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A la recherche d'experts du pétrole

Par PAR CAMILLE CHANDÈS - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3240
Metiers petrole
© DR

  Le cours du pétrole s'effondre depuis quelques jours sous l'effet de la crise des dettes aux Etats-Unis et en Europe. Pourtant, le secteur pétrolier offre de nouvelles opportunités de carrières offertes. De nouveaux défis technologiques et la pression environnementale modifient les profils des recrues. Les ingénieurs dotés d'une double compétence sont vivement recherchés.

Marée noire, prophétie annonçant la fin du pétrole... rien n'y fait ! Le secteur pétrolier semble vivre dans un autre monde et continue d'avoir la cote auprès des ingénieurs. La preuve chez Total. L'an passé, le groupe a réalisé 10 000 recrutements et reçu 480 000 candidatures ! Selon l'étude annuelle en ligne Trendence Graduate Barometer, le pétrolier français se classe onzième dans le top 30 des entreprises préférées des élèves-ingénieurs. "Ils sont friands de parcours professionnels à l'étranger et de défis techniques, le pétrole est une activité qui s'y prête bien", analyse André Moulin, le secrétaire général de l'École des mines d'Alès. Les salaires, très séduisants, achèvent généralement de les convaincre de la pertinence d'une carrière 100 % pétrole. Cela tombe bien, car l'attraction est réciproque. "Sur les 1 600 cadres que nous recrutons chaque année dans le monde, 70 % sont des ingénieurs", précise Philip Jordan, le directeur du recrutement, des carrières et de la diversité de Total.

Le secteur pétrolier a plus que jamais besoin d'eux. Premièrement parce que les entreprises pétrolières et parapétrolières sont confrontées à un besoin de renouvellement de leurs forces vives. La pyramide des âges de cette industrie est en train de conduire aux départs à la retraite de nombreux cadres expérimentés. "Les entreprises nous demandent de trouver des spécialistes de la machine tournante, des tuyauteries, de l'instrumentation et des procédés... Bref, des profils d'experts capables d'être chefs de projet à terme", avance Nicolas Leroy, le directeur de la division ingénieurs du cabinet de recrutement Michael Page.

Second élément aggravant, si l'or noir a encore de beaux jours devant lui (les pétroliers estiment qu'en 2030, les énergies fossiles représenteront 70 à 80 % de la consommation mondiale), il tend à se raréfier. La fin du pétrole facile requiert donc des profils d'ingénieurs encore plus experts pour découvrir et exploiter des gisements toujours plus difficiles d'accès et prendre en compte les problématiques environnementales et de sécurité qui en découlent.

DES AS DE L'EXTRÊME

Qu'il s'agisse de traquer le pétrole par - 30 °C en Arctique, de le tirer des abysses, d'exploiter des ressources non conventionnelles (gaz de schistes, sables bitumineux) ou d'optimiser les procédés de raffinage, les métiers évoluent. Notamment dans l'exploration-production. "Le pétrole devient de plus en plus technologique, ce qui nécessite d'avoir des personnes aux compétences pointues", avance Jean-Christophe Flèche, le directeur du développement de l'IFP School, une école d'ingénieurs qui diplôme 600 étudiants par an. Géologues, géophysiciens, ingénieurs de gisement, de forage, d'installations pétrolières... Les profils d'ingénieurs généralistes ayant complété leur cursus par un master spécialisé (procédés, motorisation...) sont vivement recherchés.

Les projets d'exploration et de production autour du pétrole extrême sont devenus pharaoniques en termes d'investissement et complexes en matière de structure des partenariats. Résultat : il n'y a pas le droit à l'erreur. "En plus d'être de brillants techniciens, les ingénieurs doivent être de parfaits gestionnaires et diplomates, précise Denis Florin, associé responsable de l'énergie au sein du cabinet BearingPoint. Ils seront tenus de gérer des projets énormes en respectant les délais et de travailler avec des populations multiculturelles. Le poids des États étant de plus en plus prégnant, les personnels locaux ne peuvent plus être traités comme des subalternes." Et alors que les différents métiers étaient très compartimentés par le passé, les cloisons s'effondrent. "Ceci a un impact sur nos formations. Un géologue et un ingénieur de gisement, par exemple, sont de plus en plus amenés à travailler ensemble au sein d'équipes pluridisciplinaires. Chacun doit connaître les problématiques de l'autre métier et son vocabulaire", poursuit Jean-Christophe Flèche.

