La préparation opérationnelle à l'emploi (POE) collective permet de former des demandeurs d'emploi aux métiers dont ont besoin les entreprises d'un territoire.
C'est peut-être une solution à la pénurie de main-d'oeuvre. « J'ai les trois soudeurs dont j'avais besoin et ce sont des personnes très impliquées, qui ne sont pas là par hasard. » Directeur de SDS, une entreprise de structures aluminium de 45 salariés, Laurent Forget a recruté en CDD trois personnes formées à la soudure par une préparation opérationnelle à l'emploi (POE) collective. Créé en 2011 par la loi Cherpion, ce type de formation est mis en oeuvre par une branche professionnelle ou un organisme paritaire collecteur agréé (Opca). Des demandeurs d'emploi apprennent un métier, sans promesse de recrutement. La POE individuelle permet, elle, de former un chômeur pour un poste à pourvoir.
COMMENT ÊTRE SÛR DE RÉPONDRE AUX BESOINS DES ENTREPRISES ?
Identifiés par les branches professionnelles ou les Opca, ces besoins doivent correspondre aux diagnostics de Pôle emploi. « L'implication des entreprises limite le risque de former un demandeur d'emploi pour rien », remarque Fabien Beltrame, de la direction de l'orientation et de la formation à Pôle emploi. Fin juillet, l'organisme avait signé 12 conventions avec des Opca interprofessionnels - comme Opcalia et Agefos PME - et ceux de la métallurgie, de l'agroalimentaire, des industries chimiques, pharmaceutiques, pétrolières et plasturgiques.
Ces conventions sont déclinées localement, pour coller aux besoins des territoires. Dans le Calvados, c'est l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) qui a contacté Pôle emploi pour lancer trois POE collectives : en chaudronnerie-soudure, en maintenance et en usinage. « Régulièrement, des offres d'apprentissage ne sont pas pourvues, alors que le chômage des jeunes reste élevé, explique Didier Morellon, le délégué à la formation. Nous devons aussi anticiper les départs à la retraite. » Il sait quelles TPE et PME, en mécanique générale notamment, seront intéressées par ces profils. La plupart d'entre elles ont accueilli des stagiaires pendant leur formation. Les demandeurs d'emploi ayant bénéficié d'une POE collective peuvent être recrutés en CDI ou, pour au moins 12 mois, en CDD, en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation.
QUEL EST LE PROFIL DES CANDIDATS ?
Lancée en novembre 2011, la POE collective monte doucement en puissance. Sur les 7 475 bénéficiaires dénombrés fin juillet par Pôle emploi - 10 000 en POE individuelle en 2011 -, les trois quarts sont en recherche d'emploi depuis moins d'un an, 43% ont un niveau CAP ou BEP et 52% sont des femmes.
Il reste à attirer les candidats. Dans le Calvados, près de 2 000 mails d'invitation à une réunion d'information ont été envoyés et une quarantaine de personnes a été sélectionnée. Parmi elles, des jeunes filles, dont l'une, venue du sanitaire et social, s'est réorientée vers l'usinage. Dans le bassin de Bagnols-sur-Cèze (Gard), c'est Pôle emploi qui, face aux offres non pourvues de sous-traitants du nucléaire, a identifié des demandeurs d'emploi susceptibles de se former à ces métiers. L'UIMM a été contactée et une POE collective lui a été proposée.
QUELLES COMPÉTENCES DÉNICHER ?
Tous les métiers sont concernés. Le secteur du commerce arrive en tête, avec 33% des formations, suivi des transports et de la manutention (10% chacun). Le génie industriel représente 2% des POE collectives. La métallurgie a déjà formé 600 soudeurs, usineurs, chaudronniers, ajusteurs... D'autres branches (prévention-sécurité, maroquinerie, propreté, manutention ferroviaire, énergie) ont signé des accords avec Opcalia.
Les Opca, qui connaissent les besoins des entreprises, définissent les programmes des formations. Dans le Calvados, l'Opca de la métallurgie exigeait une formation technique, mais aussi en maths, à l'expression écrite et orale, aux techniques de recherche d'emploi. Pour son responsable formation, « la POE collective est une période de préqualification, une passerelle pour s'orienter ». La formation ne doit pas excéder 400 heures et des stages en entreprise sont prévus.
QUELLES SONT LES LIMITES ?
La première difficulté est de concilier les disponibilités. Dans le Gard, les demandeurs d'emploi prêts à se former au nucléaire étaient identifiés, les conventions signées... Mais l'organisme de formation ne pouvait pas libérer de créneau avant l'automne. La POE a été programmée en septembre.
Autre obstacle, l'abandon de certains demandeurs d'emploi. Dans le Calvados, ils étaient 40 au début de la formation. Ils n'étaient plus que 30 à la fin. Certains ont préféré accepter un travail en CDD ou en intérim. D'autres ont décroché, tout simplement.
Reste que la POE collective est une tentative de faire se rencontrer demandeurs d'emploi et postes à pourvoir, en passant par la case formation, à l'échelle d'un bassin d'emploi. Si le principe paraît bon, le démarrage est un peu lent. Un rapport parlementaire de février 2012 tablait sur 40 000 POE collectives dans l'année. On en sera loin ! Toute entreprise intéressée peut appeler son Opca pour connaître les procédures en cours ou les susciter.
LES TROIS ACTEURS DE LA POE COLLECTIVE
- Opca Il signe la convention avec Pôle emploi, cherche un organisme de formation, finance les frais pédagogiques.
- Pôle emploi Après validation des besoins d'un territoire, il identifie les demandeurs d'emploi intéressés, les envoie à l'Opca, les indemnise pendant leur formation. Il peut aussi leur accorder des aides pour se loger et leurs déplacements.
- Organismes de formation Ils répondent au cahier des charges rédigé par l'Opca et assurent la formation générale et technique des demandeurs d'emploi.
L'implication des entreprises limite le risque de former un demandeur d'emploi pour rien.
Fabien Beltrame, de la direction de l'orientation et de la formation à Pôle emploi.









