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L'Usine Aéro

A l'Intelligence Campus, le renseignement militaire s'allie aux entreprises du numérique

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

S'ouvrir à la société civile et aux start-up pour favoriser le développement des technologies numériques dans le renseignement militaire. C'est l'objectif d'Intelligence Campus, inauguré jeudi 23 mars par le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian. Reportage.    

A l'Intelligence Campus, le renseignement militaire s'allie aux entreprises du numérique
Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian
© Guittet Pascal Guittet Pascal

Au bord des pistes de la base aérienne de Creil (Oise), le hangar désaffecté qui servait à la maintenance des vieux avions de transport de troupes s’apprête à retrouver une seconde jeunesse. Il abritera, dans les prochains mois, une pépinière d’entreprises, mixant start-up, laboratoires et PME innovantes spécialisés dans le big data, l’intelligence artificielle et le machine learning. Leurs armes ? Les données, les algorithmes, les supercalculateurs… Pour négocier le virage du numérique, le monde très fermé du renseignement militaire français s’ouvre à la société civile. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a officiellement lancé l’Intelligence Campus de Creil le 23 mars. Seuls les États-Unis et Israël avaient osé une telle rupture.

"À Creil, nous traitons déjà d’énormes quantités d’images satellitaires, justifie le général Christophe Gomart, patron de la Direction du renseignement militaire (DRM). Demain, ce flot d’images sera multiplié par 10 ou par 20. Il faut trouver les bons algorithmes pour analyser ces données de façon automatique avant de solliciter l’œil humain." Les 1 800 experts de la DRM jouent un rôle clé pour la sécurité du pays, fournissant chaque année des milliers de cartes et de notes précieuses aux forces armées engagées dans des conflits et aux décideurs politiques. En hébergeant, au cœur de ses équipes, le premier centre européen de traitement de données à vocation civile et militaire, la DRM va vivre une véritable révolution.

poids lourds de la défense et start-up

Après avoir renforcé ses effectifs, musclé ses moyens en l’équipant de nouveaux drones et satellites d’observation, Jean-Yves Le Drian engage le renseignement militaire sur le front de la guerre des mégadonnées. "Depuis le tournant des années 2000, l’information s’est multipliée de façon exponentielle et désordonnée, précise le ministre. La difficulté est désormais de cibler les bonnes informations dans un océan de données, puis de les vérifier, les recouper, les fusionner. Bref, de les transformer en un véritable renseignement." L’Intelligence Campus bénéficiera d’un investissement d’une vingtaine de millions d’euros. "Une trentaine d’entreprises sont intéressées pour nous rejoindre. D’ici à 2025, 500 à 1 000 emplois pourraient être créés", prévoit Éric Garandeau, le chef du projet.

Pour capter l’innovation, l’Intelligence Campus va lancer une dizaine de challenges technologiques sur son site internet. L’armée donnera accès, pour la première fois, à certaines données classifiées du renseignement militaire. Les poids lourds de la défense, tels qu’Airbus Defence and Space et Thales, seront de la partie. Atos devrait mettre à disposition de l’Intelligence Campus l’un de ses supercalculateurs Bullion, capable de traiter massivement les données. En retour, Atos bénéficiera à la fois de la proximité de son client, pour mieux connaître ses besoins, et de celle de PME innovantes. Les militaires seront sûrement intéressés par les technologies développées par le groupe Bertin Technologies, qui peuvent traiter de grands volumes de contenus multimédias. Son outil MediaSpeech permet de rechercher, transcrire et analyser des sources audio et vidéo en plusieurs langues (anglais, français, espagnol, arabe, russe, chinois).