Au-delà, les ingénieurs des départements R & D planchent pour répondre aux nouveaux défis du pétrole extrême. Chez Vallourec, de nouvelles compétences sont nécessaires pour répondre aux défis lancés par les champs de pétrole présalifères retrouvés au Brésil. "La fin du pétrole facilement accessible nous oblige à relever de nombreux challenges techniques. Ce qui nécessite à la fois des profils d'ingénieurs techniques et pluridisciplinaires pour gérer des projets de développement", reconnaît Alain Dieulin, le directeur de la R & D de Vallourec. Le fournisseur de tubes sans soudure pour l'industrie pétrolière compte 500 ingénieurs et techniciens en R & D. Il fait travailler notamment des spécialistes de la corrosion (pour trouver des solutions adaptées aux conditions extrêmes des gisements brésiliens) et des métallurgistes pour inventer des matériaux capables de résister.

DES CHAMPIONS DE LA SÉCURITÉ

Si la thématique de la sécurité est loin d'être nouvelle, elle prend un visage différent avec l'intégration des technologies de l'information et de la communication. "Les informaticiens qui souhaitent travailler dans le secteur pétrolier n'auront aucun problème à trouver. Seulement, ils préfèrent souvent la finance", avance Philippe Perreau, le directeur du Citeph (Concertation pour l'innovation technologique dans l'exploration production des hydrocarbures), un programme de R & D hébergé par le Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières.

Depuis deux ans, les sociétés consacrent une partie conséquente de leur recherche à la sécurité des navires. Elles tentent de mettre au point des systèmes de caméras ou de drones volants afin de surveiller la zone de production autour des bateaux, notamment pour lutter contre la piraterie ou détecter les obstacles. Mais aussi des robots pour surveiller que les pipelines ne soient pas fissurés. Bon nombre de recherches sont conduites sur le contrôle à distance des plates-formes. Pour les sécuriser, l'idée est de concevoir des installations avec moins d'opérateurs sur place, pilotées par de l'informatique et contrôlée à distance. Si ces recherches, menées en partenariat avec des laboratoires ne conduisent à des recrutements qu'à la marge (pour l'instant), les ingénieurs télécoms devraient, à l'avenir, trouver leur place dans le secteur.

DES SENTINELLES DE L'ENVIRONNEMENT

Traitement de l'eau, des sols, prévention de la pollution marine, identification des espèces du milieu marin... Poussées par les réglementations, les entreprises s'attellent à ces sujets. Et nécessitent des experts. Les équipes R & D de Vallourec voient ainsi leur périmètre se modifier. Alors que les ingénieurs thermiciens se creusent la tête sur l'efficacité énergétique, les chimistes mettent au point des revêtements non-polluants. Par ailleurs, l'enjeu de réduction des émissions de gaz à effet de serre pousse les industriels à se pencher sur la question. De plus en plus de travaux de recherche sont menés sur le captage et le stockage du CO2. Un domaine requérant des ingénieurs au profil de couteau suisse (géologie, chimie et modélisation numérique) et ouvrant des passerelles. "Les compétences nécessaires pour gérer le suivi de ces stockages de CO2 sont les mêmes que celles que possède un ingénieur gisement ou des experts du stockage du gaz", avance Jean-Christophe Flèche, le directeur du développement de l'IFP School.

Énergies nouvelles : des slogans mais peu d'embauches

"L'énergie est notre avenir, économisons-la" pour Total. "Au-delà du pétrole" pour BP. "Prendre en main les défis énergétiques les plus difficiles " pour Exxon Mobil... Les groupes pétroliers sont contraints de préparer la transition énergétique. Si nombre d'entre eux communiquent largement sur les "énergies nouvelles" comme le solaire, l'éolien, la biomasse, les biocarburants, ces domaines restent encore des niches en termes de recrutement.

Le pétrole restant toujours leur coeur de métier, les ingénieurs solaires ou les biologistes sont encore loin de constituer des bataillons. Ainsi, sur ses 10 000 recrutements l'an passé, le groupe Total a recruté 330 personnes pour sa division gaz et énergies nouvelles. Deux types de profils sont représentés : des chercheurs travaillant en partenariat avec des laboratoires de recherche sur des sujets prospectifs. Les opérationnels oeuvrent, de leur côté, dans les entreprises rachetées par les pétroliers. "Nous recrutons par exemple des chercheurs en biologie qui sont détachés chez Amyris, une start-up californienne spécialisée dans les carburants à base d'algues dans laquelle nous avons une participation", précise Philip Jordan, le directeur du recrutement, des carrières et de la diversité de Total.

Classement des écoles d’ingénieurs 2012

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