toujours ce soubassement public/privé.

Dans un monde de plus en plus rude comment faire en sorte d'avoir ce "best-cost" ?

Nous avons un œil sur nos pays concurrents pour être en mesure d'améliorer notre offre si nécessaire. Il y a un équilibre à préserver entre les demandes des industriels (très gourmands!) et l'état des deniers publics. Il faut trouver une médiane. Donc, nous menons une veille et un benchmark sur le pourtour du bassin méditerranéen.

Avez-vous des exemples à citer ?

Je pense à la Tunisie même si elle connait un contexte politique mouvementé. Il y a aussi les pays d'Europe centrale et de l'est. Sur certaines industries, on se "benchmark" aussi avec la Turquie. Dans cette veille, nous décortiquons aussi bien la logistique que l'efficacité des procédures administratives. C'est normal dans une économie globalisée.

Quant à l'Espagne, dans l'offshoring par exemple, après ses réformes je pense que ce pays est désormais à peine à quelques euros de différence avec le Maroc.

Vous défendez auprès des pouvoirs publics français, le concept de colocalisation. Avez-vous avancé ?

Nous avons de très bonnes relations avec nos amis français. Le registre de la délocalisation se tenait dans un débat hautement passionné avec certains excès. Nous en sommes sortis pour s'accorder sur cette colocalisation qui s'est déjà faite dans certaines industries au fil des années. L'aéronautique n'a pas attendu les pouvoirs publics. Il y a certains secteurs où ça marche. Les entreprises n'ont pas besoin de nous pour mettre en œuvre cette colocalisation cela répond à une logique économique.

C'est-à-dire...

Dans une économie globalisée, un industriel doit améliorer ses coûts de production pour rester compétitif. Donc dans d'autres secteurs que ceux déja explorés comme la pharmacie ou les énergies renouvelables, il faut passer au peigne fin la chaine de valeur et regarder ce que la "localisation Maroc" peut apporter. C'est un alliage subtil à créer. On pourrait intelligemment faire de l'innovation et du transfert de technologie dans une logique gagnant-gagnant. Et le privé reste l'acteur principal de ce processus. J'ai été ainsi ravi d'entendre des entrepreneurs français dire vouloir chercher la croissance au Maroc. Là où elle se trouve.

 

Propos recueillis à Casablanca par Nasser Djama

 

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1 commentaire

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04/10/2013 - 19h19 -

Le Maroc est plus bad cost, slow cost but high qu'autre chose. Si on se contente de regarder le coût horaire des salariés, oui le pays est attractif. Mais il faut prendre en compte la très faible productivité, les congés incessants, les périodes de très faible rendement, le nombre de personne pour faire un même travail par rapport à l'Europe... Là, on a un coût bien supérieur à d'autres pays à forte industrialisation.
Côté des lois salariales, les entrepreneurs ont souvent de mauvaises surprises. Rien n'est clair dans le droit et il est difficile d'avoir les textes; exemple en cas de sous-activité, de licenciement économique ?
Le pire revient à l'administration et les contrôles. L'administration est d'un age dépassé et sans efficacité. Tout le monde perd un temps précieux et peu se faire stopper son usine par gratte papier qui fait de l'excès de zèle et attend un billet. Pour les contrôles, se sont toujours les mêmes qui sont contrôlés et ra-quettés. L'informel n'a aucun soucis. Les contrôleurs arrivent en terrain conquis et leur question est, combien on va prendre ?
Si on ajoute l'incompétence des banques, frein à tout. Exemple ? Un swift prend au minimum 10 jours même si tout est parfait. Pourquoi ? La personne n'a pas appuyé sur son clavier d'ordinateur pour l'envoyer.
Le dernier point revient aux zones industrielles où il y a de fortes spéculations. Finalement, les terrains sont plus chers qu'en Europe !
On est dans l'univers du lent qui revient cher. Seule le secteur de l’aéronautique est épargné.
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