Une place réservée à la recherche académique

Des acteurs qui vont cohabiter avec de jeunes pousses. Parmi elles, Dataiku, qui a levé 15 millions d’euros l’an dernier. Grâce à ses logiciels, L’Oréal et BlaBlaCar sont alertés quand leurs clients risquent de passer à la concurrence ou qu’il est opportun de leur proposer tel ou tel produit. En se rapprochant du monde militaire, Dataiku trouve un nouveau débouché pour exploiter son expertise dans le big data. "C’est l’opportunité pour nous d’améliorer nos algorithmes de traitement des données", explique Matthieu Scordia, l’un de ses experts en données.

La recherche académique sera l’un des piliers du campus, avec l’arrivée programmée d’universitaires et d’experts de grandes écoles (CNRS, université Paris 1, Ensae, Polytechnique, Télécom ParisTech). Également attendu, le laboratoire en sciences humaines et sociales de l’université de technologie de Compiègne (UTC). Ses chercheurs ont développé un savoir-faire dans l’exploitation des données disponibles en source ouverte (presse, contenu en ligne, réseaux sociaux, blog, vidéos…). À travers une interface visuelle, le laboratoire a notamment établi une cartographie des djihadistes impliqués dans les attentats survenus en France et en Europe, qui précise la nature du lien entre chaque individu et leur importance dans cette mouvance.

Les armées ont un degré d’exigence dans la qualité, la robustesse et la précision des données qui est extrême. "Quand il s’agit de géolocaliser un terroriste, il faut que ce soit au mètre près et le plus rapidement possible. Les armées peuvent aider leurs partenaires à améliorer la qualité de leur solution. Ces entreprises [présentes sur le campus, ndlr] bénéficieront en quelque sorte d’un label qualité défense", estime Éric Garandeau. Pour l’heure, les entreprises s’interrogent encore sur leur niveau d’engagement : prêt de matériels, délégation de chercheurs, participation à des expérimentations, présence d’une équipe à temps plein… " Ce sera en fonction des contrats que chacun pourra décrocher", souligne un expert des industries de défense. Business is business…

Combien rapporte un euro investi dans l’industrie de défense à la richesse nationale ?
La question a enfin trouvé une réponse grâce à une étude réalisée pour le compte du Cercle des économistes et dont les premiers résultats viennent d’être publiés. Selon l’étude, 1?euro investi dans l’outil militaire rapporterait 2,57?euros de PIB à un horizon de vingt ans. « C’est la première fois que ce coefficient multiplicateur est mesuré. Nous nous sommes appuyés sur les données des investissements de défense depuis 1949 », explique Lionel Ragot, économiste et professeur a l’université Paris-Nanterre. L’étude insiste sur l’effet progressif de cet investissement. Ce coefficient n’est que de 1,2 à un horizon de cinq ans et de 2,2 à un horizon de dix ans. « On ne peut pas véritablement conclure que les dépenses militaires sont le moteur de la croissance, mais elles y contribuent », souligne par ailleurs l’étude. Ce chiffre tombe à pic pour les partisans d’une hausse du budget de la Défense. La plupart des candidats à l’élection présidentielle militent pour porter cet effort à 2 % du PIB, contre 1,51 % en 2016. Le général Pierre de Villiers, chef d’État-major des Armées, souhaite atteindre cet objectif dès 2022, avec un budget de 42,5 milliards, contre 35,5 milliards en 2018.

Quand l’armée recrute ses experts sur internet

L’armée mise aussi sur internet pour identifier et recruter de nouveaux talents auprès des chercheurs, étudiants, PME… L’Intelligence Campus de Creil va mettre en ligne une dizaine de challenges technologiques. Le premier portera sur la reconnaissance automatique d’objets au sein d’une image satellitaire. L’armée mettra à la disposition des candidats un jeu de données sur une plate-forme afin qu’ils développent des algorithmes. Les cinq meilleures solutions seront sélectionnées et testées, afin d’identifier celles susceptibles d’être industrialisées au profit de la Direction du renseignement militaire. Les autres défis concerneront l’analyse d’images fixes et mobiles, la biométrie, le traitement des sources ouvertes…

 

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