A Nogent-le-Rotrou, Valeo choisit la stratégie de l'araignée

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2959

Pour remporter de nouveaux marchés, l'usine spécialisée dans les systèmes thermiques mise sur des ateliers décentralisés au plus près du client. Première antenne chez Dacia, en Roumanie.

"Dans un environnement toujours plus concurrentiel, on ne peut plus se contenter d'utiliser les méthodes traditionnelles. Pour progresser, il est crucial d'essayer de nouvelles stratégies », insiste Nicola Di Mascolo, directeur clients et projets groupe Renault pour la branche climatisation de Valeo. Un bon résumé de l'état d'esprit de la direction du site d'Eure-et-Loir de l'équipementier automobile ! Après avoir perdu, il y a trois ans, les marchés des équipements de climatisation de la 407 et de la nouvelle C5 alors qu'elle réalisait ceux des modèles précédents, l'usine s'était préparée à affronter une période un peu creuse en 2004-2005. Son chiffre d'affaires est tombé de 331,4 millions d'euros en 2003 à 286,7 millions l'an dernier. Une baisse passagère cependant : de nouveaux marchés, décrochés avec Renault et PSA, permettront au chiffre d'affaires de croître progressivement. Les climatiseurs Valeo équiperont la nouvelle Clio, dont la production démarre, et la 207, dont la fabrication débutera en fin d'année.

« Les marchés sont de plus en plus difficiles à décrocher. Les constructeurs n'hésitent plus à se fournir dans les pays de l'Est, y compris pour leurs sites d'assemblage français », s'inquiète le directeur du site, Marc Adjiman. Même si la proximité reste un avantage majeur. « Le coût de transport représente environ 10 % du prix final de nos appareils. C'est un élément déterminant, qui influencera de plus en plus nos décisions de localisation et celles de nos clients », confirme Christine Bénard, la directrice générale de l'activité systèmes thermiques pour l'Europe du sud et de l'ouest de Valeo, basée sur le site. D'autant que la proximité favorise le service au client, un cheval de bataille du groupe.

Garder les clients... sans délocaliser

Mais cet atout ne suffit plus. « Nous devons réfléchir de plus en plus en amont aux stratégies industrielles à mettre en place pour décrocher des marchés », constate Christine Bénard. Quand le client s'éloigne, faut-il se résigner à le perdre ou délocaliser ? C'est pour éviter ces deux inconvénients que l'équipe dirigeante de la division a décidé de déployer une nouvelle straté- gie dite « de l'araignée ». Le challenge ? Résister, malgré la pression constante sur les coûts, à la concurrence des pays « low cost ». Un enjeu d'autant plus important pour remporter le marché de la Logan, le véhicule à 5 000 euros de Renault, fabriqué par Dacia en Roumanie. Pour gagner le contrat, l'équipe climatisation a alors tout simplement choisi de s'installer sur place. Pas question pour autant de délocaliser, mais juste d'implanter un atelier de proximité.

L'idée ? Garder le centre de compétences, la R & D et le maximum de coûts fixes à Nogent-le-Rotrou (la « tête ») et installer les coûts variables - la production - au plus près du client (les « pattes » de l'araignée). Les opérateurs et le middle manage- ment roumain seront gérés à distance par l'équipe française. Ils produiront l'intégralité des équipements pour les marchés les plus proches mais rien pour le marché français. Outre la production des équipements thermiques pour la Logan, l'atelier réalisera ainsi des climatiseurs pour la Clio et la Mégane fabriquées par Renault à Bursa, en Turquie.

L'unité roumaine a ouvert ses portes en février 2004... directement sur le site de Dacia pour éviter le coût de construction d'une usine. Dans un premier temps, 1 700 mètres carrés sont utilisés, mais progressivement l'atelier devrait s'étendre et grignoter encore 1 300 puis 900 et enfin 2 200 mètres carrés supplémentaires dès qu'il sera parvenu à sa vitesse de croisière. Après un volume de 40 000 unités produites l'année dernière, il devrait, en effet, atteindre 600 000 à l'horizon 2008. Dès la fin de l'année, il comprendra huit chaînes.

« Nous avions peu de surface, peu de frais, des petits volumes et des investissements raisonnables pour démarrer. Lorsque les extensions sont devenues nécessaires, nous avons réinvesti encore un peu. Nous grandissons doucement mais régulièrement et la profitabilité a été au rendez-vous dès le début », se réjouit Nicola Di Mascolo. L'équipe en place comprend actuellement 65 salariés et devrait monter à 180 à l'horizon 2008. Une main-d'oeuvre qu'il a fallu équiper et former. Les quatre chaînes opérationnelles, pour l'instant, ont été construites et testées sur le site d'Eure-et-Loir pendant un an. De même, les cadres locaux ont été formés pendant un mois et ont, eux aussi, planché sur la ligne. Résultat : dès l'installation de la chaîne, le zéro défaut clients était atteint... Une jolie performance. « Nous avons tenu ce résultat toute l'année et obtenu un prix de Dacia », se félicite Christine Bénard. Pour maintenir le niveau de qualité, chaque mois un responsable du centre de compétences est envoyé sur place. Reste deux défis : en interne, impliquer de plus en plus les opérateurs dans la démarche, et, en externe, développer une base de fournisseurs locaux à la hauteur, « ce qui est complexe, notamment pour les pièces en plastique », observe la responsable.

Des objectifs qualité ambitieux

Si le modèle roumain prouve sa validité, d'autres antennes similaires devraient suivre. La première en Iran pour un client local sous licence Peugeot et pour la Logan. Un autre site est à l'étude au Royaume-Uni. Le concept pourrait ensuite être reproduit à la demande de nouveaux clients. Cette stratégie de déploiement ne pourra évidemment fonctionner que si le centre principal de Nogent-le-Rotrou poursuit sa quête d'excellence industrielle. Tout l'arsenal Valeo y est déployé pour progresser encore en qualité, diminuer les coûts et augmenter la flexibilité. Les équipes ont accompli de nombreux efforts depuis trois ans, notamment en termes de qualité et de flux. Un plan de développement avec des objectifs qualité déclinés à tous les acteurs a fait chuter le taux de produits défectueux de plus d'un quart.

La simplification des flux dans l'usine est également une priorité. L'utilisation de conteneurs à roulettes permet désormais d'acheminer directement les pièces du camion à l'aire de stockage. « Nous avons éliminé les stocks en hauteur : cela favorise la visibi- lité et demande moins de manipulation », expose Cyril Fougerouse, responsable logistique. Pour mieux anticiper et prévenir les embouteillages, les opérateurs en charge de l'aire de livraison ont créé un tableau visualisant les 60 camions prévus chaque jour. Un système qui devrait se diffuser dans le groupe Valeo. « Tout comme notre stratégie industrielle de l'araignée », espère Christine Bénard.

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