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A qui profite la prime à la casse des chaudières ?

Par Ana Lutzky - Publié le
Un installateur partenaire de GDf Suez montre à un particulier l'utilisation de la chaudière à condensation
Un installateur partenaire de GDf Suez montre à un particulier l'utilisation de la chaudière à condensation
© GDF SUEZ/ABACAPRESS/JANIN AGNES

Le 20 avril, le gouvernement annonçait une prime à la casse pour les foyers qui remplaceraient leur vieille chaudière au fioul. Un peu avant, début mars, il faisait une annonce similaire pour les chaudières à gaz. Quels acteurs du marché vont tirer profit de cette mesure destinée à réduire la facture énergétique ? L’Usine Nouvelle a cherché pour vous.

Aux fabricants de chaudière ?
Pas vraiment. A priori, ce sont eux les premiers concernés. Mais en fait, le bénéfice pour ces industriels n'est pas si évident. "On ne s’attend pas à une explosion des demandes de devis de remplacement des chaudières", confie par exemple Pierre-Henri Audidier. L'homme est directeur de Saunier-Duval,  le fabricant numéro un de la chaudière murale en France. Une chaudière sur trois est siglée de sa marque.

Le site internet qu’il a mis en place pour l’occasion ne croule pas sous les demandes. Comme lui, les autres fabricants que sont Godin, Chaffoteaux et Maury, E.l.m Leblanc ou Frisquet ne croient pas à un effet de fond sur le sujet. "Il s’agit plus d’un opportunisme, comme pour une vente flash, que d’une hausse durable de la demande", prévoit un professionnel du secteur.

La raison ? La prime sur les chaudières à gaz s’arrête fin septembre. Le particulier doit s’inscrire avant le 30 juin sur le site Dolce Vita de GDF Suez,  pour déclarer vouloir faire des travaux de remplacement de chaudière. Ensuite, il a trois mois pour effectuer la rénovation.  Le soutien est loin de déclencher une hausse de la demande durable.

D’autant que les hypermarchés distributeurs de carburants tels qu’Auchan ou Carrefour proposent déjà aux particuliers des aides pour renouveler leur chaudière, dont le montant avoisine les 600 euros.

Rénovation à l'anglaise
En 2003-2004, le gouvernement Blair a obligé toute la Grande-Bretagne à remplacer ses chaudières à gaz classiques par des chaudières à condensation. Résultat : 1,2 million de chaudières ont été remplacées.
Le fabricant d’échangeurs Giannoni n’est pas plus optimiste : si la mayonnaise prend, il vendra "tout au plus 60 000 échangeurs de chaudières à condensation", estime son patron Joseph Le Mer. Contre 45 000 par an aujourd’hui. Son point de vue est des plus représentatifs : il fournit les 15 fabricants de chaudières à condensation en France.

GDF Suez admet d'ailleurs "plusieurs milliers de demandes de renseignements" à l'heure actuelle, mais ne précise pas de volume d'achats concrets pour l'instant.

Quant aux chaudières à fioul, elles ne concernent que moins d’un quart des équipements installés dans les foyers de l’Hexagone. La prime est moindre, l’effet ne devrait être que marginal.

A GDF Suez ?
Oui, sur plusieurs plans. Car la prime à la casse des chaudières ne partage avec la prime à la casse automobile que le nom. Ici, il s’agit d’une opération GDF Suez, financée et gérée par l’entreprise. Et si l'énergéticien, pourtant a priori peu enclin à vendre moins de gaz, se prête au jeu, c'est qu'il y trouve d'autres contreparties.

Premier intérêt : pouvoir augmenter les tarifs du gaz. "GDF Suez voulait augmenter ses tarifs. Le gouvernement a donné son aval, à condition d’obtenir une contrepartie pour répondre aux consommateurs inquiets quant à leur pouvoir d’achat", analyse un professionnel du secteur.

"Le ministre de l'énergie nous a demandé de mettre cela en place", confirme Olivier Sala, directeur marketing et ventes du groupe. "Il est dans son rôle, on est dans le nôtre", ajoute-t-il. L'annonce de la prime à la casse pour les chaudières à gaz a d'ailleurs été faite par le gouvernement, au même moment que la hausse du prix réglementé du gaz.

Deuxième intérêt : valoriser cette prime au titre des certificats d'économie d'énergie.  En effet, dans le cadre du Grenelle, GDF Suez doit avoir économisé ou fait économiser à ses clients 13,4 TWh d’ici à 2013. S'il ne le fait pas, les pénalités sont de 20 € le MWh non économisé. Cette prime aux chaudières moins consommatrices d'énergie vient à point nommé : elle lui permet d'accumuler des points.

Au regard des atouts engrangés, le financement de la prime reste raisonnable pour l'énergéticien. Ce coût est estimé par un observateur indépendant à 1,75 million d’euros. Interrogé par L'Usine Nouvelle, GDF Suez ne livre pas de chiffres prospectifs pour l'instant.

Aux particuliers ?
Un peu. Pour ceux qui se prêteront au jeu, l’économie d’énergie est réelle. Une chaudière à condensation consomme 30% de moins qu’une chaudière à gaz classique. L’effet sur la facture de gaz est immédiat, d’autant que les tarifs augmentent de 2,9% au premier juillet.

A l'achat de la chaudière, le particulier peut également faire une affaire. A sa disposition, l’éco-prêt à taux zéro du gouvernement, le crédit d’impôt, et la prime à la casse de GDF Suez assortie d’offres promotionnelles que proposent pour l'occasion les fabricants de chaudière.

24 millions de résidences en France
•    Plus de deux tiers des français se chauffent au gaz ou au fioul.
•    Sur le parc français de 18 millions de chaudières, 4 millions sont au fioul.
•    Quel volume d'apparareils a plus de 15-20 ans? Plus de 3 millions pour les chaudières à gaz, et environ 1 million pour celles au fioul.
Reste qu’on l’a vu, les candidats ne seront pas nombreux. "Les particuliers attendent que leur chaudière soit en panne ou trop vieille pour la changer", analyse Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima. Ce syndicat professionnel rassemble 95% des fabricants de chaudières.

L'élu professionel renchérit : "Ce sera très long, de changer tout le parc. Tout ce qui peut inciter à rénover est bienvenu, mais cette prime à la casse ne sera pas une révolution".

A l’Etat ?
Un peu aussi. Outre l’affichage d’une politique soucieuse de la précarité énergétique des Français, l’Etat peut mettre à contribution les groupes pétroliers. Plutôt que de piocher dans les caisses vides de Bercy et de multiplier les incitations fiscales, il fait financer la prime par les énergéticiens et les fioulistes. Tout en remplissant ses objectifs affichés de certificats d’économie d’énergie au niveau national.

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