A qui profite la grippe ?
Par Anne Pezet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3157Angoisse pour certains, le virus A (H1N1) de la grippe est une aubaine pour d'autres. Masques, désinfectants ou médicaments, les chiffres d'affaires s'envolent. Mais les capacités de production peinent à suivre.
P articuliers, entreprises ou collectivités, tous se préparent au scénario le plus noir pour cet automne (20 millions de personnes touchées en France) et stockent masques, gels désinfectants, médicaments et vaccins. Combien de personnes seront concernées ? Le virus va-t-il muter et entraîner des décès en nombre important ? Personne ne peut le dire. Face à ce manque de prédiction, une seule solution, s'organiser.
Que tous ces préparatifs soient justifiés ou non, l'augmentation des chiffres d'affaires qui en découle fait rêver, surtout en ces temps de crise économique. Près de 10 milliards d'euros ont été débloqués par les pays de l'hémisphère Nord pour acquérir 1 milliard de doses de vaccins au bénéfice des trois grands laboratoires européens : le français Sanofi-Aventis, le britannique GlaxoSmithKline et le suisse Novartis. Les premiers lots devraient arriver courant octobre. La France, à elle seule, a commandé 94 millions de doses, dont 28 millions auprès de Sanofi-Pasteur, l'entité vaccins de Sanofi-Aventis.
Même engouement pour les traitements. L'antiviral vedette de Roche, le Tamiflu, devrait atteindre un chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros cette année. Tout l'été, les fabricants de masques de protection ont fait tourner leurs usines à plein régime et refusent même des commandes. Le gouvernement français a remis sur la table 46 millions d'euros pour acquérir près de 100 millions de masques qui viendront compléter les stocks. Enfin, nouveauté avec ce virus A(H1N1), la demande en pharmacie des gels hydro-alcooliques (produits désinfectants sans eau) a explosé depuis le mois de mars. Ce marché (hôpital et pharmacie) devrait doubler en 2009 et atteindre 100 millions d'euros.
AUGMENTER LA PRODUCTION EN RESTANT FLEXIBLE
Chaque industriel essaie de s'organiser pour répondre au mieux à cette situation. Les suisses Roche et Novartis ont mis sur pied un réseau de partenaires pour certaines étapes de fabrication de leurs antiviraux, Tamiflu et Relenza. Certains producteurs de vaccins proposent des solutions alternatives comme la culture cellulaire pour obtenir des lots plus rapidement. Mais le souci est le rendement de ces process, et le besoin d'usines spécifiques. Pour les masques et les gels hydro-alcooliques, les fabricants ont investi, organisé leurs équipes, ont recruté tout l'été. Le point délicat est d'augmenter le rythme tout en restant flexible, car passé le pic de l'épidémie, la demande décroîtra. Mais certains prévoit la suite. « La demande en France va certainement redescendre, mais nous comptons compenser cela avec l'augmentation des ventes à l'international où les gels ne sont pas encore répandus », déclare Bertrand Letartre, le PDG des Laboratoires Anios, à Lille.
La menace de pandémie aura le mérite d'habituer les Français à se laver les mains plusieurs fois par jour. Ce qui limitera d'autant la transmission des infections virales de tout type.

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