À RODEZ, LE PETIT VILLAGE GLOBAL
Par CHRISTOPHE BYS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3236
© ULRICH LEBEUF/MYOP
Maxime, un diplôme de CAO en poche, a trouvé un emploi chez Force 12, société d'ingénierie située à Luc-la-Primaube (Aveyron), à quelques kilomètres de Rodez. Quand il a été menacé de licenciement chez son précédent employeur, il a immédiatement retrouvé un emploi par le bouche à oreille. Du coup, pour conduire le journaliste parisien jusqu'aux bureaux du Pôle emploi local, il lui faut les ressources conjointes de l'internet mobile et d'une amie ! Maxime n'est pas le seul à ne pas connaître l'adresse de l'ex-ANPE. Ici, le taux de chômage (5 % fin 2010) est un des plus faibles de France. « En 2010, le nombre d'offres d'emploi collectées a augmenté de 13 % sur le bassin, précise Olivier Jalbert, responsable local de Pôle emploi. Certains métiers, comme fraiseur, soudeur ou opérateur de machines à commande numérique restent en tension. »
Pourtant, « il n'y a pas de miracle aveyronnais », prévient Albert Weitten, le directeur de l'usine Bosch, « la Bosch » comme on l'appelle ici. Bien sûr, l'économie y est très diversifiée. S'appuyant sur les ressources naturelles de la région, l'agriculture représente 10 % de l'emploi total, trois fois plus que la moyenne nationale. L'industrie mécanique, avec Bosch, Sam Technologies ou Filtrauto Purflux, est aussi présente (environ 15 % des emplois sont industriels), mais aussi les services informatiques (Soprad, Inforsud ou RM Ingénierie) sans oublier « un tissu artisanal très dynamique », selon les mots de Pascal Chaussée, le directeur adjoint à la direction départementale du travail. Mais le véritable secret de Rodez, selon ses habitants, c'est sa culture du travail qu'ils évoquent avec fierté. L'exode rural, qui conduisait au siècle dernier des familles entières à monter à Paris, est un mauvais souvenir. La tendance s'est inversée : le solde migratoire est positif. Déjà en 1999, deux habitants du pays de Rodez sur dix n'y résidaient pas dix ans plus tôt, notait l'Insee. Guy Combret, le directeur général de la chambre de commerce et d'industrie, estime que « les nouveaux venus sont plutôt jeunes et bien formés », attirés par la qualité de vie dans une ville moyenne. Pièce maîtresse du territoire : l'aéroport. Il permet aux businessmen de la ville, longtemps réputée être à deux heures de rien, de rejoindre Paris en une heure et Londres en à peine plus.
Ambiance pastorale et mondialisation
Pour initier et accompagner ce dynamisme, la municipalité a joué un rôle moteur. En face du piton où se trouve le coeur historique, Marc Censi, le précédent maire, a inventé le quartier de Bourran. En dix ans, des centaines de nouveaux logements sont bâties ainsi qu'un centre de formation de la chambre de commerce et industrie, une école d'ingénieurs en alternance et des sièges sociaux. Sur ce plateau, se trouvent deux des trois principaux employeurs locaux : le siège social du semencier RAGT (2e) et l'hôpital public (3e). La première place étant occupée par « la Bosch ».
Les bureaux de RAGT (pour Rouergue Auvergne Gévaudan Tarnais) n'ont rien à envier aux tours de la Défense. Une seule différence saute aux yeux : la largeur des couloirs et la taille des bureaux qui trahissent un coût au mètre carré plus modeste. La fenêtre du bureau de Claude Grand, le directeur de la division semences, donne sur l'ancien grand séminaire et de tranquilles bovins paissent au milieu des prés. N'en concluez pas que le temps s'est arrêté. L'ambiance pastorale ne fait pas perdre de vue la mondialisation. À l'entrée du siège trois drapeaux flottent au vent, dont celui de la République tchèque pour faire honneur à un client venu de là-bas : « C'est la procédure pour nos hôtes, son drapeau est hissé et un message de bienvenue dans la langue est affiché à l'accueil », précise le directeur. Le marché local étant étroit, les entreprises ont vite élargi leur horizon. À la Société fromagère de Rodez (groupe Lactalis), on exporte vers l'Espagne ou l'Italie. Chez Force 12, les deux tiers des clients sont en dehors de la région Midi-Pyrénées et Bosch fournit des clients dans toute l'Europe.
La médaille a son revers. Qui dit faible taux de chômage dit tension de recrutement. « Ce qui peut bloquer, c'est la famille ou le conjoint du cadre », explique Jean-Rémy Bergounhe, le PDG de Finadorm, le groupe qu'il a monté muni de son seul CAP de menuisier. Alors, tout le monde met le paquet pour trouver un emploi à l'époux ou à l'épouse du cadre convoité, en faisant jouer les réseaux. La proximité est un atout : « Rodez est un gros village, où tout le monde se connaît » note Alfred Poey de la société fromagère de Rodez. Un gros village qui se projette loin. Évoquant la construction en cours d'un musée Pierre Soulages, enfant du pays, certains se réjouissent déjà : bientôt les Chinois pousseront jusqu'à Rodez quand ils iront à Toulouse.
Pour soutenir les petits entrepreneurs, la chambre de commerce de l'Aveyron, en partenariat avec la Région, l'État et des réseaux bancaires locaux, a mis en place des prêts d'honneur pour les créateurs ou repreneurs d'entreprise. Le montant du prêt va de 3 000 à 30 000 euros, selon le nombre d'emplois créés ou maintenus. En 2010, 757 500 euros ont été prêtés, pour créer ou maintenir 365 emplois. L'investissement intéresse des sociétés plus grandes. Alfred Poey, le directeur de la Société fromagère de Rodez explique : « Notre succès s'appuie sur un tissu de PME dynamiques, dans le transport ou l'emballage notamment » Pour réussir, rien ne vaut un écosystème performant.

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